Elle est morte de chaud » : des milliers de personnes victimes des canicules, piégées dans des logements inadaptés
Écrit par Jonathan PIRIOU sur août 22, 2026
Lors des canicules, des logements mal isolés se transforment en pièges mortels pour leurs occupants, notamment les plus âgés et précaires. Une « vraie inégalité » face à la chaleur.« Morte de chaud » alors que Josette « aurait continué sa vie de quasi-centenaire » dans un logement frais. C’est le constat de son médecin qui observe, comme beaucoup de praticiens, les effets des logements inadaptés aux fortes chaleurs sur la santé de leurs occupants.
Médecin généraliste à Carpentras (Vaucluse), « ville la plus chaude de France », Sébastien Adnot passe d’appartement surchauffé en appartement surchauffé lors de ses visites à domicile.
Parmi les décès survenus pendant les canicules de l’été, Josette, une femme âgée qui « s’est affaiblie doucement, malgré la présence de sa famille, des perfusions » et d’autres soins, avant de mourir « de chaud », raconte à l’AFP le médecin, également secrétaire général adjoint du syndicat MG France.
Entre 30 et 32 degrés à son domicile
« De mémoire, il faisait entre 30 et 32 degrés chez elle. Son logement social est mal isolé, pas équipé de climatisation, elle disposait juste d’un ventilateur. »
Le Dr Adnot en est sûr : « Si elle avait été en Ehpad ou avec la climatisation, elle aurait continué sa vie de presque centenaire ».
Lors de la canicule historique de fin juin, et ses pics au-dessus de 40°C, la mortalité « toutes causes » (qu’on ne peut pas encore attribuer avec certitude à la chaleur) a été plus de deux fois plus élevée à domicile que celle des deux années précédentes, selon Santé publique France (SpF).
L’agence a comptabilisé 7 300 décès en excès pendant les fortes chaleurs survenues de fin mai jusqu’au 22 juillet, selon un bilan provisoire divulgué mercredi et voué à s’alourdir.
« Les personnes décèdent à domicile car leur logement ne les a pas protégées », accuse Maider Olivier, chargée de plaidoyer climat à la Fondation pour le logement des défavorisés, alertant l’État sur les logements bouilloires et la surexposition des quartiers populaires aux canicules.Risque multiplié par 5
Ces logements particulièrement inadaptés aux fortes chaleurs sont « au dernier étage, petits, souvent pas traversants, sans occultations extérieures et situés en ville, dans un îlot de chaleur », décrit Maider Olivier.
Lors de la canicule de 2003, qui avait causé 15 000 décès, la mortalité à domicile avait doublé, et SpF avait observé un risque mortel 4,8 fois plus élevé chez les habitants d’immeubles anciens non isolés que chez ceux habitant un immeuble récent ou isolé.
Dans le nord-est de Paris, où François Raymond effectue ses tournées d’infirmier libéral, des habitants d’immeubles des années 1960 et 1970 ont remarqué que « la canicule de juin a été plus supportable qu’en 2003 » en raison des travaux d’isolation réalisés ces dernières années.
Le risque de décès est aussi multiplié par 4,1 pour les personnes dont la chambre se trouve sous les toits et par 1,8 pour les habitants d’îlots de chaleur urbains.
*Avec AFP
Radio Ice Age France