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JO 2018 : MARTIN FOURCADE, UNE FIERTÉ EN OR

JO 2018 : MARTIN FOURCADE, UNE FIERTÉ EN OR

Après son échec en sprint, le biathlète a réagi pour décrocher le titre en poursuite et égaler Jean-Claude Killy.Le regard sombre du dimanche a laissé place à l’œil rieur du lundi. Pour passer d’une « énorme désillusion » à un « immense bonheur », Martin Fourcade n’aura eu besoin que d’une nuit, très courte, et d’une poursuite, maîtrisée quasiment de A jusqu’à Z. Comme à Sotchi il y a quatre ans, finalement, lorsque le Français avait fini 6e du sprint et vainqueur le lendemain de la poursuite. La réaction du champion. Attendue, mais qui continue d’ébaubir tout le monde. Y compris son frère, Simon, assis dans les tribunes congelées du complexe d’Alpensia. « Il en avait gros sur la patate d’être passé à côté de ce sprint à cause des conditions, mais pas que. Arriver à réagir comme il l’a fait, nous savions qu’il pouvait le faire, mais c’est toujours impressionnant. Il faut vraiment être costaud. Mentalement, c’est monstrueux. Il a une sorte d’orgueil, de fierté que peu ont. Et en même temps il a une gestion émotionnelle incroyable. Même sur des événements familiaux, il arrive à prendre énormément de recul. Il a cela depuis tout petit. Cela et sa rage de vaincre. »

Ce lundi, en décrochant à Pyeongchang son troisième titre olympique, Fourcade a égalé un certain Jean-Claude Killy, le seul sportif hivernal à avoir accompli une telle moisson (à Grenoble en 1968). Une comparaison qui ne pouvait pas le laisser insensible, bien au contraire. « C’est une joie énorme. À l’arrivée, je n’avais pas réalisé cela. J’étais content de ma course, mais, quand on m’a rappelé que j’égalais Jean-Claude Killy, mais aussi Tony Estanguet et d’autres, cela a illuminé mon visage d’un grand sourire. Pour moi qui suis un grand amoureux de sport, cela signifie beaucoup. Ce sont des époques différentes, je ne me bats pas contre eux, mais cela me permet d’être fier de ce que j’ai fait. » Une fierté au vu de la manière dont il s’est emparé de cette troisième couronne olympique. Avec deux instants clés, de son propre point de vue.

« J’ai mis beaucoup de temps à tourner la page, et je crois qu’elle est d’ailleurs encore un peu froissée .»

Martin Fourcade

Le premier, étonnement, ne se déroula pas durant la course, mais avant. Dans sa manière de gérer l’échec du sprint, ses trois fautes au tir couché et sa 8e place si frustrante. Une anomalie pour celui qui restait sur 18 podiums d’affilée ? « Non, ce n’en était pas une. C’est sûr que de ne pas être sur le podium après mon début de saison et après la préparation que j’avais faite, c’était une énorme déception pour moi. Mais c’était le sport. » Néanmoins, pour se relever, il avait besoin de saisir le pourquoi du comment. « J’ai mis beaucoup de temps à tourner la page, et je crois qu’elle est d’ailleurs encore un peu froissée, racontait-il après son exploit. J’avais de l’incompréhension et je n’arrivais pas à mettre le doigt sur ce que j’avais fait de mal. Et puis, ce matin, j’ai vu une photo de moi sur le tir couché et j’ai vu que les fanions étaient plus inclinés que ce que j’avais perçu. Quand j’ai vu cette photo, j’ai compris que ce n’était ni de la malchance ni quelque chose de surnaturel. C’était simplement de ma faute, car je n’avais pas fait les bons réglages. Du coup, cela a été plus facile de transformer cette désillusion, cette peine, cette colère en énergie positive. Cela fait un peu masochiste comme démarche, mais je l’assume. »

« Il avait besoin de câlins»

Antonin Guigonnat

Pour contrebalancer cet aspect masochiste, son partenaire Antonin Guigonnat confiait : « Il avait besoin de câlins, c’était marrant. Il était plutôt mignon et on le sentait très revanchard quand même. Il s’auto-charriait en disant qu’il allait peut-être repartir d’ici sans médaille. Mais personne ne le croyait dans le groupe. » Quant au second instant clé, Fourcade est encore celui qui en parle le mieux : « Le troisième tir (ce lundi) était vraiment la clé de la course. J’ai pris plus de temps avant de lâcher ma première balle, dans des conditions qui étaient délicates. Finalement, c’est à partir de ce moment-là que je suis devenu le seul à décider qui allait être champion olympique. Je ne dis pas que j’allais l’être, je n’aurais pas forcément misé sur moi. Mais je sentais que si je ne commettais pas de faute, je pouvais l’être et que ma ligne d’arrivée était à la sortie de ce tapis. J’ai tout mis dans ce tir. » Avec, à l’arrivée, la consécration d’un troisième sacre olympique. Et les Jeux ne font que débuter pour lui…

Jonathan Maillard

février 12th, 2018

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