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11-Novembre : qui était Albert Séverin Roche, le «premier soldat de France» ?

Écrit par sur novembre 11, 2025

De 1914 à 1918, ce jeune chasseur alpin s’est distingué par des faits d’armes d’exception, qui en ont fait l’un des soldats du rang les plus décorés de la Grande Guerre. À l’occasion de la commémoration des 107 ans de l’armistice, le JDD revient sur l’histoire de celui qui a capturé à lui seul près de 1 180 combattants allemands.L’arme la plus puissante sur Terre est l’âme humaine qui s’enflamme », écrit dans ses Mémoires le maréchal Foch. Le traumatisme de la Première guerre mondiale, et son 1,4 million de morts côté français, a éclipsé l’héroïsme individuel de la mémoire combattante. Peu connaissent ainsi le destin exceptionnel d’Albert Séverin Roche. Âgé de 19 ans lorsqu’il s’engage en août 1914, ce modeste chasseur alpin achève la guerre auréolé des plus hautes décorations de l’armée française, et invité d’honneur des plus grandes cérémonies. À son actif, des faits d’armes hors du commun, et près de 1 200 soldats allemands faits prisonniers.Je veux aller où l’on se bat »

Né le 5 mars 1895 à Réauville, dans la Drôme, Albert Roche fait partie des plus jeunes classes d’âge mobilisées sous les drapeaux le 2 août 1914. Au conseil de révision, il est immédiatement déclaré inapte : sa petite taille (1,58m) et sa corpulence chétive ne sont pas du goût des médecins. Mais Albert n’a qu’une idée en tête : il se battra, dût-il braver son père, qui a besoin de ses bras pour faire tourner la ferme familiale. Une nuit, il fait son baluchon et s’enfuit pour Grenoble, où il est incorporé au sein du 30e Bataillon de chasseurs alpin. Mais le jeune homme déchante face au quotidien monotone de la vie en caserne. Il veut combattre « les Boches », qui dans le même temps progressent dans les plaines de la Marne. Il choisit ainsi de s’enfuir afin de se faire arrêter comme déserteur, et être envoyé au front en guise de « punition ». Devant l’officier qui le questionne sur les raisons de sa fuite, il lui répond : « Les mauvais soldats, on les expédie là-haut (NLDR : au front), et moi je veux aller où l’on se bat. Albert Roche obtient gain de cause, et est envoyé comme soldat de 1re classe au 27e Bataillon de chasseurs alpins, qui combat sur le front de l’Aisne. Surnommés les « diables bleus » par les Allemands, les chasseurs sont en première ligne, et leur nouvelle recrue se distingue rapidement. Un soir d’été 1915, il fait partie d’un groupe de 15 hommes missionné pour détruire un nid de mitrailleuses. Préférant la discrétion, il s’infiltre dans les lignes ennemies avec deux camarades puis, repérant une cheminée de poêle, y laisse tomber une poignée de grenades. La déflagration tue plusieurs soldats allemands, et les autres se rendent. Le jeune chasseur s’empare seul des mitrailleuses ennemies et fait huit prisonniers.

Pendant quatre ans, son expérience combattante est ponctuée de coups d’éclat. Un jour, il est le seul rescapé français dans une tranchée de Sudel, en Alsace. Il fait alors aligner tous les fusils de ses camarades morts le long du boyau, et tire en passant de l’un à l’autre. Croyant être sous le feu d’une compagnie entière, les Allemands se replient. En 1916, il est fait prisonnier avec son lieutenant blessé. Au cours de son interrogatoire, il profite d’un moment d’inattention pour se jeter sur un pistolet abandonné sur une table, prend en otage l’officier allemand, puis revient vers les lignes françaises en portant son lieutenant sur son dos, entraînant à sa suite 42 prisonniers. En 1917, lors de la désastreuse offensive du Chemin des Dames, il se porte volontaire pour aller récupérer son capitaine, qui gît blessé dans le « no man’s land ». Après six heures à ramper dans la boue, il le retrouve, puis le ramène du côté français. Épuisé, il s’endort dans un trou d’obus, avant de se faire arrêter par une patrouille amie, puis condamner à mort sur-le-champ au motif « d’abandon de poste sous le feu ». Alors qu’il est mené au peloton d’exécution, il doit son salut à un message exprès du capitaine, qui le désigne in extremis comme son sauveteur.Premier soldat de France »

Au sortir de la guerre, son uniforme est bardé des plus prestigieuses médailles : chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre avec palmes, médaille militaire, douze citations à l’ordre de l’armée. Selon les décomptes officiels, il a fait prisonniers près de 1 180 soldats allemands. Le 27 novembre 1918, il apparaît au balcon de l’hôtel de ville de Strasbourg, aux côtés du général Foch, qui le présente à la foule comme « votre libérateur, le premier soldat de France ». Le généralissime s’étonne du petit grade du soldat de 23 ans, qui n’est que 2nde classe en 1918. « Il a fait tout cela et il n’a pas le moindre galon de laine ! », s’exclame-t-il. En 1920, Albert Roche fait partie des huit soldats qui portent le cercueil du « soldat inconnu » à l’Arc de Triomphe. Puis il voyage à Londres, au sein d’une délégation de l’armée française, où il est convié à la table du roi Georges V.Après les honneurs, il retourne vivre dans sa Drôme natale, où il travaille comme cantonnier, avant de mourir le 15 avril 1939, renversé par une voiture. La société française meurtrie par quatre ans de guerre totale a oublié l’image du héros, recouverte par celle de la génération « martyr ». Le premier livre consacré à Albert Roche, signé de l’historien Dominique Lormier, est seulement paru en 2020. Son mépris absolu du danger et son goût de l’action rappellent le témoignage livré en 1920 par l’écrivain allemand Ernst Jünger, sous le titre d’Orages d’acier.