Séisme de magnitude 8,8 en Russie : pourquoi est-ce si difficile d’anticiper ces phénomènes ?
Écrit par Jonathan PIRIOU sur juillet 30, 2025
En regardant le passé, on a une petite idée de ce que l’avenir nous réserve, mais sans pouvoir être précis », regrette d’emblée le sismologue Guy Sénéchal, enseignant-chercheur en sismologie, contacté par actu.fr.
Pourtant, et il le reconnaît lui-même, « ce que les gens nous demandent, c’est d’anticiper. Mais on ne le peut pas », regrette-t-il.
Toutefois, est-on complètement aveugle face au risque sismique, comme celui qui vient de toucher la Russie ce mardi 29 juillet 2025 ? Ou au moins en France ? Rien n’est moins sûr. La tectonique, la géologie, ça évolue très très lentement »
Rappelons d’abord qu’un séisme, ce sont deux plaques tectoniques qui, à force de vouloir se rapprocher, d’un coup, se chevauchent. Ce qui libère une très grande quantité d’énergie sous la forme de vibrations.
Les plaques tectoniques étant sous la surface de la terre, elles provoquent, ce faisant, un tremblement de terre. Or, « la tectonique, c’est de la géologie, ça évolue très très lentement », reprend Guy Sénéchal.
Aussi, il faut des dizaines d’années pour que le contexte géologique évolue. « Ce qui s’est passé depuis 500, 800, 1 000 ans, continuera d’ici 500, 800, 1 000 ans. Ce n’est pas un cycle, mais une continuité », vulgarise celui qui est aussi membre de l’association C-Prim, qui tient EPICENTRE, un centre d’information gratuit situé à Lourdes et dédié aux risques sismiques.
Si par exemple, je regarde la séismicité des années 2024 dans les Pyrénées, je vois qu’on a enregistré 1800 tremblements de terre. 2000 en 2023, et 1700 en 2022. Donc, je peux d’ores et déjà dire qu’en 2026, il y aura entre 1700 et 2000 tremblements de terre.Guy SénéchalEnseignant-chercheur en séismologie et membre de l’association C-PrimDonner des tendances, pas si simple
Dans le même sens, Guy Sénéchal note qu’il y a eu six séismes « très puissants » en 600 ans. « Donc, on pense, et j’insiste sur le verbe »penser », qu’il pourrait y avoir un gros séisme dans les Pyrénées tous les 100, 150 ans. »
Et comme le dernier remonterait, selon les archives, à 1864, donc il y a 170 ans, « on se dit que c’est possible qu’il arrive dans un futur proche ».
Des estimations qui ne sont pas au doigt mouillé, mais pas loin, dans la mesure où l’historique dont nous bénéficions n’est que très récent : « On part du principe que la dernière grande modification géologique date d’il y a 10 000 ans, à la fin de la dernière glaciation ».
On pourrait être plus fiables si on avait un inventaire des tremblements depuis 10 000 ans, mais ce n’est pas le cas, alors on fait comme on peut.Guy SénéchalEnseignant chercheur en séismologie et membre de l’association C-PrimPas de signes précurseurs
Mais pourquoi, dans ce cas-là, arrive-t-on à prévoir (avec plus ou moins de précision) les éruptions volcaniques ? Tout simplement parce que les éruptions, elles, ont des signes précurseurs, contrairement aux tremblements de terre.
« Le volcan a le magma qui monte progressivement, et ça fait vibrer le sol. Donc, on le notifie et on peut anticiper. Idem : les gaz évoluent dans leur chimie, la morphologie du volcan se déforme… On a beaucoup plus de facteurs permettant de prévoir. Même s’il y a des échecs », développe le spécialiste.
Quand bien même il y aurait des signes précurseurs, « on n’arriverait jamais à être précis temporellement parlant. Que ferait-on si on avait une alerte nous disant qu’un séisme pourrait avoir lieu dans un rayon de 100 km ? », déplore Guy Sénéchal.
On ne va pas évacuer toute une grande ville pendant plusieurs semaines. Et même si personne n’est présent, les dégâts matériels seront quand même là.
Radio Ice Age France