Débit de crise », biodiversité menacée : ce que l’on sait de la sécheresse historique qui touche la Loire
Écrit par Jonathan PIRIOU sur août 21, 2026
Faut-il s’inquiéter pour le niveau et le débit de la Loire ? Cet été, les bancs de sable n’ont jamais été aussi importants. « Potentiellement, on peut être inquiet pour la suite », disent les services de l’État à ICI, tout en précisant que les conséquences sont limitées pour l’instant.
Jamais la Loire n’avait été aussi basse, jamais son débit n’avait été aussi faible. Jamais la situation n’avait été aussi inquiétante. Pour s’en rendre compte, il suffit d’avoir suivi les arrêtés des préfectures sur le long parcours du fleuve face à un « débit de crise » : vendredi 14 août en Indre-et-Loire, lundi 17 août dans le Loiret, le mardi 18 août pour la Saône-et-Loire et le département de la Loire. « On tangente en fait les minima historiques », précise à ICI Nicolas Hardouin, le directeur adjoint de la Dréal, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement du Centre-Val de Loire, en charge du suivi du fleuve sauvage. ICI fait le point ce jeudi 19 août sur la sécheresse historique qui touche la Loire et ses conséquences.Un niveau d’eau historiquement bas
L’état actuel de la Loire est un cas très concret du réchauffement climatique, ajoute le directeur adjoint de la Dréal. Il suffit de se souvenir du 19 février 2026, au pont Anne de Bretagne à Nantes, avec un niveau historique de crue à 8,17 mètres. Tout juste six mois plus tard, le niveau est historiquement le plus bas jamais enregistré, à 1,51 mètre ce 19 août à 6h du matin. Et rien n’indique qu’une remontée va se produire prochainement.
Le niveau estival de la Loire est dû à plusieurs facteurs : le défaut de précipitations depuis le début de l’été, les canicules à répétition, cinq exceptionnelles recensées par Météo France depuis juin, et la réduction des ajouts d’eau dans le fleuve (le « soutien d’étiage »), en amont, pour tenter de préserver les réserves dans les barrages. Au 19 août, le taux de remplissage du barrage de Villerest (Loire) n’est plus que de 40% et celui de Naussac (Lozère) est de 66%.
Le débit de la Loire change toujours entre l’hiver et l’été, mais en cette mi-août, il est en dessous des moyennes constatées habituellement. Suivant les endroits, en moyenne, le niveau de la Loire varie de 350 mètres cubes par seconde à 900 mètres cubes. En temps normal, en fin d’été, sans forte canicule, on est entre 90 et 240 mètres cubes en moyenne suivant les endroits.Un débit maintenu à minima
Pour tenter de remédier au problème et maintenir un débit minimum de la Loire, les services de l’État se basent sur une station de référence, celle qui sert à prendre les décisions. Il s’agit de la station de Gien (Loiret). Depuis le 5 août, le débit minimum est fixé à 39 mètres cubes d’eau par seconde. Pour le maintenir, des lâchés d’eau sont opérés sur les deux barrages de Villerest (Loire) et Naussac (Lozère). « Notre mission est de gérer ces deux réserves d’eau, avec l’objectif d’avoir de l’eau dans la Loire le plus longtemps possible », précise Nicolas Hardouin.
Les services de l’État travaillent sur des prévisions météo à 14 jours. Chaque épisode pluvieux, chaque épisode orageux permet de gagner quelques jours de réserve. « Potentiellement, on peut être inquiet pour la suite. Tout dépendra des précipitations à venir, concède Nicolas Hardouin. On essaye de gérer au mieux pour qu’il y ait de l’eau jusqu’au retour des écoulements. Théoriquement, les années sèches et les retours des écoulements, ça peut être début novembre ».
Des limitations de prélèvements d’eau
Les préfets des départements en aval et en amont de la Loire ont pris des arrêtés plaçant le fleuve en alerte de crise, à la demande du préfet de bassin. Cela implique d’abord l’arrêt de l’irrigation, sauf exception dérogatoire spécifique. « Les agriculteurs utilisant un Outil d’aide à la décision (OAD), pratiquant une irrigation localisée (goutte-à-goutte) ou produisant certaines cultures sensibles (maraîchage, horticulture, vergers) peuvent y prétendre, souvent sur validation ou avec des restrictions horaires strictes (comme irriguer uniquement la nuit) », explique par exemple la préfecture du Maine-et-Loire.
D’autres mesures peuvent être prises, comme des contraintes sur le pompage d’eau potable, « mais à ce stade, ce n’est pas le cas. On n’a pas encore identifié sur l’ensemble de l’axe de difficultés particulières sur l’eau potable », assure la Dréal du Centre-Val de Loire.
Reste aux entreprises à prendre des mesures. Les industriels, en situation de crise, doivent également réduire leurs prélèvements, donc réduire leur activité de production. EDF a par ailleurs été sondée la semaine dernière pour ses quatre centrales nucléaires du Centre-Val de Loire qui utilisent l’eau de la Loire pour refroidir leurs réacteurs. EDF assure qu’elles ne sont pas en difficulté aujourd’hui avec 39 mètres cubes par seconde, et qu’elles peuvent même poursuivre leur activité avec un étiage encore plus bas.
Des risques pour la biodiversité
Faut-il s’inquiéter pour la faune et la flore ? « Sur un débit tel qu’il existe aujourd’hui, on a toujours quand même un écoulement. Et surtout dans le fleuve Loire, on a des espèces qui sont un peu plus tolérantes sur le plan de la température, assure Vincent Garnier, le directeur de la fédération de pêche et de préservation des milieux aquatiques de la Loire au micro d’ICI Saint-Étienne Loire. On ne va pas forcément observer une mortalité de brochets, de cendres, de carpes, de gardons, d’ablettes, etc., donc les espèces qu’on trouve dans le fleuve Loire ».
Pas de mortalité excessive, mais des animaux qui souffrent. rappelle Damien Hemeray, le conservateur de la réserve naturelle de Saint-Mesmin à ICI Orléans. « Certains poissons souffrent particulièrement, je pense notamment aux loches et aux chabots qui sont des espèces d’eau fraîche. Certains invertébrés aquatiques sont aussi en grand danger : les libellules, les éphémères, les trichoptères comme les porte-bois. Or ce sont des insectes qui jouent un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire, ce qui peut donc avoir des effets en cascade sur l’équilibre du milieu aquatique ». Et le risque pour la flore n’est pas qu’à court terme. Il prend l’exemple des arbres en bord de Loire, des saules, des peupliers. « Ce sont des arbres qui ont besoin de la proximité de la nappe phréatique pour se développer. Or plus le niveau de la Loire baisse, plus la nappe phréatique s’enfonce, ce qui crée du stress hydrique pour ces arbres, avec des risques de mortalité. Donc les conséquences sont aussi à long terme ».
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