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L’Américain typique n’y pense pas » : vingt-cinq ans après le 11-Septembre, comment l’antiterrorisme s’est fondu dans le quotidien des Etats-Unis

Écrit par sur septembre 11, 2026

Contrôles dans les aéroports, surveillance, nouvelles agences fédérales… Un quart de siècle après les attentats du 11-Septembre, une partie des mesures adoptées dans l’urgence a disparu. Mais elles ont profondément transformé l’Etat américain.Passeport ou pièce d’identité à la main, bagage sur le tapis roulant, passage sous un scanner. Pour des millions de voyageurs, le rituel est devenu banal. Pourtant, une bonne partie de ce parcours porte encore les marques du 11-Septembre. Vingt-cinq ans après les attentats perpétrés par Al-Qaïda qui ont fait près de 3 000 morts à New York, à Washington et en Pennsylvanie, les Américains s’apprêtent à commémorer, vendredi 11 septembre, un événement qui a bouleversé leur rapport à la sécurité, jusque dans les gestes les plus ordinaires.

L’aéroport en reste sans doute le symbole le plus visible. Avant 2001, les contrôles des passagers étaient assurés par des agents privés employés par les compagnies aériennes. Deux mois après les attentats de 2001, Washington crée la Transportation Security Administration (TSA) et place la sûreté aéroportuaire sous responsabilité fédérale. Aujourd’hui encore, la TSA contrôle les passagers et leurs bagages, vérifie leur identité et les confronte notamment aux listes de surveillance des autorités.Certaines contraintes ont fini par disparaître. Depuis juillet 2025, les passagers ne sont, par exemple, plus systématiquement obligés d’enlever leurs chaussures aux contrôles, une règle instaurée après la tentative d’attentat de Richard Reid(Nouvelle fenêtre), le 22 décembre 2001. Les voyageurs peuvent néanmoins toujours être amenés à les retirer lors d’un contrôle supplémentaire, notamment si elles déclenchent une alarme ou requièrent une inspection plus poussée.

Pour beaucoup d’Américains, explique Jeff Hawkins, ancien diplomate américain et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), la disparition de cette contrainte a même pu apparaître comme « un allègement » du poids de la lutte contre le terrorisme. D’autres mesures, elles, restent en vigueur : les liquides transportés en cabine sont toujours limités à 100 ml par contenant et les scanners corporels continuent d’être utilisés aux contrôles de sécurité.

Des mesures d’exception devenues des habitudes

L’accoutumance des Américains à ces mesures de sécurité dépasse largement les portiques des aéroports. Le 26 octobre 2001, à peine quarante-cinq jours après les attentats, George W. Bush, alors président des Etats-Unis, promulgue l’USA Patriot Act, un texte tentaculaire de plus de 300 pages qui facilite notamment les écoutes, élargit l’accès des autorités à certaines données et favorise le partage d’informations entre services de renseignement et forces de l’ordre. Adopté dans l’urgence, il devait être en partie temporaire. En 2006, quatorze des seize dispositions initialement soumises à expiration ont pourtant été rendues permanentes. D’autres ont depuis expiré ou été remaniées.Les dérogations adoptées dans l’urgence « deviennent les procédures normales » et, pour les défaire, « il faut une volonté très importante », explique Elie Baranets, chercheur en sécurité internationale à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem). Le 11-Septembre apparaît donc moins comme une parenthèse que comme un « véritable point de bascule » : « Ça a changé l’Etat américain », jusque dans certaines relations entre l’administration et ses usagers.En 2002, les Etats-Unis créent le Department of Homeland Security, gigantesque ministère de la Sécurité intérieure réunissant 22 agences et administrations fédérales. Après les défaillances de partage du renseignement mises au jour par les attentats de 2001, Washington réorganise également sa communauté du renseignement et crée le National Counterterrorism Center (Centre national de lutte contre le terrorisme). Son rôle principal ? Analyser et partager les renseignements pour contrer les menaces terroristes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le FBI, la police fédérale, change par ailleurs de nature : autrefois largement tourné vers la criminalité, il revoit ses priorités. « Tout le gouvernement américain s’est totalement réorienté vers le terrorisme pendant vingt ans et plus », raconte Jeff Hawkins.

Le terrorisme n’est plus une préoccupation

Vingt-cinq ans plus tard, le paradoxe est là : cet appareil est toujours présent, mais le terrorisme occupe beaucoup moins les esprits. « Il y a vingt ans, tout le monde était totalement obsédé », se souvient l’ancien diplomate. Aujourd’hui, poursuit-il, un Américain interrogé sur ses principales préoccupations, qu’il soit démocrate ou républicain, citera plus volontiers « l’inflation, l’emploi, l’intelligence artificielle, l’immigration ou le changement climatique ». Dans un sondage publié en 2026 par l’institut américain Gallup(Nouvelle fenêtre) sur les problèmes jugés les plus importants par la population américaine, le terrorisme ne figure même plus parmi les dix premières réponses. Le sujet s’était déjà effacé lors de la seconde campagne présidentielle de Donald Trump : loin d’en faire un thème dominant, le candidat républicain avait surtout axé son discours sur l’immigration, l’économie ou encore la criminalité.

A mesure que la menace s’est éloignée des préoccupations, les dispositifs mis en place pour y répondre se sont, eux, fondus dans le quotidien. C’est notamment le cas de la surveillance. La logique installée après 2001, qui consiste à donner davantage de moyens à l’Etat pour identifier une menace avant qu’elle ne frappe, s’est inscrite dans son fonctionnement. Au point de ne plus nécessairement être perçue comme un héritage des attaques contre New York et Washington : « L’Américain typique n’y pense pas », observe Jeff Hawkins.

Cette surveillance est pourtant brutalement revenue dans le débat public en 2013, lorsque l’ancien consultant de la NSA et lanceur d’alerte Edward Snowden a révélé l’ampleur des programmes de collecte de données et de surveillance menés par les services de renseignement américains. Ses révélations ont exposé au grand jour la collecte massive de données téléphoniques de plus 300 millions d’Américains, relançant ainsi le débat sur la frontière entre sécurité nationale et respect de la vie privée.

Une génération sous l’héritage du 11-Septembre

Mais le débat a fait long feu. Il faut noter qu’une partie de la population n’a pas connu d’autre monde. Selon des estimations de 2020 du Census Bureau (Bureau du recensement)(Nouvelle fenêtre), les moins de 25 ans représentent environ 30% de la population américaine. Ainsi, plus de 100 millions de personnes ont grandi avec les contrôles renforcés et l’appareil sécuritaire post-11-Septembre. Pour Elie Baranets, cette banalisation tient justement au temps et à l’habitude : des mesures qui auraient autrefois semblé extraordinaires finissent, « par la pratique », par entrer dans les mœurs. D’autant que les Américains ont longtemps été « convaincus de la nécessité » de mesures dérogatoires après « le traumatisme des attentats », explique Jeff Hawkins.Un « régime d’exception permanent »

Pourtant, un quart de siècle plus tard, l’arsenal mis en place par les Etats-Unis ne sert plus seulement à répondre à la menace qui l’avait fait naître. Maud Quessard, directrice de domaine à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), voit dans l’après-11-Septembre l’installation d’une forme de « régime d’exception permanent », dont le vocabulaire et certains mécanismes peuvent être mobilisés face à d’autres menaces.

Elle pointe notamment leur réemploi sous la deuxième administration Trump, qui invoque la sécurité nationale dans des domaines comme « l’immigration » ou la lutte contre les « narcotrafiquants ». Le phénomène est désormais très concret : le National Counterterrorism Center(Nouvelle fenêtre) indique lui-même qu’après la désignation, en 2025, de certains cartels et gangs transnationaux comme organisations terroristes étrangères, il a étendu une partie de son activité antiterroriste à ces groupes.


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