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Navire suspect russe à Saint-Nazaire : ce que l’on sait de cette “flotte fantôme” qui rôde près de nos côtes

Écrit par sur octobre 1, 2025

Le pétrolier stationné au large des côtes françaises depuis plusieurs jours fait partie de la “flotte fantôme” de la Russie. Une armada commerciale non déclarée qui inquiète.Un pétrolier russe est stationné près du parc éolien offshore de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et personne ne sait pourquoi. Ce navire fait pourtant partie de la « flotte fantôme » de la Russie, au pouvoir de nuisance potentiellement gênant, comme le laissent à penser plusieurs affaires mystérieuses. On vous explique.C’est quoi, ce bateau suspect ?

Le pétrolier en question, baptisé « Pushpa » ou « Boracay » et battant pavillon du Bénin, appartient en réalité à la Russie, et fait partie de sa « flotte fantôme », soit sa flotte commerciale non officielle.

Parti de Primorsk, en Russie, le 20 septembre, il doit en principe rejoindre l’Inde, selon le site Marine Traffic. Mais il est stationné depuis le 28 septembre au large de Saint-Nazaire, dans les eaux internationales. La Marine nationale a signalé sa présence suspecte et le parquet de Brest a ouvert une enquête, soupçonnant ce dernier d’avoir commis plusieurs infractions, dont un « défaut de justification de la nationalité du navire/pavillon » et un « refus d’obtempérer ».

« Flotte fantôme », de quoi parle-t-on ?

On parle de flotte fantôme russe ou de « flotte grise » pour désigner l’armada de navires pétroliers appartenant à la Russie, mais qui en réalité vogue sous le pavillon d’un autre pays. « C’est un moyen que les Russes ont utilisé, avec un certain succès, pour contourner les sanctions occidentales et pour continuer à exporter leur pétrole et leur gaz », explique à actu.fr Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie.L’Union européenne et les États-Unis ont identifié environ 500 bateaux dans cette flotte fantôme, dont les capitaines et équipages sont régulièrement soumis à des sanctions. « Il y en a de nouveaux qui sont identifiés, mais ils sont en réalité camouflés, on change leur nom, on change leur port d’attache, etc. », ajoute l’ancien diplomate.Ces navires peuvent-ils avoir un pouvoir de nuisance, voire un rôle militaire ?

Ce qui inquiète, c’est que le Pushpa/Boracay est mentionné par une enquête réalisée au Danemark, qui soupçonne notamment le tanker d’avoir servi de base de lancement aux drones qui ont survolé l’aéroport de Copenhague, ainsi que celui d’Oslo, le 22 septembre dernier, entraînant l’arrêt temporaire de leur activité aérienne pour des raisons de sécurité.

Un autre incident, qui a eu lieu à la toute fin de l’année 2024 dans la mer Baltique, a attiré l’attention sur cette « flotte fantôme ». Le pétrolier Eagle S, soupçonné d’appartenir à cette flotte, a été accusé d’avoir endommagé un câble sous-marin électrique reliant la Finlande à l’Estonie. Il a été visé par une enquête pour sabotage. Ces navires commerciaux à la limite de la légalité pourraient donc être utilisés pour d’autres buts, sans qu’on en ait la preuve formelle.Peut-on faire quelque chose contre cette flotte ?

Cependant, arraisonner un navire, soit procéder à une visite pour interrogation de l’équipage et vérifier sa cargaison, est délicat lorsque ce dernier navigue en pleine mer. « L’arraisonnement d’un navire portant du pétrole en zone internationale serait probablement considéré par les Russes, et par le pays à qui appartient le pavillon, comme un acte de guerre », ajoute Jean de Gliniasty, pour qui arrêter certains navires malfaisants nécessite de les « prendre la main dans le sac ».

Si les sanctions internationales sur le pétrole russe ont eu des effets sur le plan économique, notamment en baissant d’environ 20 % les recettes des Russes sur les hydrocarbures, force est de constater que ces interdictions peuvent être contournées, et que tous les pays ne sont pas forcés de les appliquer. Les pays alliés de la Russie, ou opposés aux États-Unis, comme la Chine ou l’Inde, continuent donc d’acheter des hydrocarbures provenant du pays dirigé par Vladimir Poutine.Le pavillon de complaisance, le cœur du problème ?

Le Pushpa/Boracay est affublé d’un pavillon béninois, mais d’autres pays d’Afrique subsaharienne, d’Europe de l’Est, d’îles asiatiques ou des Caraïbes par exemple, peuvent attribuer à un navire un pavillon dit de complaisance, contre rémunération. L’économie de certaines îles repose d’ailleurs sur l’affrètement de bateaux étrangers.

Les pays d’origine des bateaux utilisent cette astuce pour bénéficier de la fiscalité avantageuse d’un paradis fiscal, ou pour détourner les lois ou les sanctions auxquelles ils seraient soumis, comme ici. Une pratique très courante dans la marine marchande (la grande majorité de la flotte commerciale mondiale est concernée), mais qui transforme les océans en zones de non-droit.

« Ces bateaux sont dangereux dans la mesure où ils peuvent être très vieux, s’écraser sur un rocher, polluer la mer, etc. », rappelle l’ex-ambassadeur. C’est donc d’abord un danger environnemental qu’ils présentent, comme en témoignent plusieurs cas de désastres écologiques par le passé, comme en mer Noire en décembre 2024