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Manifestations en Iran : pourquoi est-il si compliqué de rapporter ce qu’il se passe dans le pays ?

Écrit par sur janvier 13, 2026

a coupure quasi-totale du réseau internet par le régime iranien rend extrêmement difficiles les communications avec le reste du monde, dans un pays où la presse est déjà muselée.

Un pays plongé dans le noir et presque coupé du monde. Après plus de trois semaines de contestation populaire contre le régime islamique en Iran, difficile pour la presse étrangère de savoir où en est ce mouvement, tout comme l’ampleur de la répression, annoncée comme extrêmement sanglante. Faute de médias indépendants actifs dans le pays, les journalistes, les ONG et la diaspora iranienne s’en remettent habituellement à des sources citoyennes et aux réseaux sociaux. Mais ces fenêtres sur l’Iran ont été fermées malgré elles.Depuis le 8 janvier, la population iranienne n’a presque plus du tout accès à internet, rapporte l’ONG NetBlocks sur le réseau social Mastodon(Nouvelle fenêtre). Soit un blocage national long de cinq jours, qui “isole les Iraniens du reste du monde, mais aussi des uns des autres”, souligne l’organisation. Si quelques images parviennent à sortir du pays, elles restent, pour l’heure, largement insuffisantes. Voici pourquoi il est si compliqué de rapporter ce qu’il se passe en Iran, alors que la révolte gronde.

Parce que les médias sont muselés

Avant les manifestations, l’Iran comptait déjà “parmi les pays les plus répressifs au monde en matière de liberté de la presse”, signale Reporters sans frontières(Nouvelle fenêtre). La République islamique se retrouve ainsi à la 176e place sur 180 pays recensés, dans le classement de l’ONG. Les journalistes y sont régulièrement confrontés à “des arrestations arbitraires” et des “condamnations très lourdes”, dénonce RSF. Pour justifier cette répression, l’ayatollah Ali Khamenei “accuse régulièrement la presse indépendante d’être manipulée par des forces étrangères”. C’est aussi ce qu’il a déclaré à l’encontre des manifestants ces derniers jours.

Dans ce contexte déjà compliqué, “les Iraniens s’informent principalement grâce à des médias en exil”, explique Parand Danesh, chercheuse au Centre des savoirs sur le politique-Recherches et analyses (Cespra). “Il y a la BBC en persan, la chaîne Iran International et son site, la chaîne Manoto…” liste-t-elle. Ces médias sont considérés comme des sources fiables, “car ils disposent de réseaux locaux, d’équipes de vérification en Iran et à l’étranger et d’une expérience accumulée des situations de soulèvement”. De quoi authentifier et contextualiser les nombreux messages, photos et vidéos publiées par les Iraniens sur les réseaux sociaux. Tout en offrant un contrepied aux médias officiels, tenus par le régime.

Parce qu’internet a été coupé

A cause du blocage des connexions internet, que les autorités iraniennes ont instauré dans l’après-midi du 8 janvier, ces relais d’information ont énormément de mal à fonctionner. Selon NetBlocks, le réseau national ne fonctionne qu’à 1% du niveau habituel. Après avoir largement diffusé les images de la contestation, qui a gagné plus d’une centaine de villes iraniennes, les médias installés à l’étranger et les ONG n’ont soudainement plus rien reçu. “C’est un vide énorme mais aussi un vide glacial, car nos sources sont parfois nos proches”, confie le cadre d’une association européenne de défense des libertés, préférant rester anonyme “par peur des représailles” contre sa famille en Iran.

“C’est angoissant, car on sait que nos messages sur WhatsApp n’arrivent pas”, a raconté Farid Vahid, co-directeur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, dans l’émission “C ce soir”(Nouvelle fenêtre).Parce qu’il faut recourir au système D pour faire sortir des images

Comme le rappelle Parand Danesh, le blocage d’internet “est une pratique ancienne en Iran”. Depuis 2009, et le “mouvement vert”(Nouvelle fenêtre) contre la réélection de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad, cette mesure fait même “partie de l’arsenal de gestion des crises politiques”“On a assisté à un black-out national presque total en novembre 2019 ou encore lors des manifestations liées à la mort de Mahsa Amini en 2022″, liste la chercheuse. Le régime iranien a aussi recours “au ralentissement des connexions et au ciblage de certaines applications comme WhatsApp”, ajoute-t-elle.

Face à ces obstacles, “les Iraniens se sont adaptés aux contraintes, en enregistrant systématiquement les vidéos, avant de les partager entre téléphones grâce au Bluetooth ou à des clés USB par exemple”, détaille Parand Danesh. Le recours au système satellitaire Starlink“très dangereux car totalement interdit en Iran”, à des cartes SIM étrangères ou encore à des antennes mobiles aux frontières du pays permettent de faire sortir quelques images. Pour faciliter l’authentification et la compréhension des vidéos, “les Iraniens ont aussi pris l’habitude de dire où ils se trouvent et à quelle date” au tout début des séquences, explique Parand Danesh, qui décrit cette pratique comme “de l’archivage en temps réel”.

Quelques informations sont enfin transmises par les rares voyageurs de retour d’Iran ces derniers jours. Si la compagnie Turkish Airlines, l’une des seules à relier l’Iran au reste du monde, a annulé vendredi tous ses vols vers et depuis ce pays jusqu’à nouvel ordre, quelques liaisons internationales continuent à être assurées, avec Dubaï et le Qatar notamment. C’est d’ailleurs depuis l’aéroport de Doha que le chercheur Kevan Gafaïti a pu livrer nous son témoignage concernant l’évolution des manifestations, mais aussi de la répression violente ces derniers jours.