{"id":6726,"date":"2017-05-25T08:07:43","date_gmt":"2017-05-25T08:07:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/?p=6726"},"modified":"2017-05-25T08:07:43","modified_gmt":"2017-05-25T08:07:43","slug":"cannes-2017-proies-sept-regards-de-femmes-corps-dun-homme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/cannes-2017-proies-sept-regards-de-femmes-corps-dun-homme\/","title":{"rendered":"Cannes 2017 : \u00ab Les Proies \u00bb, sept regards de femmes sur le corps d\u2019un homme"},"content":{"rendered":"<p>\n\tSofia Coppola aime souvent&nbsp;regarder&nbsp;les hommes &agrave; travers les yeux d&rsquo;une femme&nbsp;: si Bill Murray n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; aussi s&eacute;duisant que dans&nbsp;Lost in Translation, c&rsquo;est qu&rsquo;il vivait dans le regard de la toute jeune Am&eacute;ricaine que jouait Scarlett Johansson. Avec&nbsp;Les Proies, drame guerrier situ&eacute; pendant la guerre de S&eacute;cession, la r&eacute;alisatrice pousse le proc&eacute;d&eacute; plus loin.\n<\/p>\n<p>\n\tCe sont sept paires d&rsquo;yeux f&eacute;minins qui se posent sur le corps d&rsquo;un homme. Et ce que met en sc&egrave;ne&nbsp;Les Proies&nbsp;n&rsquo;est pas l&rsquo;effet de cette profusion de regards sur le personnage masculin, qui reste quasiment secondaire, malgr&eacute; son monopole (on ne verra pas d&rsquo;autre homme) et son temps de pr&eacute;sence &agrave; l&rsquo;&eacute;cran. Ce sont plut&ocirc;t les tourments, les extases, les calculs et les aspirations qui saisissent les occupantes de la grande b&acirc;tisse hell&eacute;nisante qui sert de d&eacute;cor &agrave; ce film dont le charme trouble reste discret, presque t&eacute;nu, au risque de ne pas&nbsp;mettre&nbsp;en &eacute;vidence la subtilit&eacute; et la vigueur du propos de Sofia Coppola.\n<\/p>\n<p>\n\tPas un remake\n<\/p>\n<p>\n\tLa r&eacute;alisatrice l&rsquo;a r&eacute;p&eacute;t&eacute;,&nbsp;Les Proies&nbsp;n&rsquo;est pas un remake du film du m&ecirc;me&nbsp;titre, r&eacute;alis&eacute; en&nbsp;1971 par Don Siegel, avec Clint Eastwood et Geraldine Page, mais une nouvelle adaptation du roman de Thomas Cullinan dont Siegel s&rsquo;&eacute;tait inspir&eacute;, sur les conseils d&rsquo;Eastwood. On retrouve la m&ecirc;me trame, et &ndash; en grande partie &ndash; les m&ecirc;mes incidents.Sur la plantation Farnsworth, devenue pensionnat pour jeunes filles apr&egrave;s le d&eacute;part des esclaves (on est en&nbsp;1864, Abraham Lincoln a proclam&eacute; leur &eacute;mancipation depuis plus d&rsquo;un an), il ne reste que cinq &eacute;l&egrave;ves et deux ma&icirc;tresses, Martha Farnsworth (Nicole Kidman), l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re des&nbsp;lieux, et Edwina Dabney (Kirsten Dunst), l&rsquo;institutrice qui enseigne &agrave; ces rejetonnes de l&rsquo;aristocratie sudiste le fran&ccedil;ais, la musique et les bonnes mani&egrave;res. Partie&nbsp;cueillir&nbsp;des champignons, Amy (Oona Laurence), la plus jeune de leurs ouailles, d&eacute;couvre dans le sous-bois un soldat bless&eacute;, v&ecirc;tu d&rsquo;un uniforme bleu.\n<\/p>\n<p>\n\tComme l&rsquo;indique son accent, le caporal John McBurney (Colin Farrell) est de ces immigrants irlandais qui ont voulu se&nbsp;constituer&nbsp;un capital de d&eacute;part en se vendant &agrave; un conscrit qui avait les moyens (300&nbsp;dollars) de se&nbsp;faire&nbsp;remplacer&nbsp;avant de&nbsp;partir&nbsp;au front. L&rsquo;affaire n&rsquo;&eacute;tait pas si fameuse, puisqu&rsquo;il s&rsquo;est presque vid&eacute; de son sang.\n<\/p>\n<p>\n\tSofia Coppola arrive vite &agrave; ce qui l&rsquo;int&eacute;resse&nbsp;: la remise en mouvement de ces existences f&eacute;minines que la guerre et la claustration avaient fig&eacute;es\n<\/p>\n<p>\n\tAlors que les consignes sont de&nbsp;remettre&nbsp;tous les militaires nordistes &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e&nbsp;du g&eacute;n&eacute;ral Lee, les dames de la pension Farnsworth d&eacute;cident, par charit&eacute; chr&eacute;tienne, bien s&ucirc;r, de le&nbsp;soigner&nbsp;et de le remettre sur pied elles-m&ecirc;mes. Cette introduction est br&egrave;ve, vive, elle permet &agrave; Sofia Coppola d&rsquo;arriver tr&egrave;s vite &agrave; ce qui l&rsquo;int&eacute;resse&nbsp;: la remise en mouvement de ces existences f&eacute;minines que la guerre et la claustration avaient fig&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\tMartha Farnsworth voit dans cette irruption masculine la possibilit&eacute; de&nbsp;ressusciter&nbsp;la splendeur pass&eacute;e de sa plantation, sous le r&eacute;gime du matriarcat. Elle n&rsquo;est certes pas tout &agrave; fait insensible &agrave; l&rsquo;appel des sens, mais tout &agrave; fait capable de le&nbsp;maintenir&nbsp;&agrave; la place subalterne qui est la sienne dans l&rsquo;&eacute;chelle des motivations de Miss Farnsworth. Imp&eacute;rieuse, &eacute;l&eacute;gante et rus&eacute;e, l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re &eacute;tait vou&eacute;e &agrave;&nbsp;&ecirc;tre&nbsp;interpr&eacute;t&eacute;e par Nicole Kidman, qui retrouve l&agrave; l&rsquo;un de ses registres favoris.\n<\/p>\n<p>\n\tUne couleuvre plut&ocirc;t qu&rsquo;un cobra\n<\/p>\n<p>\n\tKirsten Dunst, en revanche, est plus surprenante, et du coup, plus passionnante. Edwina est une de ces demoiselles d&eacute;sargent&eacute;es qui n&rsquo;a pas trouv&eacute; sa place dans la soci&eacute;t&eacute; sudiste. Cette frustration explose &agrave; la vue du corps d&rsquo;un homme qui &ndash; pourtant &ndash; n&rsquo;est de toute &eacute;vidence pas de tr&egrave;s haute extraction. L&rsquo;actrice, que l&rsquo;on a connue solaire, est comme gel&eacute;e par l&rsquo;ennui et la d&eacute;sesp&eacute;rance avant de se&nbsp;muer&nbsp;en figure tragique. Elle Fanning, adolescente curieuse de tout, et en particulier des choses de l&rsquo;amour, est inqui&eacute;tante &agrave; force de duplicit&eacute;, et ses camarades de classe trouvent toutes la place pour&nbsp;tracer&nbsp;leur variation de cet &eacute;moi n&eacute; de l&rsquo;apparition d&rsquo;un homme ordinaire.\n<\/p>\n<p>\n\tAvec, h&eacute;las, la difficult&eacute; que rencontre la r&eacute;alisatrice, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire monter la tension, &agrave;&nbsp;cr&eacute;er&nbsp;le suspense, comme l&rsquo;exige parfois le sc&eacute;nario, c&rsquo;est l&agrave; l&rsquo;une des diff&eacute;rences fondamentales entre les films de Don Siegel et Sofia Coppola. Clint Eastwood (qui avait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque beaucoup &agrave;&nbsp;prouver) est une esp&egrave;ce d&rsquo;idole dont le&nbsp;physique&nbsp;et le magn&eacute;tisme rendent incontestables les d&eacute;cha&icirc;nements qu&rsquo;ils provoquent. Colin Farrell, acteur d&rsquo;une grande humilit&eacute; (il le prouve aussi dans&nbsp;Mise &agrave; mort du cerf sacr&eacute;), fait du caporal McBurney un type ordinaire. S&rsquo;il est le serpent gliss&eacute; dans le&nbsp;jardin&nbsp;d&rsquo;Eden, c&rsquo;est une couleuvre plut&ocirc;t qu&rsquo;un cobra. Malin (mais moins qu&rsquo;il ne le croit), beau gar&ccedil;on, sans plus, il inciterait presque &agrave; mettre le titre fran&ccedil;ais du film au singulier.\n<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sofia Coppola aime souvent&nbsp;regarder&nbsp;les hommes &agrave; travers les yeux d&rsquo;une femme&nbsp;: si Bill Murray n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; aussi s&eacute;duisant que dans&nbsp;Lost in Translation, c&rsquo;est qu&rsquo;il vivait dans le regard de la toute jeune Am&eacute;ricaine que jouait Scarlett Johansson. Avec&nbsp;Les Proies, drame guerrier situ&eacute; pendant la guerre de S&eacute;cession, la r&eacute;alisatrice pousse le proc&eacute;d&eacute; plus loin. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":6727,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"_wpas_customize_per_network":false},"categories":[68],"tags":[1593],"class_list":["post-6726","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu-culturelle","tag-cannes-2017"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/Cannes-2017.jpg?fit=534%2C300&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6726","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6726"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6726\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6728,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6726\/revisions\/6728"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6726"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6726"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6726"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}