Je n’ai aucune date de retour” : le parcours du combattant de deux Haut-Savoyards et d’un Isérois pour rentrer en France sur fond de guerre au Moyen-Orient
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 6, 2026
Des Français en déplacement à l’étranger pour les vacances ou le travail cherchent toujours à rejoindre l’Hexagone. Confrontés aux perturbations du trafic aérien liées à la guerre au Moyen-Orient, deux Haut-Savoyards et un Isérois témoignent de la situation complexe dans laquelle ils se trouvent.“C’étaient les trois jours de trop”, avoue Pierrick, habitant à Annecy et venu un mois à Dubaï (Émirats arabes unis), en compagnie de sa femme et de sa fille de quatre ans, pour développer son activité professionnelle. C’était aussi une occasion de revoir une amie. “Comme j’étais là essentiellement pour le travail, j’ai décidé avec ma famille de prolonger le séjour, mais c’est là que les choses ont commencé.”
Depuis le début de la guerre en Iran, Dubaï est touché par des missiles. “Ça s’est quand même calmé depuis deux jours. On se sent quand même en sécurité, mais le plus difficile, c’est de ne pas avoir de vision sur la situation, de ce qu’il va se passer dans les prochains jours, les prochaines semaines. On n’a pas d’informations de la part de l’ambassade française, on ne sait pas concrètement ce qu’on doit faire. Même si je peux travailler à distance comme auto-entrepreneur, c’est stressant et ça limite la capacité de travail.”
Je n’ai aucune date de retour. C’est le cinquième billet réservé, puis annulé. On est prêt à prendre n’importe quel vol pour retourner chez nous.Pierrick
En voyage professionnel à Dubaï
L’Annécien s’inquiète surtout pour sa fille : “Elle ne joue pas sa scolarité en moyenne section, mais je veux lui donner l’impression qu’elle est encore en vacances. Il y a beaucoup de feux d’artifice, donc elle assimile les bruits des missiles à ça.”
Rassurer ses proches
De son côté, Hannah, résidant à Bons-en-Chablais (Haute-Savoie), doit écourter son séjour à Dubaï. Elle devait rester jusqu’en avril et effectuait des allers-retours entre la France et la monarchie du Golfe pour chercher de nouveaux clients pour son activité d’évènementiel. Elle a préféré anticiper son retour : “Si les gens doivent rester chez eux, ça devient difficile de faire ce que je suis venue faire ici. J’organise des mariages, donc il est impératif que je revienne en France. Et puis mes clients demandent comment je vais.”
Concernant les conditions de sécurité, elle partage le même sentiment que Pierrick : “Les deux premières nuits, j’étais apeurée, les bruits étaient impressionnants, j’étais à l’affût, je ne savais pas ce qu’il se passait. Mais au final, on reçoit des alertes dès qu’il y a un missile et cela ne manque pas. Mais le reste du temps, on doit respecter des consignes de sécurité comme ne pas trop s’approcher des vitres, mais on se sent protéger.”
L’inquiétude lui est davantage parvenue de ses proches, comme de la part de ses parents qui l’appellent quotidiennement : “Je les rassure parce qu’ils sont vraiment mal. Mes parents me demandent de filmer mon balcon pour s’assurer que je sois bien en sécurité. Peut-être que je suis dans le déni, mais je ne vis pas la situation de la même manière, je suis au 15ème étage d’un immeuble, à l’air libre et je me sens en sécurité”, explique-t-elle.
Hannah attend un vol pour le 10 mars, mais pressent qu’il sera probablement annulé et qu’elle devra faire encore preuve de patience.
Bloqué au Vietnam
S’ils ne sont pas directement concernés par la région en crise, d’autres se retrouvent bloqués dans des pays plus éloignés de la zone de conflit. C’est le cas de Jean-Paul, originaire de Pressins (Isère), retraité, parti au Vietnam le 30 janvier pour rendre visite à sa famille avec son frère. En possession d’une autorisation de séjour dans le pays d’une durée de 45 jours et avec une date d’échéance au 15 mars, ils avaient prévu leur vol retour le 4 mars. Problème : l’annulation, en raison de la guerre, de ce vol via Dubai, premier aéroport le plus fréquenté du monde et régulièrement escale pour les vols entre l’Asie et l’Europe. Et le prochain que l’Isérois et son frère peuvent prendre n’est programmé que le 19 mars. Une date problématique qui les plonge dans l’incertitude.
“Je me suis présenté au service d’immigration avec les papiers nécessaires pour prolonger mon autorisation de séjour,” raconte Jean-Paul. “L’officier d’immigration m’a alors informé qu’il lui fallait une lettre de l’ambassade de France comme justificatif. Mais on m’a informé que l’ambassade ne fournissait pas ce type de document. Elle m’a conseillé de passer la frontière terrestre du Laos, puis de la repasser en sens contraire pour ainsi avoir une nouvelle autorisation de 45 jours”, s’étonne Jean Paul.
Je ne pensais pas qu’un papier qui semble aussi simple allait poser autant de difficultés.Jean Paul
Vacancier bloqué au Vietnam
Le vacancier a décidé de ne pas tenter de traverser la frontière, le coût étant trop élevé, et a jugé plus judicieux de prendre le risque de recevoir une amende des autorités vietnamiennes. “On n’est pas pessimiste. Il faut prendre ça avec philosophie. Il y a pire. On a réussi à trouver ce vol, reliant Hanoi à Paris en passant par Kuala Lumpur (Malaisie), il dure 14 heures et coûte 800 euros par personne. Mais, on a cherché pendant des heures et on a vu des vols à 4 000 euros, ça, c’est trop”, avoue-t-il.Les trois Alpins tiennent à rappeler une nuance essentielle : “Il ne faut pas assimiler notre situation à celle d’influenceurs que l’on peut voir sur les réseaux sociaux. Les expatriés eux veulent rester. C’est un choix assumé. Mais, on est aussi nombreux à n’être que de passage ici, certains sont simplement en escale et se retrouvent bloqués. On veut juste rentrer chez nous”, rappelle Pierrick.
Le ministère des Affaires étrangères communique les instructions et les dernières mises à jour sur la situation au Moyen-Orient sur leur site officiel ou via les réseaux sociaux. Il est possible de contacter le Quai d’Orsay à ce numéro : +33 (0)1 43 17 53 53 37. Le contact des ambassades françaises à l’étranger est disponible le site internet du ministère.
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