Île de Kharg bombardée : pourquoi cette zone iranienne, qui abrite un gros terminal pétrolier, est stratégique
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 14, 2026
Ce hub pétrolier, situé au large de l’Iran, est la cible de bombardements stratégiques. Voici pourquoi cette zone est un point névralgique des marchés énergétiques mondiaux.Alors que la guerre au Moyen-Orient entre ce samedi 14 mars 2026 dans sa troisième semaine, les Etats-Unis, dont l’ambassade en Irak a été visée, ont bombardé l’île iranienne de Kharg, stratégique pour l’exportation de pétrole brut du pays.
Le 28 février, Washington lançait une opération d’envergure contre l’Iran, conjointement avec son allié israélien, éliminant le guide suprême Ali Khamenei. Depuis, le conflit embrase la région et provoque une flambée de l’or noir, avec de lourdes conséquences pour l’économie mondiale.Le plus grand terminal pétrolier du pays
Aucune partie ne semble fléchir et enchaîne quotidiennement les attaques ponctuées de déclarations belliqueuses, avec un bilan de plus d’un millier de morts, la majorité en Iran, selon les autorités locales.
À Bagdad, c’est l’ambassade américaine qui a été une nouvelle fois visée, cette fois par une attaque de drone, ce samedi à l’aube, après des frappes dans la capitale irakienne contre un influent groupe armé pro-Iran qui ont fait deux morts, d’après des sources de sécurité.
Côté iranien, l’île broussailleuse de Kharg, située à environ 30 kilomètres des côtes et qui abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut du pays, a été bombardée par l’armée américaine, Donald Trump affirmant y avoir « complètement détruit » des cibles militaires.
« Réduire en cendres »
Quinze explosions ont été entendues sur place mais aucune infrastructure pétrolière n’a été endommagée, d’après l’agence de presse iranienne Fars, citant des « sources sur le terrain » non identifiées.
Selon Fars, « l’ennemi a tenté d’endommager les défenses de l’armée, la base navale Joshan, la tour de contrôle de l’aéroport et le hangar à hélicoptères de la Continental Shelf Oil Company ».Mais le président américain a prévenu qu’il s’en prendrait aux cibles pétrolières sur l’île « si l’Iran, ou quiconque d’autre, venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d’Ormuz ».
Le détroit, par lequel passe d’ordinaire 20% de la production mondiale de pétrole, est quasi totalement bloqué par l’Iran. En réponse, Téhéran a menacé de « réduire en cendres » les infrastructures pétrolières liées aux Etats-Unis au Moyen-Orient.Une île stratégique
Les infrastructures pétrolières de l’île de Kharg, anciennement tournée vers la culture de perle, constituent le principal canal d’exportation du pétrole iranien. Kharg abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole de l’Iran qui assure environ 90% de ses exportations de brut, selon une récente note de la banque américaine JP Morgan.
Cette zone est donc une importante ressource économique pour les Gardiens de la Révolution. Kharg reste « une pierre angulaire de l’économie iranienne et une importante source de revenus pour les Gardiens de la Révolution », souligne JP Morgan, en faisant référence à l’armée idéologique de la République islamique.
Pour rappel, l’Iran est le quatrième producteur de brut au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Sa capacité d’export est de cinq millions de barils/jour. Le terminal peut accueillir jusqu’à huit pétroliers simultanément, et dispose d’une capacité de stockage de 28 millions de barils. La position de l’île située à 483 km au nord du détroit d’Ormuz en fait un point stratégique.
Le terminal a déjà été visé par des frappes par le passé. Entre 1982 et 1986, de lourds bombardements ont détruit la quasi-totalité des infrastructures. L’île de Kharg était à cette période située au milieu du gisement pétrolier Darius, lui aussi détruit par les bombardements intensifs. La reconstruction des infrastructures pétrolières a été très lente, la faute à la guerre du Golfe.Frapper « très fort »
En deux semaines d’offensive, les Etats-Unis et Israël assurent avoir fortement affaibli la République islamique, en visant des infrastructures stratégiques et en tuant plusieurs hauts dirigeants.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé que l’Iran était « totalement vaincu » et souhaitait « conclure un accord ». « Mais pas un accord que j’accepterais! », a-t-il écrit, sans détailler.
L’Iran, pourtant, ne plie pas. Vendredi, en signe de défi, des responsables iraniens ont défilé en plein coeur de Téhéran à l’occasion d’une marche pro-palestinienne, malgré des frappes visant l’événement « à courte distance », selon la télévision d’Etat iranienne.
Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême désigné après la mort de son père, n’est lui toujours pas apparu publiquement.
Donald Trump a d’ores et déjà averti que les Etats-Unis frapperaient l’Iran « très fort au cours de la prochaine semaine », tandis qu’Israël poursuit ses frappes.
Radio Ice Age France