Voici onze beaux livres incontournables à (s’)offrir à Noël
Écrit par Jonathan PIRIOU sur décembre 6, 2025
Photographie, peinture, cirque, littérature… Les beaux livres subliment les œuvres et leur donnent une tout autre dimension. Au-delà de l’esthétique et de la force graphique, ils créent ce lien privilégié avec les lecteurs. Cette sélection s’est élargie à de nombreuses disciplines.
“France. Un album de famille” : des visages et des personnes
Cela fait du bien de redescendre du ciel pour se retrouver avec les siens, les humains, peu importe d’où ils viennent, “les Français et ceux qui vivent en France”. Résultat : un livre de photos impressionnant, France. Un album de famille, dans tous les sens du terme, qui raconte et dit la France de la plus belle des manières. Yann Arthus-Bertrand a sillonné l’Hexagone pendant deux ans avec un studio photo mobile. Au plus près des gens. “Définitivement, les visages m’intéressent beaucoup plus que les paysages. En photographiant les Français, je me sens vraiment à ma place de photographe documentariste. J’ai développé en moi une espèce d’amour inconditionnel pour les Français. Chaque personne est unique et rend sa photo unique. J’en ai pleinement conscience”, explique-t-il dans son avant-propos. Près de 1 000 photos réunies dans cet ouvrage d’environ 3 kg sont documentées. L’historien et démographe Hervé Le Bras, co-auteur de l’ouvrage, donne à l’ensemble une dimension historique. Cette fresque photographique est bouleversante d’humanité.
“France. Un album de famille”, Yann Arthus-Bertrand, Hervé Le Bras, Actes Sud, 800 pages, 49,90 eurosLe Grand Livre du Cirque Plume”, 40 ans de liberté et de poésie sous chapiteau
Pour qui a découvert il y a quarante ans que le cirque n’était pas lion en cage, clowns rieurs et tristes, exploits de voltige et frissons, pour qui est venu depuis 1985, sous les chapiteaux du Cirque Plume, cet ouvrage illustré de 417 photographies le plongera dans les souvenirs de poésie, de voltige inventée et de frénésie musicale. “Nos désirs de cirque sont nés du cinéma de Fellini, de la littérature, de Brecht, de Samuel Beckett ou d’Andreï Tarkovski. Nés de la musique, de Satie, de Bach ou des Beatles, et de la danse. Nés des souvenirs de la stupéfaction de découvrir les montreurs de kangourous ou les avaleurs de feu à la sortie de nos écoles primaires des années 1950.” Une belle et illustre généalogie que raconte Bernard Kudlak cofondateur et directeur artistique du Cirque Plume.
Cette bande de saltimbanques épris de liberté de création a révolutionné le cirque (en compagnie d’Archaos ou d’Aligre) et le spectacle de rue. Eux qui “venus de familles ouvrières, on n’était pas invités au festin…” ont plié le chapiteau il y a cinq ans (covid oblige), nous les retrouvons comme de vieux camarades de spectacle. Ce fut une aventure collective, un art de vivre et un doux combat.
Tout est aérien, léger, comme ce vent dans les voiles du chapiteau dans “ce poème en images et en mots”, dit Kudlak.
“Le Grand Livre du Cirque Plume, 40 ans de création et d’aventures circassiennes” de Bernard Kudlak, L’imprimeur Simon, 358 pages, 54 eurosLes Contemplations” de Victor Hugo illustrées par les débuts de la photographie, un long poème exalté et lumineux
Les Contemplations illustrées par les débuts de la photographie aux éditions Diane de Selliers est un voyage littéraire et photographique dans les mots vibrants et exaltés de Victor Hugo, accompagnés par les débuts hasardeux et poétiques des photographes découvrant ce nouvel art entre 1826 et 1910. Cela fourmille de romantisme, de rochers balayés par les vagues, de nature apaisée, de silhouettes féminines floues.
Les Contemplations, ce recueil de poèmes “monstre”, est une plongée dans le lyrisme de Hugo. Il dit d’elles que ce sont “les mémoires de l’âme”, ce pourrait être une autobiographie poétique. Ces mots vibrent et l’éditrice Diane de Selliers, dans la préface, rapproche la fragilité, le tremblement, le mystère des premières photographies au lyrisme et à la fébrilité des mots de Hugo. Nous pourrions parler de vibrations communes.
Quatre exemples illustrent la juste association de ces photographies avec Les Contemplations, parmi les 400 pages de ce magnifique livre d’art, cher (230 euros), mais aussi puissant qu’un poème de Hugo.
“Les Contemplations de Victor Hugo illustrées par les débuts de la photographie”, 92 poèmes choisis des Contemplations de Victor Hugo. Introductions de Florence Naugrette et d’Hélène Orain Pascali, 120 photographies réalisées entre 1826 et 1910, éditions Diane de Selliers. 400 pages, 230 euros.Avec “Winterland” et ses photographies enneigées, Christophe Jacrot alerte sur le monde fragile de l’hiver
Si vous devenez nostalgique des paysages enneigés de votre enfance, des bagarres de boules de neige au premier jour de décembre et du silence qu’imposent ces panoramas soudain blanchis, jetez-vous sur Winterland, récit en images de Christophe Jacrot qui voue une passion pour la neige en photographie. Winterland. The colors of snow, l’ouvrage est édité chez teNeues Verlang.
Parfois, chez un photographe, c’est dans les citations qu’il faut chercher la démarche. Christophe Jacrot cite Camus en exergue de son ouvrage. “Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.” Ses paysages capturés en Norvège, en Islande et en Russie racontent cette nature enfouie sous les flocons qui renaîtra une fois l’hiver disparu.
Le photographe nous confie que sa fascination pour la neige date d’il y a longtemps : “Peut-être mon enfance… Sinon cette passion est à relier avec mon goût du mauvais temps. Hong Kong sous la pluie, New York et ses tempêtes de neige se sont imposés à moi. Deux puissances qui s’affrontent, la ville arrogante et la tempête toute en puissance. Puis, il y a eu l’Islande.”
Chaque image de Christophe Jacrot raconte une histoire. La peur et les éléments en furie, comme dans la cité minière de Norilsk, construite sous Staline par des détenus du goulag à 200 kilomètres au nord du cercle polaire arctique, le photographe écrit : “J’ai eu la chance d’être pris dans une tempête de neige comme seule la Sibérie en connaît. Il m’a parfois fallu marcher à quatre pattes pour ne pas tomber.” La photographie comme sport de combat.
“Winterland. The colors of snow”, éditions TeNeus Verlag, 205 pages, 120 photographies, 65 euros.Le Louvre et ses chiens”, un bestiaire canin en peinture
Voici comment une drôle d’idée d’un homme de l’art contemporain, qui a dirigé le Palais Grassi et la Punta della Dogana pour les Pinault Collection à Venise, peut ainsi devenir un savoureux catalogue. Au fil des 351 pages aux reproductions irréprochables, le lecteur croise des setters et des épagneuls sur toile, des bouledogues en quartz ou des molosses en marbre. Martin Bethenod est parti à la chasse aux chiens dans les travées, coursives, salles et couloirs du plus grand musée du monde, le Louvre. Un connaisseur du chien, Martin Bethenod. On lui doit aussi un Yves Saint Laurent et ses chiens, paru en 2024 aux éditions Norma.
Il a, au début de la recherche, dénombré 2 789 occurrences du mot “chien” dans la base de données des collections du Louvre. Les chiens “nous aident à regarder sérieusement les choses légères et gaiement les choses sérieuses”, écrit Martin Bethenot.
Les chiens sont des symboles. En Égypte, c’est Baaka, aux oreilles tombantes, qui est le messager de la route après la mort du pharaon, donc représenté sur les tombeaux. En Grèce, c’est Cerbère, que seul Héraclès sait dompter.
Parfois, la beauté surgit – comme avec ce lévrier étrusque en marbre, inquiétant de vérité – ou la tendresse s’invite avec ce Goya, “l’enfant bleu” tenant en laisse un chiot.
Et pour parler record, c’est Paul Véronèse qui l’emporte : vous avez le temps mais il vous faudra découvrir les six chiens peints dans Les Noces de Cana. Rendons justice aux chats, il en existe un dans le coin gauche de cette fresque de 7 mètres sur 10.
Avec ce recueil, le chien guidera vos pas pour visiter le musée différemment.
“Le Louvre et ses chiens”, Martin Bethenod, Norma éditions & musée du Louvre, 352 pages, 250 illustrations environ, 39 euros.“Monet. Par-delà l’horizon” de Marianne Mathieu
La couverture en toile imprimée de ce livre au format impressionnant est une invitation à la caresse. Sa reliure “à la suisse” forme comme un coffret abritant une monographie très complète de Claude Monet avec une multitude de tableaux superbement reproduits. Le texte est signé par l’historienne de l’art Marianne Mathieu, l’une des meilleures spécialistes de ce peintre et de l’impressionnisme. Elle le portraiture notamment comme “un autodidacte et un rebelle, le chantre du plein air intégral“.
Membre du Comité Monet, qui attribue les œuvres, l’historienne refait le chemin de vie du maître de Giverny en s’appuyant sur ses toiles iconiques (Impression, soleil levant, Les Cathédrales, Les Nymphéas) mais également sur des œuvres moins connues et parfois surprenantes.
L’année 2026 célébrera le centenaire de la mort de Monet, le 5 décembre 1926. En quatre-vingt-six ans, dont soixante-dix passés un pinceau à la main, qu’a-t-il apporté à la peinture ? La question est au cœur de cet ouvrage magistral, sur la forme comme sur le fond.
“Monet. Par-delà l’horizon” de Marianne Mathieu, éditions Hazan. Livre papier (29×36 cm), 280 pages, 120 euros et Édition Prestige numérotée(Nouvelle fenêtre) incluant un tirage de l’œuvre Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte, 175 euros.“Mon Paris de toujours” de Marin Montagut
“Lorsque je suis arrivé à Paris, à 19 ans, sans carte ni repères, j’ai parcouru la ville à la recherche de ses secrets.” Ainsi commence ce livre délicieusement désuet aux faux airs d’almanach. L’auteur est illustrateur et designer. Il tient aussi boutique à Paris, près du jardin du Luxembourg, pour vendre ses créations, des objets qui manquent à son quotidien.
En 2018, avec Inès de La Fressange, il avait déjà publié Sous les toits de Paris, puis en 2021, Le Paris merveilleux de Marin Montagut, traduit en sept langues. Il présente son nouveau carnet comme “un voyage dans le temps“. Ce flâneur invétéré recense, arrondissement par arrondissement, quelque 475 adresses d’artisans, d’antiquaires, de bars, de restaurants, de passages secrets de la capitale glanées au cours de ses pérégrinations. Certaines sont vieilles de plusieurs siècles.
Il illustre chaque page par des aquarelles originales et des gravures anciennes issues de catalogues des années 1900. L’herboristerie de la place Clichy, le barbier de la rue Saint-Claude, la boîte de soldats de la rue Violet, l’argenterie d’antan du métro Bastille, la brûlerie des Gobelins, le Roi du pot-au-feu de la rue Vignon ou encore le plus ancien manège de Paris conçu par Charles Garnier, l’architecte de l’Opéra de Paris… Un inventaire à la Prévert réjouissant. Pour tous les amoureux de Paris.
“Mon Paris de toujours” de Marin Montagut, éditions Flammarion, publié le 12 novembre 2025, 304 pages, 29,90 euros. Également disponible en langue anglaise en Grande-Bretagne et aux États-Unis.L’Art moderne des pays scandinaves” de Serge Fauchereau
Ce livre, petit mais épais, de plus de 400 pages, constitue la première synthèse de cette ampleur en langue française consacrée à l’art moderne de cinq pays : le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède.
Réunis sous l’appellation de “scandinaves”, ils sont “certes voisins, mais chacun avec sa propre culture, sa propre langue et sa propre histoire, précise l’auteur, l’historien de l’art Serge Fauchereau. Quand on les compare, on découvre que les points communs ne sont pas si nombreux“.
Il se concentre, pays par pays, sur la période allant du milieu des années 1870 au début des années 1950, met en lumière la singularité de ces créateurs venus du froid (dont Edvard Munch, Christian Krohg, Harriet Backer, Hilma af Klint, Bruno Liljefors, Anders Zorn) et fait le lien avec le reste de l’art mondial. Très documentée et bien illustrée, cette “bible” séduira les experts comme les néophytes s’intéressant à la culture nordique.
“L’Art moderne des pays scandinaves” de Serge Fauchereau, Flammarion, publié le 15 octobre 2025, 464 pages, 204×265 cm, 60 euros.“Matali Crasset Autrement”, un panorama des réalisations de la “designeureuse”
Quiconque a passé quelques heures au moins dans un lieu ou un espace conçu par Matali Crasset le sait : la notion de spatialisation n’est plus la même ; les couleurs, les matières, l’agencement et la modularité du mobilier, mais aussi le dialogue avec l’environnement extérieur, tout se répond avec justesse et fluidité. De sorte que c’est une expérience que l’on n’oublie pas. Nourrie de lectures philosophiques, sociologiques et écologiques, celle qui se définit comme “designeureuse” et considère le design comme “de l’anthropologie appliquée“, invite à changer notre relation à l’habitat. Sa démarche engagée, au plus près des habitants, des savoir-faire locaux et des territoires, cherche à remettre du sens et à restaurer l’esprit de communauté dans “notre monde abîmé“.
Ce bel ouvrage qui se lit à l’horizontal présente, en textes et en photos, 80 projets durables et/ou éco-conçus de Matali Crasset, tous très différents, et pourtant liés par les valeurs qui la portent. Qu’il s’agisse d’une petite maison sans fondations en pleine forêt pour observer faune, flore et oiseaux, d’une vieille bastide du XVe siècle rénovée, de logements sociaux sobres en énergie dotés de petites serres pour cultiver ses légumes, d’une citadelle aux portes du désert tunisien, d’espaces créatifs et ludiques pour enfants, de librairies ou de manufactures, on reconnaît sa patte. Car tous sont placés sous le sceau de la solidarité, de la bienveillance et du respect du vivant que sont les marqueurs de son travail. Inspirant.
“Matali Crasset Autrement”, textes de Geneviève Gallot (La Martinière, 112 pages, 32,50 euros)Bowie hors cadre” du photographe Philippe Auliac, un regard précieux sur l’idole aux mille visages
Surnommé “le paparazzi du rock”, Philippe Auliac fut d’abord un fan de rock avant de devenir photographe. Ce métier était pour lui le plus court chemin pour approcher de près ses héros. Sa première photo de David Bowie, il la réalise en 1976, sur le quai de la gare Victoria de Londres. Il a 19 ans et vient d’être accrédité photographe par la maison de disques RCA. C’est le début d’une collaboration épisodique étalée sur trois décennies, durant lesquelles il s’est efforcé d’immortaliser, documenter et célébrer son idole dès qu’il le pouvait. Car Philippe Auliac est aussi un collectionneur passionné – tickets de concerts, articles de presse, disques pirates, merchandising : rien ne lui échappe.
Ce beau livre riche de 150 photographies de Bowie et de son entourage – notamment de rares photos d’Iggy Pop en fin d’ouvrage – vaut autant pour les superbes images que pour le texte. Car l’auteur, qui a photographié Bowie aussi bien sur que hors scène, est un témoin rare des nombreuses venues en France du Thin White Duke. De Roissy au Pavillon de Paris, du château d’Hérouville au Plaza Athénée, des plateaux de télévision à la boîte de nuit chez Castel, Philippe Auliac nous livre ses impressions avec moult anecdotes et nous montre les mille et un visages de l’artiste – Bowie barbu, quelle classe ! Le regard de l’auteur, à la fois intime et distancé, est précieux.
“Bowie hors cadre” de Philippe Auliac (Harper Collins, 304 pages, 39 euros)Terre des hommes” : quand Riad Sattouf rencontre Antoine de Saint-Exupéry
“J’espère apporter ma petite pierre au mythe Saint-Exupéry : permettre à une nouvelle génération de lectrices et de lecteurs de découvrir ce texte magnifique, plein d’aventures humaines et d’émotions – afin qu’il leur donne, à eux aussi, l’envie de vivre le cœur battant !”, invite l’auteur de L’Arabe du futur. La rencontre entre Riad Sattouf et Antoine de Saint-Exupéry se fait à travers Terre des hommes, publié en 1939. Pour le dessinateur, le roman est “un texte fondateur qu’il ne cesse de relire depuis l’adolescence”. Comment revisiter le chef-d’œuvre qui raconte l’expérience de l’auteur du Petit Prince dans l’aviation postale ? En l’enrichissant de 150 illustrations. Et le dessin se prête aux aventures et aux émotions, aux événements quotidiens et aux voyages intérieurs. Élu Grand Prix du roman de l’Académie française, Terre des hommes n’est pas un roman mais une œuvre autobiographique, riche de plusieurs expériences et réflexions. Riad Sattouf relève le défi avec beaucoup de talent.
“Terre des hommes”, Saint-Exupéry, illustrations de Riad Sattouf, éditions Gallimard, 300 pages, 26 euros
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