Collèges, routes… des dizaines de départements français dans le rouge : pourquoi n’ont-ils plus d’argent ?
Écrit par Jonathan PIRIOU sur octobre 29, 2025
Les voyants sont au rouge en Gironde, où le département ne parvient pas à contenir son déficit. Et ce n’est pas le seul à subir des difficultés financières. Loin de là.Un déficit d’environ 5% sur un budget global d’1,8 milliard d’euros. Pour la première fois de son histoire, le conseil départemental de la Gironde est dans le rouge (écarlate) avec une dette de 97 millions d’euros (soit 600 euros par habitant). Une situation « exceptionnelle », selon la chambre régionale des comptes, qui questionne le modèle de financement des Départements, d’après la majorité girondine.
« C’est un problème d’effet ciseau qui s’est accentué de façon brutale et extrêmement rapide », s’est justifié, le lundi 13 octobre 2025, le président socialiste de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, réclamant à l’État un système de financement « cohérent, pérenne et robuste ».
Car si les finances de la Gironde sont (très) problématiques, ce n’est pas le seul Département de France à voir son taux d’épargne nette* s’effondrer. Et loin de là.
En juin dernier, la Cour des comptes s’inquiétait déjà des situations financières fragiles de nombreux départements, citant en particulier la Gironde, bien sûr, mais aussi le Pas-de-Calais, l’Aisne, le Nord, la Loire-Atlantique, l’Hérault, le Gard, l’Yonne, le Cher, l’Ille-et-Vilaine, la Dordogne, la Loire, la Haute-Garonne, les Hauts-de-Seine et les Bouches-du-Rhône. Deux Départements, la Gironde et l’Hérault, présentaient une épargne brute** négative.« Il ne faudra pas venir nous dire que l’on ne savait pas »
Le service statistique ministériel de la direction générale des collectivités locales alerte aussi depuis la rentrée 2025. « Avec une épargne brute en fort recul et une dette en progression, les départements enregistrent une évolution défavorable de leur délai de désendettement, qui passe de 4,2 à 6,7 ans en moyenne », est-il expliqué.
Les budgets primitifs votés début 2025 anticipent une poursuite de cette dégradation cette année, avec une augmentation des dépenses de fonctionnement supérieure à celle des recettes. L’épargne brute diminuerait à nouveau de -25 %.Le service statistique ministériel de la direction générale des collectivités locales
« Quand nous n’aurons plus les moyens d’entretenir nos 380 000 kilomètres de routes et nos 100 000 ponts, de financer les investissements des services départementaux d’incendie et de secours, il ne faudra pas venir nous dire que l’on ne savait pas ! », met ainsi en garde, depuis plusieurs mois, François Sauvadet, ancien ministre et président de Départements de France, l’association d’élus qui représente les Départements.Et le ton monte depuis car les départements redoutent de faire les frais (aussi) du tour de vis budgétaire en préparation dans le budget 2026, actuellement en discussion au Parlement.Sans doute plus de 60 départements en grande difficulté d’ici la fin de l’année
Contactée par actu.fr, l’association évoque « 35 départements en grande difficulté actuellement et sans doute 50 ou 60 à la fin de l’année », sur 101 au total. En 2024, 35 départements dégageaient une épargne brute inférieure au seuil d’alerte de 7 %, 12 présentaient une épargne nette négative, et 15 avaient déjà besoin de plus de dix années d’épargne brute pour rembourser intégralement leur dette… Et cela ne s’arrange pas.Étranglés financièrement par la chute de leurs recettes liées au marché immobilier et par l’explosion de leurs dépenses sociales, de nombreux départements sont dans le rouge et inquiets en ce mois d’octobre 2025.
Quelles conséquences sur le terrain ?
Les conséquences concrètes de la situation des départements se font déjà sentir sur le terrain, entre baisse drastique des investissements pour les routes et les collèges, difficulté de financement des services d’incendie et de secours, réduction des subventions et de l’aide aux communes, ou encore non-remplacement de personnels, liste François Sauvadet.
Radio Ice Age France