Plus de 700 postes finalement conservés à la rentrée : on vous explique pourquoi le ministère de l’Education nationale a revu sa copie
Écrit par Jonathan PIRIOU sur janvier 30, 2026
Le ministère a finalement revu la répartition de ses effectifs pour l’année scolaire prochaine, après une première communication prévoyant 4 000 enseignants en moins.Un rétropédalage ? Dévoilant la répartition des moyens en professeurs pour l’année scolaire 2026-2027, le ministère de l’Education nationale avait fait savoir lundi, dans un document transmis aux syndicats, qu’il prévoyait de supprimer plus de 4 000 postes sur l’ensemble des académies – 2 229 dans le premier degré (les écoles) et 1 803 dans le second degré (les collèges et les lycées). Soit des chiffres supérieurs à ceux qui étaient mentionnés dans le projet de loi de finances.
Le rabotage sera finalement moindre : un texte amendé, reçu par les organisations syndicales mercredi 28 janvier, évoque désormais 1 891 postes supprimés dans le primaire et 1 365 dans le secondaire, soit 3 256 au total. Par rapport à la première version, 776 postes supplémentaires sont donc préservés pour la rentrée de septembre, sous réserve de l’adoption définitive du budget.
Dans la foulée des premiers chiffres avancés lundi, les syndicats avaient fait part de leur inquiétude. “Le ministère maintient sa sinistre politique comptable”, avait notamment réagi la CGT Educ’action. Le Parti socialiste, qui a choisi de ne pas censurer Sébastien Lecornu, permettant au Premier ministre de faire adopter son budget par le recours au 49.3, avait lui aussi exprimé son mécontentement : “L’école publique n’est pas une variable d’ajustement”, pouvait-on lire dans un communiqué(Nouvelle fenêtre) du parti. Comment expliquer, alors, le changement de pied de l’Education nationale ?
Des postes mis en “réserve”, du fait d’une réforme du concours
Selon le ministère, contacté par franceinfo, les 776 postes maintenus sont ceux de professeurs-stagiaires, et ils étaient en réalité “mis en réserve”. Il affirme que la nouvelle communication autour des suppressions de postes n’est qu’une “clarification”, jugée nécessaire “compte tenu des réactions générées” depuis lundi. “On savait, grosso modo, que ces 776 postes allaient se retrouver devant les classes.”
Cette année, pour la première fois, en lien avec la mise en place progressive de la réforme de la formation des professeurs, deux concours se chevauchent. Le premier, qui existait déjà les années précédentes, concerne les candidats qui passent les tests après un master, c’est-à-dire cinq années d’études. Cette formule va disparaître en 2028. Le deuxième concours permet désormais à des étudiants de devenir professeur après une licence, donc trois ans d’études, ce qui a vocation à devenir la règle.
D’après l’Education nationale, il existait de ce fait une certaine incertitude quant à la localisation des diplômés sur le territoire, leur nombre exact, et leur répartition entre les deux concours qui coexistent. Car tous les lauréats ne pourront pas enseigner devant des élèves dès l’année qui suit : ceux ont réussi le concours après une licence devront d’abord suivre une année de formation complète, tandis que ceux qui l’ont passé à l’issue d’un master pourront enseigner 50% à 100% du temps de l’année scolaire.
“La ‘mise en réserve’ de ces postes était la façon la plus évidente de faire sur le plan budgétaire” pour anticiper ces multiples incertitudes tout en présentant un projet de répartition des effectifs, explique le ministère. “Nous pensions les ventiler dans les académies après les résultats des concours, mais nos services en interne ont fait en sorte de les répartir dès maintenant.”
Une justification “tardive” aux yeux des syndicats
Auprès de franceinfo, Sophie Venetitay, secrétaire générale du Snes-FSU, déplore une “justification qui arrive de manière tardive”. Face à cet imbroglio autour des chiffres, “on en a aussi conclu que la réforme de la formation des enseignants se faisait dans la précipitation et la confusion”, ajoute-t-elle.
Dans un communiqué(Nouvelle fenêtre) rédigé par son président Jean-Rémi Girard, le syndicat du SNALC a dénoncé de son côté “l’incapacité du ministère à produire les bons chiffres”, qui n’est selon lui que “la partie émergée d’un iceberg que le navire ‘Education nationale’ a déjà heurté”. Alors que plusieurs milliers de postes doivent toujours être supprimés, ce que le ministère justifie par la baisse du nombre d’élèves, il estime également que “la démographie a bon dos” et rappelle que “la France a les classes parmi les plus chargées d’Europe“.
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