{"id":3814,"date":"2016-01-21T08:25:53","date_gmt":"2016-01-21T08:25:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/?p=3814"},"modified":"2016-01-21T08:25:53","modified_gmt":"2016-01-21T08:25:53","slug":"deces-de-romanciere-edmonde-charles-roux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/deces-de-romanciere-edmonde-charles-roux\/","title":{"rendered":"D\u00e9c\u00e8s de la romanci\u00e8re Edmonde Charles-Roux"},"content":{"rendered":"<p>\n\tCelle qui pr&eacute;sida l&#39;Acad&eacute;mie Goncourt apr&egrave;s en avoir re&ccedil;u le prix pour&nbsp;Oublier Palerme&nbsp;s&#39;est &eacute;teinte hier soir &agrave; l&#39;&acirc;ge de 95 ans.Elle ne voulait pas &eacute;crire ses m&eacute;moires, ni raconter sa vie. Parce que parler d&#39;elle, c&#39;&eacute;tait d&#39;abord parler de sa famille. C&#39;&eacute;tait l&#39;assumer, en &eacute;pouser le renom et les causes. Car avant d&#39;&ecirc;tre &laquo;Edmonde&raquo;, la pr&eacute;sidente du prix Goncourt fut mademoiselle Charles-Roux, fille d&#39;une lign&eacute;e de Marseillais illustres: des huiles, si l&#39;on ose &eacute;crire. Jules-Charles Roux, descendant du premier savonnier de la ville avait &eacute;t&eacute; d&eacute;put&eacute; de Marseille et pr&eacute;sident de la Compagnie du Canal de Suez. Il fut autoris&eacute; en 1909 &agrave; porter le nom de Charles-Roux. Son fils Fran&ccedil;ois Charles-Roux (1879-1961) fut ambassadeur de France &agrave; Prague et au Vatican, et grand ami de Pie XII. Il &eacute;tait le p&egrave;re d&#39;Edmonde. Sa m&egrave;re s&#39;habillait chez Madeleine Vionnet et Schiaparelli. Elle &eacute;tait belle et froide et laissait ses enfants sous la responsabilit&eacute; des nurses. La petite fille en souffrira.\n<\/p>\n<p>\n\tLa litt&eacute;rature baigna son enfance, comme la M&eacute;diterran&eacute;e. Son grand-p&egrave;re, membre du F&eacute;librige, avait us&eacute; de son prestige pour faire obtenir le prix Nobel &agrave; Mistral. Ses parents la pr&eacute;nomm&egrave;rent Edmonde, en hommage &agrave; l&#39;illustre voisin Rostand, ami de sa grand m&egrave;re. Chez les Charles-Roux, diplomatie, politique et belles lettres faisaient bon m&eacute;nage.\n<\/p>\n<p>\n\tLa guerre comme ambulanci&egrave;re\n<\/p>\n<p>\n\tFran&ccedil;ois et Sabine Charles-Roux eurent trois enfants. N&eacute;e en 1920, Edmonde est la derni&egrave;re. Les a&icirc;n&eacute;s se nomment Jean-Marie et Cyprienne. Le premier se fera pr&ecirc;tre exer&ccedil;ant son minist&egrave;re &agrave; Londres, &agrave; Sainte-Etheldreda au c&oelig;ur de la City. Ce royaliste, portant soutane, sera toute sa vie l&#39;avocat de la cause en b&eacute;atification de Marie-Antoinette et de madame Elisabeth. Cyprienne &eacute;pousera le prince Marcello Del Drago, chef de cabinet du comte Ciano, le ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res de Mussolini. C&#39;est donc peu dire que Edmonde Charles-Roux v&eacute;cut &#8211; sinon contre (elle voyait tr&egrave;s fr&eacute;quemment les siens) &#8211; du moins en rupture avec son milieu familial. Mais &agrave; sa mani&egrave;re, Edmonde, c&#39;&eacute;tait aussi le clan des Charles-Roux.\n<\/p>\n<p>\n\tEn mai 1940, son p&egrave;re est nomm&eacute; secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral du Quai d&#39;Orsay par Paul Reynaud. Il passe quelques mois &agrave; Vichy, soup&ccedil;onn&eacute; de gaullisme, s&#39;attirant les railleries de Drieu dans son Journal. Il d&eacute;missionnera au lendemain de Montoire pr&eacute;f&eacute;rant &laquo;se retirer sous sa tente&raquo;. En l&#39;occurrence pour occuper le fauteuil paternel &agrave; la (tr&egrave;s gaulliste) Compagnie du canal de Suez.\n<\/p>\n<p>\n\tuelque temps plus t&ocirc;t, Edmonde a quitt&eacute; sa famille install&eacute;e &agrave; Rome pour gagner Marseille. Elle commence des &eacute;tudes d&#39;infirmi&egrave;re et, plut&ocirc;t que la bonne soci&eacute;t&eacute; de Marseille, fr&eacute;quente les artistes r&eacute;fugi&eacute;s dans le Sud. Chez la comtesse Pastr&eacute;, qui sera la fondatrice du festival d&#39;Aix, elle croise le d&eacute;corateur Christian B&eacute;rard, Louis Jouvet, Pablo Casals, le danseur Serge Lifar. Un monde se r&eacute;v&egrave;le &agrave; elle. Ni celui de la bourgeoisie marseillaise, ni celui de la diplomatie. Un milieu qui ne doit rien &agrave; ses parents. Le sien en propre. Elle fait la guerre comme ambulanci&egrave;re, soignant des l&eacute;gionnaires italiens et tch&egrave;ques, dont elle conna&icirc;t la langue, elle qui a grandi &agrave; Prague et fait ses &eacute;tudes au lyc&eacute;e Chateaubriand de Rome. Elle est elle-m&ecirc;me bless&eacute;e, d&eacute;cor&eacute;e de la Croix de Guerre et cit&eacute;e &agrave; l&#39;ordre du Corps d&#39;arm&eacute;e. Elle fait la Une de Paris Soir et, racontera-t-elle plus tard &agrave; Match, s&#39;attire de son grand-p&egrave;re cette remarque: &laquo;C&#39;est bien, mais gagner la guerre c&#39;est mieux&raquo;. Elle passera l&#39;Occupation &agrave; Marseille affect&eacute;e dans la clinique clandestine de la R&eacute;sistance. La fille de l&#39;ambassadeur Charles-Roux sert dans les rangs des FTP.\n<\/p>\n<h2>\n\t&laquo;Tu vis comme un homme&raquo;<br \/>\n<\/h2>\n<p>\n\tAu lendemain du d&eacute;barquement fran&ccedil;ais en Provence, le g&eacute;n&eacute;ral de Lattre de Tassigny l&#39;appelle &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s et l&#39;affecte &agrave; son &Eacute;tat-major. Elle fait la campagne de France, est bless&eacute;e une deuxi&egrave;me fois en Autriche, &agrave; nouveau d&eacute;cor&eacute;. Dans sa trousse d&#39;infirmi&egrave;re, un livre:&nbsp;<i>Guerre et paix&nbsp;<\/i>qu&#39;elle lit et relit. Rendue &agrave; la vie civile, elle n&#39;envisage pas de rentrer dans le rang. &laquo;Tu vis comme un homme&raquo;, lui reproche son p&egrave;re. Elle vit surtout comme elle l&#39;entend.\n<\/p>\n<p>\n\tElle a son bac, aime les &eacute;tudes, la lecture et l&#39;&eacute;criture. Elle devient courri&eacute;riste &agrave;<i>&nbsp;France-Soir<\/i>, le journal de Pierre Lazareff puis &agrave;&nbsp;<i>Elle<\/i>. &Agrave; la faveur d&#39;un article sur le retour de Toscanini en Italie, elle qui conna&icirc;t Rome comme sa poche, parvient &agrave; lui &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute;e dans sa loge. Elle gagne ses galons de journaliste, se hisse au niveau des grandes &laquo;baronnes&raquo; de la presse: H&eacute;l&egrave;ne Lazareff et Fran&ccedil;oise Giroud. Pour devenir une vraie parisienne, elle&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/livres\/2009\/04\/30\/03005-20090430ARTFIG00348-la-dame-de-pique-.php\" target=\"\">prend conseil aupr&egrave;s de Coco Chanel<\/a>. Bient&ocirc;t ce sera&nbsp;<i>Vogue<\/i>&nbsp;o&ugrave; elle rentrera gr&acirc;ce &agrave; &laquo;B&eacute;b&eacute;&raquo;,&nbsp;Christian B&eacute;rard, et dirigera ce magazine pendant seize ans. Elle l&#39;ouvre &agrave; la culture, ayant ses entr&eacute;es partout. Pour une interview d&#39;Orson Welles, elle se fait aider par Jeff Kessel et Philippe Soupault avant de se lier intimement &agrave; Citizen Kane qu&#39;elle accompagnera en tourn&eacute;e, s&#39;installant m&ecirc;me &agrave; Londres quand il remplace Laurence Oliver dans<i>Shakespeare<\/i>. Elle publie des in&eacute;dits de Colette, Saint-John-Perse et Louise de Vilmorin. Gr&acirc;ce &agrave; Eluard, elle rencontre le peintre Andr&eacute; Derain et accepte de poser pour lui. Au peintre compromis par un voyage en Allemagne, elle confie les d&eacute;cors du festival d&#39;Aix. Pour un peu, elle le remettrait &agrave; la mode. Par son interm&eacute;diaire, elle fr&eacute;quente Balthus et Giacometti, se lie d&#39;amiti&eacute; avec Saint-Laurent, voit et prot&egrave;ge le po&egrave;te maudit Jean Genet.\n<\/p>\n<h2>\n\tUn personnage du Tout-Pari<br \/>\n<\/h2>\n<figure itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n\t&nbsp;<br \/>\n<\/figure>\n<p>\n\tElle ne publie pas encore de livre, sinon un&nbsp;<i>Guide de savoir-vivre<\/i>, recueil d&#39;articles sur les usages en soci&eacute;t&eacute; parus dans Elle. Mais elle &eacute;crit, pour elle, &agrave; ses moments perdus. Et pour Maurice Druon, dans cet atelier d&#39;o&ugrave; sortiront les Rois Maudits et autre Alexandre le Grand. Avec Druon, ils forment alors un couple &agrave; la mode, &agrave; la ville et &agrave; la sc&egrave;ne litt&eacute;raire. Mathieu Galey note dans son journal: &laquo;Il est superbe, solaire, elle est sobre, fr&eacute;missante, s&eacute;ductrice: un couple de roman&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tCelle qu&#39;il d&eacute;crit comme &laquo;un peu institutrice&raquo;, lunettes, chignon s&eacute;v&egrave;re, sait aussi &ecirc;tre une &eacute;l&eacute;gante. Bien des hommes en sont fous. &laquo;Une M&eacute;dicis&raquo;, &eacute;crit encore Galey. Le titre n&#39;est pas usurp&eacute;: raffinement, go&ucirc;t &eacute;clair&eacute;, fortune et cruaut&eacute;. Certains ricanent, l&#39;appellent Mousseline &agrave; cause de ses tenues &agrave; jabot, col bouillonn&eacute; ou fraises noires. Si l&#39;on murmure que peut-&ecirc;tre Chazot a pens&eacute; &agrave; elle en cr&eacute;ant le personnage de Marie-Chantal, ce qui est s&ucirc;r c&#39;est que dans son dictionnaire du snobisme, Philippe Jullian la d&eacute;peint sous les traits de &laquo;Charlotte Edmond-Gris&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tElle est incontestablement &agrave; cette &eacute;poque&nbsp;<a href=\"http:\/\/tvmag.lefigaro.fr\/programme-tv\/article\/television\/72859\/edmonde-charles-roux-la-frondeuse.html\" target=\"\">un personnage du Tout-Paris<\/a>. Quoique. En mai 1966, elle est renvoy&eacute;e de&nbsp;<i>Vogue<\/i>. Elle dira: &laquo;Parce que j&#39;avais os&eacute; mettre en couverture un mannequin noir&raquo;. En r&eacute;alit&eacute;, pour ses relations &laquo;communistes&raquo; qui inqui&egrave;tent l&#39;&eacute;diteur am&eacute;ricain du magazine, Cond&eacute;-Nast: Edmonde, ou derni&egrave;re victime du maccarthysme.\n<\/p>\n<h2>\n\tLe triomphe de&nbsp;<i>Oublier Palerme<\/i><br \/>\n<\/h2>\n<p>\n\t&Agrave; 46 ans, elle est libre, un peu d&eacute;s&oelig;uvr&eacute;e m&ecirc;me. Elle sort de son tiroir le manuscrit d&#39;un roman en cours, l&#39;ach&egrave;ve et le montre &agrave; son ami Fran&ccedil;ois Nourissier qui le passe &agrave; Bernard Privat. Il a pour titre&nbsp;<i>Oublier Palerme<\/i>. Si Edmonde est novice en litt&eacute;rature, elle n&#39;est pas une inconnue. Dans le jury Goncourt par exemple, elle conna&icirc;t Armand Salacrou &agrave; qui la lie l&#39;amour de la montagne (elle a fait partie de l&#39;&eacute;quipe seconde de ski), ou G&eacute;rard Bauer avec qui elle a fray&eacute; chez la comtesse Pastr&eacute;. Elle obtient le prix en 1966. Pour Jean-Claude Fasquelle et Yves Berger, elle incarne l&#39;ann&eacute;e du petit chelem: cette ann&eacute;e-l&agrave;, sous la couverture jaune, Kl&eacute;ber Haedens raflera l&#39;Interalli&eacute;,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/livres\/2011\/02\/17\/03005-20110217ARTFIG00460-edmonde-charles-roux-nourissieravait-un-339il-foudroyant.php\" target=\"\">Nourissier le Grand prix du roman<\/a>, Marie-Claire Blais le M&eacute;dicis. Elle devient &eacute;crivain:&nbsp;<i>Elle, Adrienne&nbsp;<\/i>para&icirc;t en 1971. Paul Morand lui donne de la documentation pour&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/flash-actu\/2011\/08\/16\/97001-20110816FILWWW00408-bio-de-chanel-bombe-a-retardement.php\" target=\"\">sa biographie de Chanel<\/a>&nbsp;qui para&icirc;tra en 1974.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celle qui pr&eacute;sida l&#39;Acad&eacute;mie Goncourt apr&egrave;s en avoir re&ccedil;u le prix pour&nbsp;Oublier Palerme&nbsp;s&#39;est &eacute;teinte hier soir &agrave; l&#39;&acirc;ge de 95 ans.Elle ne voulait pas &eacute;crire ses m&eacute;moires, ni raconter sa vie. Parce que parler d&#39;elle, c&#39;&eacute;tait d&#39;abord parler de sa famille. C&#39;&eacute;tait l&#39;assumer, en &eacute;pouser le renom et les causes. 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