Maquillage, vêtements… Ces produits contenant des polluants éternels seront interdits dès le 1er janvier 2026
Écrit par Jonathan PIRIOU sur décembre 31, 2025
Dès ce jeudi 1er janvier, de nombreux produits vont être interdits à la fabrication et à la vente parce qu’ils contiennent des PFAS ou “polluants éternels”, très dangereux pour la santé. RMC Conso vous dresse la liste des produits concernés.
Dès le 1er janvier 2026, de nombreux produits vont disparaître de vos placards. Et pour cause, le gouvernement a publié ce mardi 30 décembre un décret sur l’interdiction de “fabrication, d’importation, d’exportation et de mise sur le marché de produits contenant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, les PFAS“, aussi appelées “polluants éternels”.Ce décret, qui découle de la loi du 27 février 2025, précise que tout équipement contenant plus de 25ppb sera concerné par cette interdiction. Par ailleurs, la somme des polluants éternels mesurés dans le produit ne pourra pas excéder 250ppb. Pour les produits dont la fabrication est antérieure, ils pourront être mis sur le marché ou importés “pendant une durée maximale de 12 mois à compter de cette date”.
Une mesure plus que bienvenue, alors que les effets néfastes de ces substances sur la santé et l’environnement ne sont plus à prouver. Les polluants éternels agissent comme des perturbateurs endocriniens, qui peuvent chambouler le système hormonal (organes pas correctement développés, poids anormal, problèmes de fertilité etc.). Mais alors, quels sont les produits concernés par cette interdiction? RMC Conso fait le point.
Cosmétiques, vêtements imperméables, farts sur les skis…
Tous les produits cosmétiques (poudres, mascaras, soins anti-âge, fonds de teint) qui utilisent des PFAS pour les rendre plus résistants à l’eau ou proposer des couleurs capables de tenir plus longtemps seront désormais interdits.Comme l’a expliqué Zoé Kerlo, ingénieure toxicologue, au média Vert, la liste des produits concernés est longue et touche des produits très populaires, à l’image des marques L’Oréal, Kiko, Natasha Denona, Charlotte Tilbury ou encore Laneige.
Le secteur du textile ne sera également pas épargné par ce nouveau décret. Sont concernés les vêtements, notamment ceux imperméables, déperlants et respirants (parkas, vestes), mais aussi les chaussures étanches.
En effet, les PFAS sont largement utilisés pour empêcher l’eau d’imprégner les tissus. Ils sont aussi prisés pour leur résistance aux fortes chaleurs, leur effet antitache et antiadhésif.Pour autant, il est tout à fait possible de créer ce type de vêtements sans ces substances. Certains ont déjà commencé, notamment avec l’aide de l’Institut français du textile et de l’habillement qui développe des solutions hydrophobes sans PFAS.
Et enfin, c’est également le monde du ski qui est touché par cette interdiction, avec notamment les farts, ces produits qui servent à améliorer la glisse. Sont aussi concernés ceux au fluor, qui restent très répandus. Ils ont été interdits en 2023 lors des compétitions internationales de ski et nationales en France.
Ceux-ci seraient particulièrement dangereux pour l’environnement. D’après une étude menée par l’Institut James Hutton d’Aberdeen et l’Université de Graz en Autriche en 2023, ces farts ont entraîné la contamination de centaines de sites en montagne en raison de leur abrasion au contact de la neige qui libère des substances qui s’infiltrent dans les sols et l’eau.
Quelques exceptions
Cependant, il y a des exceptions à noter. C’est par exemple le cas des vêtements de protection destinés aux militaires ou aux pompiers. Ces équipements pourraient être concernés dès 2030, lorsque la liste des marchandises interdites sera complètement étoffée. Celle-ci sera étendue à l’ensemble des textiles, notamment l’automobile et l’ameublement.
Dans ce secteur, un des produits qui utilise beaucoup de PFAS, ce sont les nappes cirées. “On utilise très peu de résine perfluorée dans nos produits, mais celle-ci reste indispensable pour que les nappes soient antitaches”, s’inquiétait auprès de Reporterre Laurence Le Crocq, fondatrice d’une marque de nappes fabriquées en France. Des alternatives commencent à se développer, notamment à base de polyester recyclé.
De même pour les secteurs comme l’industrie, où les PFAS sont utilisés dans les membranes des machines, les enveloppes de toitures ou les protections solaires pour les bâtiments.
Dans ces cas-là, des exemptions sont prévues, notamment pour les “produits textiles nécessaires à des utilisations essentielles” comme les “produits textiles contribuant à l’exercice de la souveraineté nationale et pour lesquels il n’existe pas de solution de substitution, ainsi que les textiles techniques à usage industriel”, précise le ministère de la Transition écologique.
Par ailleurs, pour “les textiles d’habillement et chaussures incorporant au moins 20% de matière recyclée issue de déchets post-consommation”, la présence de polluants éternels est “limitée à la fraction de matière recyclée”, ajoute le décret.
Les poêles échappent au décret
Mais il y a encore de la résistance du côté des ustensiles de cuisine, souvent pointés du doigt à cause de leurs revêtements antiadhésifs remplis de PFAS. “Encore une fois, la majorité alliée aux Républicains et au Rassemblement national a cédé au lobbying Seb, au détriment de la santé des Français. C’est une honte”, avaient dénoncé les députés écologistes.
De l’autre côté, les députés ont assuré s’être opposés à l’amendement pour “laisser le temps nécessaire” aux industries françaises de “trouver des alternatives satisfaisantes”. De même, les emballages alimentaires ont été exclus du périmètre du décret, en raison de leur intégration au règlement européen de 2024 sur les emballages et les déchets d’emballages.
Le président de l’Union des industries textiles (UIT), Olivier Ducatillion, a assuré que “les Français se tirent une balle dans le pied” en étant les premiers à appliquer cette mesure en Europe. Face à “une concurrence mondiale de plus en plus agressive”, il faut “une politique cohérente” pour “tous les États membres” d’ici à 2027, a-t-il plaidé.
Radio Ice Age France