Loire-Atlantique : une femme séquestrée pendant cinq ans par sa colocataire et son compagnon à Saint-Molf
Écrit par Jonathan PIRIOU sur octobre 22, 2025
Une femme d’une quarantaine d’années a été séquestrée durant des années par sa colocataire et son compagnon, dans une maison d’un hameau de Saint-Molf (Loire-Atlantique). La victime est finalement parvenue à s’enfuir le 14 octobre. Le couple a été mis en examen pour “séquestration” avec “torture”.
Une sordide histoire de séquestration, en plein cœur de la Brière. Une quadragénaire a été retenue durant des années dans la commune de Saint-Molf au nord de Guérande. C’est sa colocataire qui est soupçonnée de l’avoir, avec son compagnon, retenue à domicile et de lui avoir vidé ses comptes en banque. Le calvaire de la victime, ayant visiblement subi de nombreux sévices pendant toutes ces années, a pris fin quand elle a réussi à s’enfuir chez des voisins le soir du 14 octobre, vers 21 h 30, et à donner l’alerte. Les gendarmes de Saint-Nazaire ont alors arrêté le couple qui a été, après sa garde à vue, déféré au parquet de Nantes le 17 octobre. Les deux personnes ont été mises en examen pour “séquestration” avec “torture”, annonce le parquet de Nantes. La femme a été mise en examen et écrouée, son compagnon a été placé sous contrôle judiciaire.Le calvaire dure cinq ans
La tragédie à volets fermés a duré plusieurs années, cinq ans, dans ce hameau de Saint-Molf, entre les marais et l’océan. La victime a été retenue chez elle par sa propre colocataire, âgée d’une soixantaine d’années. La colocataire avait rencontré un homme aujourd’hui âgé de 82 ans et l’avait ramené au domicile. C’est là qu’avait commencé le long calvaire. Le couple a enfermé la victime et détourné son argent, ses aides sociales, vidé ses comptes en banque.
La victime dit “avoir initialement occupé le logement en colocation avec la femme, puis avoir été mise dans une tente dans le jardin, avant d’être enfermée dans le garage à partir du moment où l’homme était venu vivre au domicile”, précise le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, ce mardi 22 octobre. Elle raconte qu’elle vit dans le garage et qu’elle doit “dormir sur un transat, faire ses besoins naturels dans un pot et des sacs en plastique et manger de la bouillie mélangée à du liquide vaisselle”. La quadragénaire explique avoir pu sortir dehors quelques fois, “parfois des journées entières, dans la pluie ou le froid”. Il n’y avait plus aucune trace de vie de la victime depuis 2022. “Ses comptes bancaires faisant état d’une rupture brutale dans son mode de vie, sans qu’aucun mouvement n’apparaisse depuis cette date, les derniers mouvements bancaires correspondant à des virements sur le compte de la mise en cause.”
Elle s’échappe un soir après le dîner
La victime parvient finalement à s’échapper. Le soir du 14 octobre, après le dîner. Elle a profité “de ce que l’homme regardait la télévision, pour sortir de l’enclos extérieur dans lequel elle était enfermée”, précise le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy. Elle sonne chez les voisins jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre. L’alerte est donnée. Les gendarmes vont alors découvrir une femme très amaigrie, elle a perdu près de 50 kilos indique une source proche de l’enquête qui précise : “Elle était lavée à l’eau de javel, il y avait du liquide vaisselle dans sa nourriture, elle était droguée aux médicaments”. Les enquêteurs découvrent, lors des perquisitions dans la maison où s’est déroulé le calvaire, “la porte du garage […] bloquée depuis l’extérieur par des parpaings”.
Très amaigrie, lavée à l’eau de javel
De nombreuses zones d’ombre demeurent. Seule certitude, la quadragénaire retrouvée en hypothermie a dû être hospitalisée un temps. Les gendarmes de Saint-Nazaire, qui nous confirment l’affaire, n’en diront pas davantage, “car l’enquête est en cours”. Le couple arrêté est placé en garde à vue et déféré au parquet de Nantes le 17 octobre dernier.Le maire de Saint-Molf, Hubert Delorme, questionné par les gendarmes, assure ne pas connaître ces habitants ni cette situation. Seul le nom d’une des deux femmes lui est familier, car, raconte-t-il à ICI Loire Océan, “j’avais été alerté par la préfecture récemment que la locataire de ce logement du parc privé ne réglait plus son loyer depuis un an et demi et qu’elle était sous le coup d’une procédure d’expulsion”.
Couple déféré au parquet de Nantes
Le pôle criminel de Nantes est saisi. Une enquête est en cours. Entendus en garde à vue, le couple confirme “les conditions matérielles dans lesquelles la victime vivait chez eux, minimisant cependant leur part de responsabilité”, explique le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy. Le parquet de Nantes a saisi un juge d’instruction “des faits criminels de séquestration avec torture ou actes de barbarie commis d’avril 2022 au 14 octobre 2025″, ainsi que des “délits d’abus frauduleux de l’état de sujétion psychologique ou physique d’une personne de 2019 au 14 octobre 2025 et du délit d’abus frauduleux de la faiblesse d’une personne vulnérable de 2018 au 16 octobre 2025”. Les deux personnes ont été mises en examen pour “séquestration” d’une femme pendant cinq ans avec “torture”.
Difficile de remettre les pièces du puzzle dans l’ordre et beaucoup de questions restent à ce jour sans réponses sur les conditions de la séquestration, ainsi que sur le profil de la victime et de ses bourreaux. Comment expliquer que ce calvaire ait pu durer si longtemps sans que des proches ou des voisins ne soient alertés ?
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