Comme Charlie Dalin, ils ont réalisé un exploit malgré le cancer : “un défi surhumain de malade”
Écrit par Jonathan PIRIOU sur octobre 11, 2025
Le vainqueur du Vendée Globe a annoncé qu’il avait fait la course avec un cancer. Une révélation qui fait écho à d’autres témoignages de sportifs malades, recueillis L’annonce de Charlie Dalin en a scotché plus d’un. Le vainqueur du Vendée Globe 2024 a révélé mercredi 8 octobre 2025 qu’il avait remporté la mythique course en solitaire alors qu’il était atteint d’un cancer. Dans un livre, La Force du Destin, le navigateur originaire du Havre raconte avoir embarqué avec « un intrus à bord », une tumeur stromale gastro-intestinale.
Si Charlie Dalin n’a pas encore vaincu la maladie, son exploit (pour rappel, il ne s’était pas contenté de gagner la course, mais avait pulvérisé le record) a de quoi inspirer et donner de l’espoir à d’autres malades. Cette histoire, c’est aussi celle d’autres sportifs plus anonymes qui, bien qu’atteints d’un cancer, ont relevé des défis exceptionnels. Voici le récit de leurs prouesses, avec les rédactions locales d’actu.fr.
Aller au bout de ses rêves
Tout comme le célèbre skipper rêvait de remporter le Vendée Globe, Luc Atgé se rêvait en « ironman », « un rêve d’avant, quand j’étais en bonne santé ». Il y a tout juste un an, en octobre 2024, ce bijoutier du Tarn passait la ligne d’arrivée de l’Ironman de Barcelone, raconte actu Occitanie. Pourtant, rien n’était gagné d’avance pour ce coureur invétéré. Un an après mes derniers rayons et le début de l’immunothérapie, 14 mois après la laminectomie […], mon rêve de coureur d’ultra-trail aventurier devient un défi surhumain de malade », résume celui qui a créé une équipe sportive composée exclusivement de malades du cancer, la Team du Crabe.
Un Ironman, c’est 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course à pied. Difficile à envisager dans l’état dans lequel était Luc quelque temps avant l’événement.
Je nageais 25 m en crawl, pas plus, je manquais d’air, je n’arrivais plus à respirer. Je courais 3 km, mal aux reins, mal à l’abdomen aux cicatrices et plus d’air. Pas facile de s’entraîner, avec la diarrhée, la perte de la salive, les crampes, les pieds qui pèlent avec les neuropathies mains-pieds.Luc Atgé
Mais grâce à un « un mental hors normes » et un programme robuste d’entraînements, le Tarnais relève le défi. Il raconte sa course, non sans souffrances, notamment sur le vélo : « J’étais prêt à monter dans le camion d’assistance et rentrer à la maison. Mais je ne me voyais pas dire aux malades, ‘vous avez raison, il faut connaitre nos limites et être raisonnable’. »J’en rêvais quand j’étais affuté mais j’avais peur de ne pas être capable, je l’ai fait malade, sous traitement en étant convaincu que c’était à moi de décider si je voulais y arriver !Luc Atgé
Avec le cancer, il enchaîne les records
Ce n’est pas non plus l’annonce de son cancer, trois jours avant le marathon de La Rochelle pour lequel il s’était durement préparé, qui a freiné Antoine Scortatore. Pour ce militaire et « Stakhanoviste du sport » comme le décrit actu Bordeaux, qui a tiré son portrait fin 2019, pas question de rester au lit pendant les six mois de soins qu’il entreprend face au lymphome hodgkinien dont il est atteint.
Une semaine après la première séance de chimio, il part courir. « Je n’avais rien à perdre et les médecins ont compris qu’ils ne pourraient pas m’arrêter. Durant le traitement, le mental est très important et j’avais besoin de me changer les idées, de sortir. » Mieux, le triathlète se sent pousser des ailes, comme dopé.
La première semaine après la chimio, je faisais juste de l’entretien physique mais la deuxième semaine, je me faisais des séances que je n’avais jamais faites avant la maladie. Je m’impressionnais ! Il faut dire que je m’étais constitué une vie de sportif de haut-niveau avec deux à trois séances d’entraînement quotidiennes.Antoine Scortatore
Les mois qui suivent, Antoine enchaîne les courses et les records. Jusqu’à faire un nouveau marathon, juste avant l’annonce de sa rémission. Et six mois plus tard, le voilà qui boucle l’half Ironman de Beauvais, puis l’Ironman de Nice. C’était en 2020, et depuis l’athlète n’a fait que se lancer à l’assaut d’autres objectifs, toujours plus costauds. J’ai voulu faire un hymne à la vie »
« Je pense que ce qui m’a sauvée, c’est le trail. J’ai continué à faire du sport et je voyais que ça me faisait du bien. À chaque fois que je courais, je savais pourquoi j’avais mal le soir et je mettais tout ça sur le compte du sport, et non de la maladie. » Adriana Di Cola a été diagnostiquée d’un cancer du sein il y a dix ans, à l’âge de 42 ans, et depuis elle a fait deux récidives. Sa résilience, elle l’a trouvée notamment dans la pratique de l’ultra-trail, comme elle le raconte dans le podcast d’actu.fr « Le sport m’a sauvé.e ». Pour cette mère de famille très active, l’annonce de ce cancer de grade trois a eu l’effet d’une douche froide. Elle venait de commencer la course à pied et n’avait pas du tout envie de renoncer. « À cette époque-là, on est en 2016, les médecins nous déconseillaient fortement de faire du sport. » Elle ne renonce pas au badminton, ce qui l’aide à récupérer.
C’est lors de la récidive et d’un nouveau traitement, cinq ans plus tard, qu’elle a vraiment découvert le trail. « Toutes ces endorphines que je dégageais, sur mon moral et sur mon corps, c’était incroyable. » Cette fois, son oncologue est dans son camp, et il lui arrive même de repartir de ses séances de chimio en courant !
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