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Incendies: comment le changement climatique transforme les forêts en véritables poudrières

Écrit par sur juillet 30, 2026

Neuf feux sur dix sont dits d’origine humaine. Toutefois, le changement climatique joue un rôle majeur en créant des conditions de plus en plus propices aux départs de feux et à leur propagation. Dans les années à venir, les incendies seront plus nombreux, plus intenses et toucheront l’ensemble du territoire.

Nous ne sommes qu’à la fin du mois de juillet et l’été 2026 est déjà tristement record. Quatre vagues caniculaires, une sécheresse exceptionnelle conséquence d’un déficit de pluie persistant depuis plusieurs mois et des feux ravageurs. Au total, plus de 117.000 hectares de végétation ont brûlé depuis le début de l’année. Du jamais-vu. En Gironde, les pompiers luttent toujours contre le plus grave incendie qu’ait connu le pays depuis 1949, qui a dévasté plus de 42.000 hectares et contraint environ 220.000 personnes à évacuer.Mais pour les scientifiques, cette situation catastrophique n’est pas une surprise. Dans un message d’alerte ce mardi 28 juillet, le chef d’ONU Climat, Simon Stiell, a rappelé que « les connaissances scientifiques sont claires »: « le réchauffement climatique provoqué par la combustion massive de charbon, de pétrole et de gaz » rend les événements climatiques extrêmes « plus fréquents, plus intenses et plus coûteux ».

« Ce qu’il faut faire est tout aussi clair » que le diagnostic scientifique, a-t-il également déclaré, appelant à tourner plus rapidement la page des combustibles fossiles pour limiter les conséquences d’une crise qui ne cesse de s’aggraver.

Comme le rappelle la climatologue Valérie Masson-Delmotte, le sixième rapport du Giec de 2021 « était déjà très clair ». « Plus le réchauffement planétaire va augmenter, plus cela va augmenter les conditions météorologiques propices aux incendies sur une large fraction des continents, tout particulièrement aux moyennes latitudes », rappelle-t-elle.Un climat plus chaud et plus sec donc plus inflammable

On entend souvent dire que neuf feux de forêt sur dix sont d’origine humaine. Cela signifie que l’étincelle provient effectivement d’une activité humaine, qu’elle soit préméditée ou accidentelle. En revanche, les conditions de propagation et d’intensité des feux de forêt sont liées aux conditions météorologiques. C’est là que le changement climatique intervient, en favorisant ce risque météo de feux de forêt. « Tout départ de feu peut être l’étincelle dans une poudrière », déplore Valérie Masson-Delmotte.

L’année dernière, le réchauffement de la planète a atteint +1,4°C en moyenne par rapport à l’ère préindustrielle. En France, le réchauffement observé a atteint 2,2°C entre 1900-1930 et 2016-2025, selon le rapport annuel du Haut conseil pour le climat publié en juillet. Or, des températures plus élevées favorisent l’évapotranspiration des plantes et « la végétation s’asséchant, elle devient plus sensible au développement des incendies », explique Météo-France.

À la hausse des températures s’ajoute une « baisse de la pluviométrie sur certaines régions durant les saisons propices aux incendies », poursuit l’institut météorologique, rendant donc la végétation encore plus sèche. C’est notamment le cas dans le bassin méditerranéen.Cette année, les conditions climatiques ont été particulièrement propices au développement d’incendies avec un hiver très pluvieux, marqué notamment par un mois de février record, permettant à la végétation de prospérer, puis un déficit pluviométrique très marqué dès le printemps.

En outre, « des hivers plus chauds favorisent les attaques de parasites (insectes et champignons) qui sont généralement détruits ou affaiblis par les gelées », précise Météo-France. Ces dernières années, les forêts françaises connaissent un important dépérissement. « Une fois morts, ces végétaux deviennent particulièrement vulnérables et constituent un stock de combustible disponible extrêmement important pour les incendies », explique Météo-France.

Avec toutes ces conditions réunies, toute source de chaleur, même peu intense, comme un mégot de cigarette, peut provoquer un départ de feu.Des conséquences déjà visibles

Et les conséquences de cette nouvelle donne climatique sur les incendies sont déjà largement visibles. En France, entre 1980 et 1997, la politique de lutte contre les feux avait permis de diviser par cinq les surfaces dévastées… Mais depuis les années 2020, elles repartent à la hausse.

Entre 2006 et 2021, la moyenne annuelle des superficies brûlées était d’environ 15.000 hectares, pour 12.000 feux. L’année 2026 est d’ores et déjà loin devant ces chiffres avec ces plus de 117.000 hectares dévastés. Selon Météo-France, les sécheresses sont également deux fois plus fréquentes que dans les années 1960 sur l’Hexagone.

Ailleurs aussi, les feux sont toujours plus grands. En ce mois de juillet, l’Espagne lutte contre « le plus important feu de forêt » de l’histoire récente du pays. Et les trois pires incendies espagnols se sont produits ces deux dernières années, selon les données du ministère de la Transition écologique, dont les relevés remontent à 1961.

Preuve également de l’intensification des incendies, l’apparition sur le sol français d’orages de feu, ou pyrocumulonimbus, habituellement observés au Canada ou en Australie. « La succession de printemps pluvieux, vagues de chaleur extrêmes, assèchement rapide des sols et de la végétation jusqu’à un seuil critique ont joué un rôle majeur dans l’augmentation de la propagation des feux, plus rapide la nuit que le jour en 2025, avec des processus pyroconvectifs », explique à cet égard la climatologue Valérie Masson-Delmotte.

Ces dernières années, outre l’intensité des brasiers, une extension géographique des feux a été observée. Fontainebleau, monts d’Arrée, Maine-et-Loire ou encore récemment Côte d’Or ont connu d’importants incendies… Autant de territoires qui, dans l’imaginaire collectif, ne brûlent pas. « Sous l’influence principale de l’augmentation de la température, qui renforce les conditions de sécheresse de la végétation, le risque de feux de forêt progresse vers le nord, y compris dans des régions pas ou très peu concernées jusqu’ici », explique Météo-France.Une situation qui va continuer à se dégrader

Cette extension géographique est d’ailleurs particulièrement documentée dans les projections climatiques. Dans une France à +4°C en 2100, certaines régions de la moitié nord (régions de la Loire au Bassin parisien) connaissent un risque de feu élevé selon des fréquences rencontrées à ce jour sur l’arrière-pays méditerranéen, selon la Tracc (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique), un cadre élaboré par la France pour guider l’adaptation aux effets du changement climatique.

À titre d’illustration, par rapport à la période 1976-2005, la Bretagne passerait d’une quinzaine de jours à risque avéré d’incendie à près de deux mois en fin de siècle pour les modèles les plus pessimistes.

De la même manière, dans les régions du Sud déjà touchées par les incendies, le risque s’aggrave. « Les régions méditerranéennes sont particulièrement touchées avec une multiplication par 2 des jours de dangers très élevés, passant de 40 actuellement pour dépasser les 80 jours en moyenne par an », détaille à ce propos Météo-France.

Surtout, la saison de risque de feux s’allonge, avec un démarrage plus précoce et une fin plus tardive à l’automne. Ainsi, « dans une France à +4°C, dans certaines régions, la saison complète des risques de feux pourrait durer 1 à 2 mois supplémentaires ».

Des projections inévitables?

Un rapport Inrae paru en 2023 mettant également en évidence cette hausse d’activité moyenne des feux dans les années à venir montre aussi l’importance de la mise en œuvre de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En effet, dans cette étude, deux scénarios ont été envisagés: une stabilisation des émissions à un niveau faible, correspondant approximativement à la trajectoire proposée par le gouvernement en 2023, ou une progression au rythme actuel.

Les deux donnent globalement les mêmes projections pour 2050 avec une augmentation importante des feux sur l’ensemble du territoire. En revanche, les scénarios divergent ensuite, avec, en 2090, un triplement des incendies pour le pessimiste et « seulement » +80% pour l’autre.

« Cette séparation nette des trajectoires en 2050 souligne l’importance de la continuation des efforts d’atténuation du changement climatique afin de limiter ses conséquences dans le futur », note l’Observatoire de l’environnement en Bretagne.

BFM


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