Liquidation de Brandt : quel avenir pour les salariés dans les prochaines semaines ?
Écrit par Jonathan PIRIOU sur décembre 15, 2025
La liquidation de Brandt a durement touché la région Centre-Val de Loire, où les sites de Saint-Jean-de-la-Ruelle près d’Orléans et de Vendôme emploient plus de 400 personnes. La commune loirétaine accueillait ce 15 décembre une réunion publique pour esquisser les pistes de reclassement pour les salariés.“Je me sens perdue. Perdue et triste.” Marie est entrée chez Brandt il y a 35 ans. Il y a quatre jours, elle a appris la liquidation de l’entreprise. Près d’elle, Jean-Marc allait attaquer sa 37e année chez Brandt. “Moi je ne dis rien devant ma femme, mais à l’intérieur, ça me fait mal“, raconte-t-il. “Le pire c’est quand je vais recevoir la lettre de licenciement, là ça va être dur. Je vais tomber de haut.” Comme si le courrier rendait enfin tangible la fin d’un monde.Ce 15 décembre, ils étaient plus de 300 salariés des sites Brandt de Vendôme et de Saint-Jean-de-la-Ruelle, invités à une réunion publique dans une salle polyvalente de cette dernière commune. L’enjeu : affronter un avenir bien sombre, et, pour beaucoup, reconstruire leur vie professionnelle de zéro.L’État et France Travail sont totalement mobilisés”
“Le mot d’ordre c’est la solidarité, toujours“, affirme François Bonneau, le président (PS) de la région Centre-Val de Loire, “la solidarité par rapport à des femmes et à des hommes qui vivent un véritable traumatisme, qui perdent leur emploi, qui ont espéré avec nous dans la reprise“. Une solidarité qui passera d’abord par la formation et le reclassement des 450 salariés de Brandt dans la région.
Car maintenant que le plan de reprise en Scop est tombé à l’eau, “l’État et France Travail sont totalement mobilisés” pour trouver une solution de reconversion aux salariés, explique à Ici Centre Val de Loire (France tv), Sophie Brocas, préfète du Loiret et de la région Centre-Val de Loire. Dans un premier temps, ils pourront, s’ils le souhaitent, signer un contrat de sécurisation professionnelle (CSP). “Cela veut dire la garantie pendant un an d’avoir un salaire quasiment équivalent au leur.” Le délai pour signer ce CSP court pendant trois semaines.
Pour l’étape suivante, France Travail prendra le relais. Nouvel objectif : valoriser ses acquis, rédiger un CV, réussir un entretien d’embauche et, finalement, décrocher un nouvel emploi. Dès l’annonce de la liquidation le 11 décembre dernier, “nous nous sommes mobilisés pour regarder et trouver les entreprises qui, dans ce bassin industriel, sont prêtes à recruter“, affirme Sophie Brocas.
En janvier, la préfecture proposera aux entreprises qui cherchent à recruter de venir présenter leurs métiers. Et en février, “j’organiserai un job-dating, c’est-à-dire des discussions, des rencontres individuelles entre un recruteur et un salarié pour essayer de faire matcher l’offre et la demande, et qu’on puisse rapidement remettre les salariés de Brandt au travail“.
Le Centre-Val de Loire, une région d’opportunités industrielles
Car malgré les mauvaises nouvelles en chaîne, le Centre-Val de Loire reste la quatrième région industrielle française, et les opportunités existent. “Nous avons, dans un rayon de 30 km, déjà identifié plus de 1 564 offres actives de chefs d’entreprise qui cherchent des candidats aujourd’hui, et plus de 350 dans le domaine industriel, c’est-à-dire ce que les salariés de Brandt savent faire“, énumère la préfète.
Vous avez quelque chose de rare entre les mains, c’est votre savoir-faire industrielSophie Brocas, préfète du Loiret et du Centre-Val de Loire
Conducteurs de ligne, électromécaniciens, techniciens de maintenance, logisticiens : autant de postes qui cherchent preneurs. Caroline Brocas garde en tout cas “bon espoir de trouver des points de chute intéressants pour les salariés de Brandt, parce qu’ils ont une culture industrielle, qu’ils connaissent les cycles, qu’ils savent comment ça marche, le respect des consignes de sécurité, autant de choses qui sont des atouts pour les chefs d’entreprise“.
Perspectives bloquées
Se lancer de nouveau sur le marché du travail, après des carrières parfois longues ? “Pour moi, c’est compliqué“, soupire Marie. Difficile de se projeter après 35 ans. Comment trouver un nouveau poste qui lui plaise, et qui ne soit pas trop loin de son logement, près de Patay dans le Loiret ? “Je ne sais pas comment me protéger, ce que je vais faire comme travail“, se demande Jean-Marc. Lui va signer le CSP. “J’espère qu’ils vont me retrouver du boulot pas trop tard parce que je ne peux pas rester à la maison à ne rien faire.“
Mais le reclassement va aussi se heurter à d’autres obstacles, que Caroline voit venir à grandes enjambées. À 56 ans, cette employée du service approvisionnement craint que l’âge soit un frein pour les recruteurs potentiels. “Effectivement on nous dit qu’il faut travailler de plus en plus longtemps, ce que je conçois, parce que la population vieillit, il faut bien faire rentrer les cotisations.“
Mais elle redoute que les entreprises renâclent à “prendre quelqu’un pour cinq ou six ans, surtout s’il y a en plus un petit peu de formation nécessaire pour être totalement autonome sur le poste“. Enfin, “cinq ou six ans, c’est le minimum !” s’empresse-t-elle d’ajouter, comme pour rassurer un employeur potentiel. “Je peux travailler plus longtemps effectivement.“
D’autres, enfin, s’accrochent, en dépit du démantèlement annoncé. “La décision de liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce n’est pas irréversible“, lit-on sur des tracts distribués par des salariés vêtus de chasubles CGT. “Brandt doit être sauvée, et peut être sauvée si l’ensemble de la population répond présent.” Pour le syndicat, il est encore possible de faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir le maintien et le développement de Brandt. À ce titre, une manifestation de soutien est organisée à Orléans ce jeudi 18 décembre à partir de 18 heures.
Radio Ice Age France