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Comment les frappes américaines contre des bateaux accusés de trafic de drogue au large du Venezuela se retournent contre l’administration Trump

Écrit par sur décembre 17, 2025

Depuis la fin de l’été, les Etats-Unis de Donald Trump multiplient les frappes contre des embarcations suspectées de participer au narcotrafic au large du Venezuela. Celle du 2 septembre, qui a fait 11 morts, a provoqué l’indignation, jusque dans le camp républicain.

L’onde de choc de la frappe survenue au large du Venezuela s’est propagée jusqu’à Washington, au cœur du pouvoir américain. Le 2 septembre, en mer des Caraïbes, l’armée américaine a tiré à deux reprises sur un bateau accusé de participer au trafic de drogue. Onze personnes ont été tuées. La polémique a pris de l’ampleur lorsque le Washington Post(Nouvelle fenêtre) a révélé, le 28 novembre, que deux survivants de la première frappe, qui s’accrochaient désespérément à leur embarcation en flammes dans les eaux internationales, ont été tués par un second tir, autorisé, d’après le quotidien américain, par le ministre de la Défense de Donald Trump lui-même, Pete Hegseth. Depuis ces révélations, la légalité de cette seconde salve est critiquée. L’administration américaine ne parvient pas à se défaire de cette controverse qui a pris une tournure très politique, y compris au sein du camp républicain.

Une version officielle changeante qui fragilise l’exécutif

La frappe du 2 septembre a été médiatisée par l’administration Trump elle-même. L’armée “a tiré sur un bateau (…), un bateau transportant de la drogue, beaucoup de drogue”, a déclaré ce jour-là le président américain lors d’un point-presse à la Maison Blanche. Un peu plus tard dans la soirée, il a affirmé, sur son réseau social Truth Social, que la frappe avait tué 11 “narcoterroristes”. Cette frappe a eu lieu alors que les “narcoterroristes de Tren de Aragua”, un gang vénézuélien, se trouvaient dans les eaux internationales, a assuré le président américain sur son réseau social. Son message est assorti d’une vidéo montrant une frappe sur un navire. La vidéo a également été partagée par le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio sur X. Mais la frappe a par la suite donné lieu à une communication changeante de la part de l’administration Trump. Dans un premier temps, le Pentagone a présenté l’opération comme une action légitime, affirmant que l’embarcation visée constituait une menace. La Maison-Blanche a ensuite mis en avant la légalité de l’intervention, assurant que les frappes avaient été autorisées par la chaîne de commandement militaire et conduites conformément au droit américain.

Cette ligne officielle a été fragilisée par les révélations du Washington Post sur le déroulement précis de l’opération, en particulier l’hypothèse d’une seconde frappe menée alors que des survivants se trouvaient encore à bord. Interrogé lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, Pete Hegseth a contesté ces accusations, affirmant n’avoir “personnellement distingué aucun survivant” au moment de l’attaque. Il a invoqué le “brouillard de la guerre”, expliquant que la zone était plongée dans “un nuage de flammes et de fumée” qui réduisait fortement la visibilité, avant de reprocher aux journalistes de “ne pas comprendre” les contraintes des opérations militaires, estimant qu’ils “pinaillent” depuis “leurs bureaux climatisés”.

Dans le même temps, la Maison Blanche a confirmé que l’amiral Frank Bradley, chargé des forces spéciales américaines, avait bien donné l’ordre d’effectuer cette seconde frappe. Un ordre immédiatement défendu par l’exécutif. “L’amiral a agi dans le cadre de ses fonctions et conformément à la loi”, a assuré la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, tandis que Pete Hegseth réaffirmait publiquement son soutien à l’officier, saluant sur X “un héros américain” et assumant pleinement les décisions prises lors de cette mission.Une multiplication de frappes mortelles

Donald Trump et son administration accusent le chef de l’Etat vénézuélien, Nicolas Maduro, d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Une accusation que l’intéressé dément catégoriquement, accusant au contraire les Etats-Unis de chercher à provoquer un changement de régime afin de s’emparer des ressources naturelles de son pays, notamment du pétrole.

Cette confrontation s’est traduite par une série d’actions, en particulier militaires. Les Etats-Unis ont notamment désigné plusieurs organisations criminelles actives dans la région comme des “organisations terroristes étrangères” et accusent Nicolas Maduro d’être à la tête d’un réseau de narcotrafic baptisé “Cartel de los Soles” (le cartel des Soleils). Une accusation rejetée par Caracas et contestée par de nombreux experts, qui estiment qu’il ne s’agit pas d’un cartel structuré mais plutôt de réseaux de corruption tolérant, voire facilitant, certaines activités illicites.Washington justifie ces décisions par la lutte contre le trafic de drogue, en particulier contre le fentanyl, une drogue responsable de dizaines de milliers de décès chaque année aux Etats-Unis. Or, comme le soulignait le groupe de réflexion américain Council on Foreign Relations (Nouvelle fenêtre)dans un article publié le 21 novembre, “le fentanyl n’est ni produit ni consommé à grande échelle dans ce pays d’Amérique latine”

La campagne américaine s’est donc intensifiée depuis la frappe du 2 septembre. Selon un décompte du Washington Post,(Nouvelle fenêtre) les Etats-Unis ont mené une vingtaine de frappes contre des embarcations soupçonnées de narcotrafic, en mer des Caraïbes et dans l’océan Pacifique au cours des quatre derniers mois. Ces opérations ont fait au moins 95 morts, d’après les chiffres cumulés rapportés par le quotidien américain à partir de sources militaires et de déclarations officielles.

Parallèlement, Washington a renforcé sa présence militaire dans la région, avec le déploiement de moyens navals et aériens supplémentaires, ainsi que des annonces appelant les compagnies aériennes à éviter l’espace aérien vénézuélien, présentées par l’exécutif américain comme des mesures de sécurité. En novembre, les Etats-Unis ont également déployé dans les eaux caribéennes l’USS Gerald R. Ford, leur plus grand porte-avions, au large du Venezuela. Officiellement, l’administration Trump affirme viser exclusivement les réseaux criminels liés au narcotrafic. Le Venezuela y voit, lui, une stratégie d’escalade assumée et une volonté de déstabilisation du régime, dans un contexte de fortes tensions politiques et énergétiques.Dernier épisode marquant de cette séquence, la saisie du pétrolier Skipper, annoncée le 10 décembre par Donald Trump, illustre ce durcissement progressif. Le locataire de la Maison Blanche a présenté l’opération comme celle du “plus grand pétrolier jamais saisi”. Les autorités américaines affirment que le navire était impliqué dans des réseaux de transport de pétrole sous sanctions, tandis que le Venezuela dénonce un acte de “piraterie navale” et une nouvelle étape dans l’affrontement engagé depuis le début de l’automne. De nouvelles frappes américaines contre trois navires ont fait huit morts lundi dans l’océan Pacifique, a annoncé l’armée américaine.

Des élus, démocrates comme républicains, choqués

Au Congrès, l’affaire prend une ampleur politique rare. Chez les démocrates, la critique est frontale. Plusieurs élus dénoncent une escalade militaire engagée sans autorisation du pouvoir législatif, rappelant que la Constitution des Etats-Unis(Nouvelle fenêtre) confère explicitement au Congrès le droit de déclarer la guerre. Les frappes du 2 septembre alimentent les appels à une enquête parlementaire, et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, se retrouve sous pression, le Congrès cherchant à établir précisément les conditions de l’opération.

Le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a ainsi estimé que l’administration Trump “rapproch[ait] dangereusement les Etats-Unis d’un nouveau conflit coûteux à l’étranger”, dans un message publié fin novembre sur le réseau social X.