{"id":5387,"date":"2016-11-02T19:47:59","date_gmt":"2016-11-02T19:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/?p=5387"},"modified":"2016-11-02T19:47:59","modified_gmt":"2016-11-02T19:47:59","slug":"afrique-sud-typhon-rouge-rues-de-pretoria","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/afrique-sud-typhon-rouge-rues-de-pretoria\/","title":{"rendered":"Afrique du Sud : typhon rouge dans les rues de Pretoria"},"content":{"rendered":"<p>\n\tIl est certaines notions de contestation qu&rsquo;en&nbsp;Afrique du Sud&nbsp;on se repasse de g&eacute;n&eacute;rations en g&eacute;n&eacute;rations, un peu comme des&nbsp;recettes&nbsp;secr&egrave;tes de cuisine familiale, pour&nbsp;faire&nbsp;vaciller&nbsp;les pouvoirs. L&rsquo;une d&rsquo;entre elle s&rsquo;&eacute;nonce &agrave; peu pr&egrave;s ainsi&nbsp;:&nbsp;esp&eacute;rer&nbsp;&ecirc;tre entendu, &eacute;cout&eacute;,&nbsp;voir&nbsp;respect&eacute; quand on manifeste dans la rue exige un peu de brusquerie bien dos&eacute;e (ne pas&nbsp;h&eacute;siter&nbsp;&agrave;&nbsp;br&ucirc;ler&nbsp;une poubelle ou un pneu), le tout accompagn&eacute; de musique et de danses pour&nbsp;rendre&nbsp;le moment plus fusionnel et l&rsquo;ensemble visuellement plus fort. Cela s&rsquo;appelle le&nbsp;toy toy,&nbsp;culture&nbsp;des townships forg&eacute;e dans les ann&eacute;es de lutte contre l&rsquo;apartheid. Aujourd&rsquo;hui, on &laquo;&nbsp;toy-toye&nbsp;&raquo; s&eacute;rieusement dans la capitale sud-africaine.Les rues de Pretoria, ce mercredi 2&nbsp;novembre, appartiennent aux militants v&ecirc;tus de rouge de la t&ecirc;te aux pieds de la&nbsp;formation&nbsp;de Julius Malema, les Economic Freedom Fighters (&laquo;&nbsp;combattants pour la libert&eacute; &eacute;conomique&nbsp;&raquo;, EFF). EFF se pr&eacute;sente comme un mouvement d&rsquo;extr&ecirc;me gauche, dissident de l&rsquo;ANC, parti au&nbsp;pouvoir&nbsp;jug&eacute;, en gros,&nbsp;&laquo;&nbsp;racial tra&icirc;tre&nbsp;&raquo;. Julius Malema se propose de&nbsp;briser&nbsp;la mis&egrave;re, les in&eacute;galit&eacute;s, les faux-semblants de l&rsquo;Afrique&nbsp;du Sud post-aparthied par des mesures radicales (nationaliser&nbsp;les terres, les mines, les banques). Mais aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;heure n&rsquo;est pas aux&nbsp;discussions&nbsp;de programme. Les militants d&rsquo;EFF ont un mot &agrave; la bouche, simple et net comme un coup de cutter&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Zuma doit partir&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;On le crie, on le chante, on le hurle, on le proclame, et on avance, dans les rues. L&rsquo;Afrique du Sud, on le voit une nouvelle fois, est un pays dans lequel la libert&eacute; a un sens. Et, partant, o&ugrave; les mots aussi en ont un. Il n&rsquo;est pas n&eacute;gligeable que des gens habill&eacute;s de rouge &eacute;carlate d&eacute;filent dans la capitale pour&nbsp;r&eacute;clamer&nbsp;la d&eacute;mission du chef de l&rsquo;Etat qui, en g&eacute;n&eacute;ral, feint de&nbsp;trouver&nbsp;toute cette forme d&rsquo;agitation du plus haut comique.\n<\/p>\n<p>\n\tCela n&rsquo;enl&egrave;ve rien au fait que le pr&eacute;sident sud-africain, Jacob Zuma, est engag&eacute; dans une lutte&nbsp;politique&nbsp;&agrave; mort. Or, avec sa garde rapproch&eacute;e, il a donn&eacute; ces derniers temps l&rsquo;impression de&nbsp;c&eacute;der&nbsp;face &agrave; une nouvelle offensive&nbsp;politique, dont l&rsquo;objet est pr&eacute;cis&eacute;ment de le&nbsp;pousser&nbsp;dehors, de l&rsquo;amener &agrave;&nbsp;d&eacute;missionner. La campagne est men&eacute;e conjointement par des partis d&rsquo;opposition que tout d&rsquo;habitude s&eacute;pare (comme par exemple EFF et l&rsquo;Alliance d&eacute;mocratique, dont le noyau est constitu&eacute; par la classe moyenne blanche, qui avait annonc&eacute; sa propre manifestation mais a prudemment fui les rues incertaines), rejoints par un nombre croissant de voix au sein de l&rsquo;ANC.\n<\/p>\n<p>\n\tBleus de chauffe rouges\n<\/p>\n<p>\n\tSe joue ce mercredi un nouvel &eacute;pisode de cette guerre au ralenti, dont l&rsquo;issue est difficile &agrave; pr&eacute;voir&nbsp;: Zuma sera-t-il chass&eacute; du pouvoir&nbsp;? Va-t-il&nbsp;monter&nbsp;une contre-offensive et&nbsp;neutraliser&nbsp;ses ennemis&nbsp;? Va-t-il&nbsp;laisser&nbsp;glisser les &eacute;v&eacute;nements et rebondir&nbsp;? En jeu, une d&eacute;cision de&nbsp;justice&nbsp;visant &agrave;&nbsp;d&eacute;terminer&nbsp;si un rapport explosif sur la&nbsp;&laquo;&nbsp;capture de l&rsquo;Etat&nbsp;&raquo;&nbsp;(au sens de mainmise criminelle) peut&nbsp;&ecirc;tre&nbsp;rendu public. Le texte a &eacute;t&eacute; compil&eacute; par l&rsquo;ancienne protectrice de l&rsquo;Etat, Thuli Madonsela. Son objet est d&rsquo;analyser de mani&egrave;re d&eacute;taill&eacute;e les d&eacute;rives du pouvoir de Jacob Zuma &agrave; travers son association avec une&nbsp;famille&nbsp;d&rsquo;origine indienne, les Gupta, qui aurait r&eacute;alis&eacute; &agrave; travers lui des op&eacute;rations pour s&rsquo;enrichir. Le feuilleton Gupta est plus suivi en Afrique du Sud qu&rsquo;aucune fiction &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision. Ce rapport, c&rsquo;est de la dynamite, et Jacob Zuma a tout fait pour&nbsp;emp&ecirc;cher&nbsp;sa publication. Puis, soudain, voil&agrave;, ce mercredi, la Haute Cour de Pretoria annonce que le texte sera rendu public en fin d&rsquo;apr&egrave;s-midi, malgr&eacute; les efforts des proches du pr&eacute;sident et du pr&eacute;sident lui-m&ecirc;me &agrave; le&nbsp;bloquer&nbsp;par des artifices judiciaires, avant d&rsquo;y&nbsp;renoncer&nbsp;ce matin m&ecirc;me.Pendant ce temps, les militants EFF sillonnent les rues en &laquo; toy-toyant &raquo; gaiement. On dirait qu&rsquo;un typhon a &eacute;t&eacute; annonc&eacute; : les habitants se sont enferm&eacute;s &agrave; double tour, les magasins ont baiss&eacute; leurs rideaux de fer et sans doute cach&eacute; la clef. C&rsquo;est d&eacute;j&agrave; une belle petite victoire pour le mouvement de Julius Malema. Le petit homme habill&eacute; de rouge inspire une monumentale trouille, voil&agrave; d&eacute;j&agrave; une forme de pouvoir. De plus, ce mercredi est le jour o&ugrave; jamais pour tenir le centre de la capitale sud-africaine, habituellement aussi maussade que son architecture brutalo-d&eacute;pressive.\n<\/p>\n<p>\n\tLes grappes de militants de l&rsquo;EFF convergent vers la place centrale, solennelle comme un groupe de juges pronon&ccedil;ant une condamnation &agrave; perp&eacute;tuit&eacute;. Immeubles bruns, statue de Paul Kruger attirant sur son chapeau de bronze des myriades de pigeons avec d&rsquo;&eacute;vidents probl&egrave;mes intestinaux. Il y a des stands improvis&eacute;s pour vendre des tee-shirts, des pantalons, des bleus de chauffe rouges, des chaussettes, des bandeaux, des chapeaux &agrave; l&rsquo;effigie du mouvement, des bonbons, des cigarettes, des saucisses, du pap (polenta de ma&iuml;s). Il y a des jeunes en bandes qui se marrent, se draguent, se prennent en photo avec des inconnus en faisant semblant de s&rsquo;enlacer. Ils viennent ceux-l&agrave;, par exemple, d&rsquo;une petite ville de la province du Nord-Ouest, ils sont &agrave; Johannesburg depuis une semaine, sont de toutes les manifestations, les r&eacute;unions, ont &agrave; peine dormi sur des coins de canap&eacute; dans des appartements bond&eacute;s. Ils sautent en l&rsquo;air quand le camion-sono de l&rsquo;EFF (devise : &laquo; La r&eacute;volution en mouvement &raquo;) branche le son, et qu&rsquo;un type inconnu prend le micro pour annoncer : &laquo; Le pr&eacute;sident Zuma va d&eacute;missionner ce soir, &agrave; 19 heures tr&egrave;s exactement. Je demande &agrave; tous les militants de se pr&eacute;parer. Evacuez la place, le pr&eacute;sident va d&eacute;missionner &agrave; 19 heures. &raquo; C&rsquo;est une blague ou quoi ? Personne ne sait tr&egrave;s bien, on d&eacute;cide de l&rsquo;ignorer (du reste c&rsquo;est faux, bien entendu). La foule fait comme des vagues, et d&eacute;j&agrave; il y a du neuf, d&rsquo;autres annonces. Il y a pas mal d&rsquo;excitation dans l&rsquo;air. Ce n&rsquo;est pas tous les jours qu&rsquo;on tient le centre d&rsquo;une ville, ce n&rsquo;est pas tous les jours qu&rsquo;en tendant l&rsquo;oreille, on peut avoir l&rsquo;impression d&rsquo;entendre craquer un peu le pouvoir en place. Mais ce son, bient&ocirc;t, est couvert par la musique.\n<\/p>\n<p>\n\tAmbiance de kermesse\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a des milliers de comrades de l&rsquo;EFF dans les rues, pas des dizaines de milliers, et ce n&rsquo;est pas assez pour remplir tout le centre, alors on a r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; un petit stratag&egrave;me pour faire nombre : les militants sont dispers&eacute;s en petits groupes qui occupent exactement toute la largeur d&rsquo;une rue et se d&eacute;placent en chantant, dansant, &laquo; toy-toyant &raquo;. On tape sur les rideaux de fer, &ccedil;a fait du bruit, et on sent bien que dans les immeubles, les c&oelig;urs se mettent &agrave; battre plu vite en entendant ce boucan. On renverse des poubelles, on commence &agrave; br&ucirc;ler certains trucs qui tombent sous la main, par-ci, par-l&agrave;, quelques vitrines volent en &eacute;clats, on signale d&rsquo;ailleurs le pillage d&rsquo;un magasin d&rsquo;alcool. Il est vrai qu&rsquo;il fait chaud, si chaud. Pour une raison incompr&eacute;hensible, un comrade &agrave; l&rsquo;air &eacute;nerv&eacute; s&rsquo;en prend &agrave; une femme qui regarde depuis sa fen&ecirc;tre, et menace de lui tirer dessus (il n&rsquo;est pas arm&eacute;), puis jette, dans une rage emport&eacute;e par le vent des chansons, une bouteille de bi&egrave;re vie qui rate sa cible.L&rsquo;ambiance est encore &agrave; la kermesse, rendue juste un peu plus nerveuse par l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;elle peut&nbsp;d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer&nbsp;&agrave; tout moment. Pelonomi Cavazzy Maswabi, &agrave; un moment, est fatigu&eacute; de&nbsp;crier&nbsp;&laquo;&nbsp;Zuma doit partir&nbsp;!&nbsp;&raquo;, alors il va se faire&nbsp;prendre&nbsp;en photo devant le rang des policiers anti-&eacute;meutes qui montent la garde devant la grande poste,&nbsp;histoire&nbsp;de&nbsp;garder&nbsp;un&nbsp;souvenir. Le temps est &agrave; l&rsquo;orage. Il y a des groupes qui allongent le pas et prennent la direction de la pr&eacute;sidence. Ils ne risquent pas d&rsquo;y&nbsp;importuner&nbsp;beaucoup le chef de l&rsquo;Etat&nbsp;: il n&rsquo;y est pas, parti en visite au&nbsp;Zimbabwe&nbsp;voisin o&ugrave; son homologue, Robert Mugabe, vient d&rsquo;entreprendre de&nbsp;lancer&nbsp;des &laquo;&nbsp;bons d&rsquo;Etat&nbsp;&raquo; qui ressemblent &agrave; une nouvelle folie pour&nbsp;emporter&nbsp;le pays dans une inflation destructrice. Le tonnerre gronde, le jour d&eacute;cline. Il va&nbsp;falloir&nbsp;lire les 355 pages du rapport pour&nbsp;savoir&nbsp;quel en sera l&rsquo;impact sur Jacob Zuma.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est certaines notions de contestation qu&rsquo;en&nbsp;Afrique du Sud&nbsp;on se repasse de g&eacute;n&eacute;rations en g&eacute;n&eacute;rations, un peu comme des&nbsp;recettes&nbsp;secr&egrave;tes de cuisine familiale, pour&nbsp;faire&nbsp;vaciller&nbsp;les pouvoirs. L&rsquo;une d&rsquo;entre elle s&rsquo;&eacute;nonce &agrave; peu pr&egrave;s ainsi&nbsp;:&nbsp;esp&eacute;rer&nbsp;&ecirc;tre entendu, &eacute;cout&eacute;,&nbsp;voir&nbsp;respect&eacute; quand on manifeste dans la rue exige un peu de brusquerie bien dos&eacute;e (ne pas&nbsp;h&eacute;siter&nbsp;&agrave;&nbsp;br&ucirc;ler&nbsp;une poubelle ou un pneu), le tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5388,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"_wpas_customize_per_network":false},"categories":[405],"tags":[1295],"class_list":["post-5387","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu-france-monde","tag-afrique-du-sud"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Afrique-du-Sud.jpg?fit=768%2C512&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5387","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5387"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5387\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5389,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5387\/revisions\/5389"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5388"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5387"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5387"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5387"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}