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« L’agriculture est en première ligne » : comment l’épisode de forte chaleur précoce menace les cultures françaises

Écrit par sur mai 29, 2026

L’augmentation soudaine des températures dès la fin du mois de mai risque de provoquer des dégâts dans les champs et de relancer la bataille de l’eau encore plus tôt dans l’année.

Un coup de chaud en plein cœur du printemps. Alors que les fruits sont encore en formation sur les arbres fruitiers, un épisode de fortes chaleurs inédit fait grimper les thermomètres. La température a atteint jeudi 28 mai 37,8°C à Angoulême (Charente), selon les données provisoires de Météo-France, battant le record de chaleur pour un mois de mai en France, qui était de 37°C enregistrés à Sollacaro, en Corse, en 2009. Les températures de référence pour la saison sont par endroits dépassées de plus de 10°C depuis plusieurs jours et une baisse généralisée du mercure n’est pas attendue avant dimanche 31 mai, selon le prévisionniste. Face à ces fortes chaleurs très précoces, « l’agriculture est en première ligne », prévient Ronan Groussier, membre du Réseau action climat.

« En ce moment, c’est une période clé pour un certain nombre de plantes cultivées, notamment les arbres fruitiers et les céréales », explique Delphine Renard, chargée de recherches au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS. « Selon leur date, leur intensité et leur durée, ces événements climatiques extrêmes peuvent avoir différents impacts plus ou moins dramatiques sur les plantes, allant des dommages physiologiques à une destruction totale », prévient la chercheuse.Mais difficile de savoir précisément l’ampleur des dégâts qui pourraient être causés par cet épisode de chaleur, « car nous n’avons jamais vécu ce type de températures à ce moment de l’année », souffle Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri, directeur de l’unité AgroClim d’Avignon, à l’Inrae. « On ne sait pas très bien ce que peuvent être les comportements des plantes face à ces changements radicaux », ajoute-t-il.

Menace sur le blé, les légumes et les vignes

Plusieurs indices suscitent cependant l’inquiétude des spécialistes. « Cet épisode de chaleur intervient à un moment critique pour la formation des épis de céréales par exemple », explique Ronan Groussier, responsable agriculture au sein de l’association. De quoi faire craindre une récolte moins importante. « Une perte de rendement de 1 à 4% par jour » est ainsi à envisager pour le blé et l’orge, selon l’agroclimatologue Serge Zaka.

Les plantes maraîchères pourraient aussi être affectées, avec « un ralentissement de leur croissance », complète Ronan Groussier. La chaleur a commencé à brûler certaines feuilles, par exemple les salades. La fécondation des fleurs de tomates pourrait également être « altérée dans le sud-ouest de la France », complète Serge Zaka. « C’est le cas pour de nombreux légumes du potager, surtout s’ils ne sont pas irrigués ! », écrit-il sur le réseau social X(Nouvelle fenêtre).Les vignes pourraient aussi devoir faire face à des difficultés, notamment dans le Bordelais. Cet épisode n’est « pas insurmontable » mais éprouvant pour les exploitants, contraints de travailler « très tôt le matin », expose Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, à l’AFP. Il anticipe « des vendanges encore plus précoces » cette année.

« L’effet sèche-cheveux »

Ce coup de chaud inédit, couplé à du vent, provoque également un dessèchement rapide de la végétation. « Avec l’évapo-transpiration, les plantes vont se dessécher et les sols aussi », explique Ronan Groussier. C’est « l’effet sèche-cheveux », illustre Serge Zaka. « L’indice hydrique des sols de surface s’effondre littéralement à 0% de disponibilité en eau sur 3 à 9 cm et de 0% à 30% de 9 à 27 cm de profondeur. C’est extrêmement bas pour la saison », insiste l’agroclimatologue.

Dans ces conditions, les tensions sur l’utilisation de l’eau dans l’agriculture pourraient démarrer encore plus tôt que ces dernières années. « Certains vont vouloir irriguer comme en plein été et cela va poser la question de la gestion de l’eau, à une période de l’année où l’on n’a habituellement pas besoin d’autant de ressource », alerte Ronan Groussier. A l’instar de Maxime Guinet, maraîcher à Saint-Bonnet-de-Mure (Rhône), rencontré par France 2, forcé d’arroser ses plantations pour qu’elles résistent.Et ce n’est sûrement que le début. « Malheureusement, on sait que, certainement, ce n’est que le premier d’une série de ce type d’événements que nous aurons à vivre cet été », a affirmé mardi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.

Une incertitude généralisée

Les conséquences de cet épisode de chaleur exceptionnel sur l’agriculture vont également dépendre de sa durée. Météo-France prévoit ainsi un retour à des températures plus modérées dès la fin de semaine, avec un possible retour de la pluie. « On sort d’un cycle assez fou avec une fin d’hiver très chaude, qui a accéléré le cycle des plantes et les a exposées au gel », retrace Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. « On a ensuite eu des pluies abondantes, une baisse très marquée des températures il y a quinze jours et là, une augmentation très rapide de la chaleur… avant potentiellement de l’eau dans quelques jours », souffle l’expert.


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