Enquête, liens avec l’Iran, suspects : ce que l’on sait de l’attentat à l’explosif déjoué à Paris
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 29, 2026
Pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, un attentat à l’engin explosif a été déjoué, samedi, à Paris. Il visait des intérêts américains, le siège parisien de la Bank of America. Trois suspects ont été interpellés, le Parquet national antiterroriste a été saisi.
À Paris, un homme a été interpellé dans la nuit de vendredi à samedi alors qu’il tentait de mettre le feu à un engin explosif devant une banque américaine, la Bank of America, dans le 8e arrondissement. Puis deux autres hommes ont été interpellés annonce le Parquet de Paris ce dimanche matin. Depuis le Parquet national antiterroriste (Pnat) a été saisi et le ministre de l’Intérieur parle d’un attentat à l’explosif déjoué et de suspicions de liens avec la situation en Iran. ICI fait le point sur ce que l’on sait.Les faits
Un suspect a été interpellé vers 3h30, dans la nuit de vendredi à samedi, muni d’un briquet et tentant de mettre le feu à un engin explosif artisanal qu’il venait de déposer devant les locaux de la Bank of America, située rue de la Boétie, à Paris, dans le 8e arrondissement. Ce sont des policiers, en patrouille, qui l’ont surpris le briquet à la main.
L’engin explosif était composé d’un bidon transparent de cinq litres de liquide, probablement un hydrocarbure, et d’un système de mise à feu. La charge était composée d’un pétard d’environ 650 grammes de poudre explosive, selon les premiers éléments de l’enquête. L’ensemble de l’engin a été pris en charge par le laboratoire d’analyse de la préfecture de police de Paris.
Le suspect a été placé en garde à vue et celle-ci a été prolongée dimanche matin. Une deuxième personne a pris la fuite au moment de l’interpellation. Ce dimanche matin, le Pnat annonce que deux nouvelles personnes ont été placées en garde à vue, dont le fuyard.
Au total, trois suspects sont donc en garde à vue dans cette enquête, tous mineurs.
L’enquête ouverte pour motif « terroriste »
Le parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi de l’enquête de flagrance, a appris l’Agence Radio France.
Une enquête en flagrance a été ouverte pour « tentative de dégradation par incendie ou moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste », « fabrication d’engin incendiaire ou explosif en relation avec une entreprise terroriste », « détention et transport d’engin incendiaire ou explosif en vue de la préparation de dégradations dangereuses, en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste », précise le Pnat dans un communiqué.
Les investigations ont été confiées à la Direction de la police judiciaire de Paris et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Qui est le suspect ?
La première personne interpellée et placée en garde à vue dans la nuit de vendredi à samedi est un mineur de 17 ans, né au Sénégal. Ce jeune homme habite Montreuil (Seine-Saint-Denis) et il est connu des services de police. Il a confié aux policiers avoir été déposé sur place et avoir été recruté via l’application Snapchat, en échange de 600 euros.
Le suspect a expliqué aux policiers qui l’ont interpellé, avoir été déposé sur place en voiture par un homme. Il s’apprêtait à allumer le dispositif avec un briquet au moment de son arrestation. Il était accompagné d’un autre homme, qui a fui lors de l’interpellation mais qui a été rattrapé plus tard et placé en garde à vue, annonce ce dimanche matin le Pnat. Un troisième homme a également été arrêté, sans qu’on en sache plus pour le moment.
Selon les premiers éléments, les deux hommes étaient arrivés à pied devant l’établissement américain. Pendant que le premier déposait le dispositif, le second a pris du recul pour, semble-t-il, faire des photos ou une vidéo avec son portable.
Les policiers français avaient été alertés il y a quelques jours, par un « partenaire » étranger, d’une possible action contre la Bank of America à Paris, a appris ce samedi une source proche du dossier à France Télévisions. La menace avait été détectée sur les réseaux sociaux.
Appel à la « vigilance extrême » du ministre de l’Intérieur
Dans un message posté sur X, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a qualifié les faits d’« action violente à caractère terroriste« . Il a souligné que « la vigilance demeur(ait) plus que jamais à haut niveau » en félicitant les policiers pour leur intervention et leur « mobilisation » dans le « contexte international que nous connaissons ».
Si la France n’est pas en elle-même une cible, depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le ministre a multiplié les appels à la « vigilance extrême » des forces de l’ordre, particulièrement pour protéger les opposants iraniens, leurs locaux associatifs, les lieux de culte juifs ainsi que les intérêts américains et israéliens, tous identifiés comme cibles potentielles d’actes terroristes. Le risque d’actions à caractère terroriste est réel concernant tout ce qui a trait aux États-Unis et à Israël sur le territoire français.
Des liens avec l’Iran ?
Samedi soir, Laurent Nuñez a fait le « lien » entre cet attentat déjoué et la guerre au Moyen-Orient, voyant des « similitudes » entre cette action et des opérations menées ces derniers jours dans d’autres pays européens et revendiqués par un groupuscule. S’exprimant sur BFMTV, Laurent Nuñez a expliqué que « cette affaire (faisait) penser à des actions similaires qui se sont déroulées dans d’autres pays européens ». « Je fais le lien avec les actions menées dans les pays voisins (…) qui ont abouti » et ont été suivies de « revendications d’un groupuscule qui faisaient référence au conflit », a-t-il également dit.
Un groupuscule « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » (Hayi) a revendiqué ces derniers jours plusieurs attaques contre la communauté juive, en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. À chaque fois, les vidéos de ces opérations ont été diffusées sur des chaînes Telegram considérées par les services comme proches des Gardiens de la révolution islamique iranienne.
« La suspicion de lien avec l’Iran n’est pas étonnante », a aussi assuré ce samedi sur franceinfo le sénateur LR du Territoire de Belfort Cédric Perrin. Pour celui qui est aussi président de la commission de la défense et des affaires étrangères au Sénat et membre de la délégation parlementaire au renseignement, « compte-tenu […] des méthodes que les Iraniens appliquent depuis 1979 [date de la révolution] notamment en direction de l’Occident, il est bien évident que le risque d’attentat terroriste est de plus en plus élevé », a-t-il souligné.
« Il va falloir réfléchir à donner les moyens pour travailler » aux renseignements, réclame le sénateur qui pointe notamment les messageries cryptées comme « Whatsapp, Telegram, Signal et autres, […] complètement cloisonnées et codées » et dans lesquelles « il est extrêmement compliqué pour les services de renseignement de […] remonter les filières ou anticiper des attentats ou des tentatives d’attentat », a insisté Cédric Perrin.
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