{"id":7155,"date":"2017-08-09T19:45:15","date_gmt":"2017-08-09T19:45:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/?p=7155"},"modified":"2017-08-09T19:45:15","modified_gmt":"2017-08-09T19:45:15","slug":"beaubourg-hypermarche-hyperbranche-hyperconnecte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/beaubourg-hypermarche-hyperbranche-hyperconnecte\/","title":{"rendered":"Beaubourg hypermarch\u00e9, hyperbranch\u00e9, hyperconnect\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>\n\tSi &agrave; sa naissance, en 1977, le centre Pompidou, espace en libre acc&egrave;s, &eacute;tait l&rsquo;arch&eacute;type de l&rsquo;hyper-lieu culturel, il subit aujourd&rsquo;hui les contraintes du tourisme culturel mondialis&eacute;.Times Square, Ipanema, Istanbul, Tombouctou&nbsp;: loin de s&rsquo;uniformiser, les villes de la mondialisation se d&eacute;marquent les unes des autres pour&nbsp;des raisons politiques, touristiques, culturelles ou historiques. Autant de facettes d&rsquo;un monde travers&eacute; par les conflits et les in&eacute;galit&eacute;s.&nbsp;Jeudi&nbsp;: Lagos.\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Beaubourg est pour la premi&egrave;re fois&nbsp;&agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la culture ce que&nbsp;l&rsquo;hypermarch&eacute; est &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de&nbsp;la marchandise.&raquo;&nbsp;Ces mots de Jean Baudrillard (dans son livre&nbsp;l&rsquo;Effet Beaubourg. Implosion et dissuasion,Galil&eacute;e, 1977) expriment tant l&rsquo;ambivalence de son avis sur le Centre &#8211; entre fascination et critique pessimiste &#8211; que la rupture que Beaubourg provoqua dans l&rsquo;espace parisien et dans le champ culturel mondial. Jean Baudrillard ne fut pas du concert des bons esprits conservateurs qui&nbsp;se d&eacute;cha&icirc;n&egrave;rent contre le b&acirc;timent, son&nbsp;architecture et l&rsquo;association in&eacute;dite d&rsquo;un mus&eacute;e, d&rsquo;un vaste plateau polyvalent pour les artistes contemporains, d&rsquo;un centre de cr&eacute;ation industrielle ouvert &agrave; toutes les exp&eacute;rimentations, d&rsquo;une biblioth&egrave;que publique, le tout assembl&eacute; dans un espace traversant, ouvert, en acc&egrave;s libre, propice &agrave; toutes les initiatives. Bref, une bo&icirc;te de jeu aux possibilit&eacute;s infinies, &agrave; laquelle on acc&eacute;dait par la descente en pente douce de la piazza, v&eacute;ritable pendant &agrave; l&rsquo;air libre du hall central de Beaubourg pens&eacute; comme une place publique, et&nbsp;dans laquelle on montait aux &eacute;tages via l&rsquo;usage des fameux tapis roulants ext&eacute;rieurs, qui offraient une exp&eacute;rience ascensionnelle in&eacute;dite permettant de d&eacute;couvrir progressivement l&rsquo;ensemble de la ville.\n<\/p>\n<p>\n\tParent&eacute; avec le &laquo;shopping mall&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tLe centre fut tout de suite une attraction, en raison de son esth&eacute;tique mais aussi de son &laquo;genre&raquo; : il constitua l&rsquo;un des premiers hyper-lieux urbains culturels. Jean Baudrillard en&nbsp;eut l&rsquo;intuition et sa comparaison avec l&rsquo;hypermarch&eacute; vise et touche juste. Beaubourg frappa &agrave; l&rsquo;&eacute;poque par l&rsquo;accumulation, la surabondance et la diversit&eacute; de ce qui &eacute;tait offert, sans hi&eacute;rarchie apparente, ce qui choqua grandement les tenants de la culture cultiv&eacute;e &laquo;bourgeoise&raquo;. On y retrouvait le principe m&ecirc;me de l&rsquo;hypermarch&eacute;, qui se met en place en France dans les ann&eacute;es&nbsp;60.\n<\/p>\n<p>\n\tJean Baudrillard vit moins la parent&eacute; formelle de Beaubourg non point avec l&rsquo;usine (image souvent utilis&eacute;e en raison des tuyauteries) mais avec le&nbsp;shopping mall,&nbsp;mod&egrave;le con&ccedil;u et&nbsp;d&eacute;ploy&eacute; aux Etats-Unis &agrave; partir des ann&eacute;es&nbsp;50 qui va devenir embl&eacute;matique de la mondialit&eacute; contemporaine. Un&nbsp;mall&nbsp;est un centre commercial (&agrave; l&rsquo;origine p&eacute;riph&eacute;rique, diff&eacute;rence de taille avec Pompidou) dont &laquo;l&rsquo;inventeur&raquo;, l&rsquo;architecte Victor Gruen, a pos&eacute; les principes stricts qui le r&eacute;gissent : une &laquo;bo&icirc;te&raquo; opaque, aux entr&eacute;es monumentales, qui ne r&eacute;v&egrave;le rien de l&rsquo;ext&eacute;rieur de ce qu&rsquo;on va&nbsp;trouver &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur.\n<\/p>\n<p>\n\tUn hapax singulier et marquant\n<\/p>\n<p>\n\tBeaubourg reprend ces &eacute;l&eacute;ments. Si ces fa&ccedil;ades montrent beaucoup, elles dissimulent aussi &eacute;norm&eacute;ment et elles accentuent, malgr&eacute; leur apparente perm&eacute;abilit&eacute; aux regards, en r&eacute;alit&eacute; tr&egrave;s limit&eacute;e, le fait que ce b&acirc;timent est, comme un&nbsp;mall,&nbsp;introverti. Beaubourg emprunte aussi au&nbsp;mall&nbsp;l&rsquo;importance de la place centrale : &agrave; l&rsquo;instar de ce que pr&eacute;conisait Gruen, le b&acirc;timent est structur&eacute; par cet espace de contact, de rencontres, de convergence de tous, un point de passage oblig&eacute; et&nbsp;de partage de l&rsquo;exp&eacute;rience spatiale de d&eacute;couverte du site. Jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;videment de son c&oelig;ur, avec le traitement des niveaux sup&eacute;rieurs en mezzanine, qui reprend l&agrave; aussi des solutions formelles du&nbsp;mall ;&nbsp;sans m&ecirc;me parler des galeries et bien s&ucirc;r des escalators, qui abondent dans les centres commerciaux et dont la seule originalit&eacute; ici est d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;port&eacute;s en fa&ccedil;ade. Ainsi, Beaubourg s&rsquo;impose &agrave; la fois comme un hapax, singulier et marquant, et comme un objet b&acirc;ti standard &#8211; cette tension entre l&rsquo;originalit&eacute;, li&eacute;e ici &agrave; l&rsquo;utilisation d&eacute;tourn&eacute;e d&rsquo;un mod&egrave;le architectural, et la &laquo;m&ecirc;met&eacute;&raquo; des formes g&eacute;n&eacute;riques partout reconduites constituant une des caract&eacute;ristiques des hyper-lieux.\n<\/p>\n<p>\n\tAutre point mis en exergue par l&rsquo;analogie de&nbsp;Jean Baudrillard : l&rsquo;intensit&eacute; de la fr&eacute;quentation. Sans elle, l&rsquo;hyper-lieu avorte, il n&rsquo;est qu&rsquo;une ruine entretenue. Seules les spatialit&eacute;s de tous ceux qui s&rsquo;y croisent le constituent dans son statut d&rsquo;attracteur urbain. Le centre Pompidou, quelle que soit sa qualit&eacute; intrins&egrave;que, n&rsquo;est rien s&rsquo;il est vide de pratiques ; ce sont les lignes de vie de tous ceux qui s&rsquo;y entrecroisent et y interagissent qui permettent de constituer le &laquo;nouage&raquo; de l&rsquo;hyper-lieu. Celui-ci, bien que circonscrit, clairement d&eacute;limit&eacute;, dot&eacute; d&rsquo;une forte int&eacute;grit&eacute;, est en r&eacute;alit&eacute; un &laquo;ouvert&raquo;, un plexus au sein des rhizomes mobilaires et communicationnels (l&agrave; encore parent&egrave;le avec le centre commercial), un&nbsp;hub&nbsp;hyperconnect&eacute; qui fonctionne &agrave; la fois et en m&ecirc;me temps aux &eacute;chelles locales, nationales, mondiales.\n<\/p>\n<p>\n\tBeaubourg, p&ocirc;le local, a bien contribu&eacute; &agrave; bouleverser la g&eacute;ographie de cette fraction de Paris, en lien avec l&rsquo;affirmation, &agrave; quelques encablures de l&agrave;, des Halles &#8211; autre hyper-lieu majeur. Il s&rsquo;est impos&eacute; comme une r&eacute;f&eacute;rence parisienne en mati&egrave;re d&rsquo;art et m&ecirc;me comme une marque nationale, promue comme telle &agrave; Metz, par exemple, ou partout en France lors de l&rsquo;itin&eacute;rance du Pompidou mobile, et internationale. On notera que, au nom initial Beaubourg qui ancrait le centre dans une g&eacute;ographie historique du cru, s&rsquo;est substitu&eacute; celui de Pompidou, qui contribue certes &agrave; patrimonialiser l&rsquo;&eacute;quipement mais aussi &agrave; le rendre moins li&eacute; &agrave; son seul environnement urbain, &agrave; le d&eacute;tacher de ses ancrages initiaux et le constituer en objet-en-soi dot&eacute; d&rsquo;une g&eacute;ographicit&eacute; ubiquitaire d&rsquo;empan mondial.\n<\/p>\n<p>\n\tDe m&ecirc;me que l&rsquo;hypermarch&eacute; accueille tous&nbsp;les clients sans distinction, Beaubourg avait &eacute;t&eacute; con&ccedil;u comme un espace de libre acc&egrave;s. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;&eacute;volution des institutions h&eacute;berg&eacute;es par Pompidou, qui ont perdu pour la plupart cette position de plain-pied avec le grand public et sont devenues plus&nbsp;marqu&eacute;es par une sorte d&rsquo;&eacute;litisme m&acirc;tin&eacute; de la n&eacute;cessit&eacute; de se placer comme une r&eacute;f&eacute;rence au sein du march&eacute; du tourisme&nbsp;culturel mondialis&eacute;, les contraintes de&nbsp;s&eacute;curit&eacute; croissantes qui ont pouss&eacute; &agrave; supprimer l&rsquo;acc&egrave;s libre et les exigences de&nbsp;rentabilit&eacute; qui ont rendu payantes des entr&eacute;es &agrave; des espaces et des activit&eacute;s jadis gratuits (on ne peut plus monter aux &eacute;tages sans ticket) ont fait perdre au centre cette qualit&eacute; initiale. Seule la Biblioth&egrave;que publique d&rsquo;information (BPI) conserve quelque chose de la vocation d&rsquo;alors et la diversit&eacute; de&nbsp;son public contribue &agrave; maintenir sur place une ambiance de cosmopolitisme m&eacute;gapolitain.\n<\/p>\n<p>\n\tToutefois, les lecteurs se m&eacute;langent trop peu&nbsp;avec la client&egrave;le du centre, comme si coexistaient, ensemble mais s&eacute;par&eacute;s, deux univers ; celui de la BPI, repr&eacute;sentant ce qui reste de cat&eacute;gories populaires dans la&nbsp;global city&nbsp;qu&rsquo;est Paris, celui du mus&eacute;e et des expositions exprimant la dynamique globale de&nbsp;l&rsquo;entertainment&nbsp;culturel mondialis&eacute; fix&eacute; ici dans un de ses lieux parmi de nombreux autres existant au monde.\n<\/p>\n<p>\n\tEnclos autonomes\n<\/p>\n<p>\n\tSi le centre Georges-Pompidou conserve les aspects majeurs d&rsquo;un l&rsquo;hyper-lieu, il est peu &agrave; peu att&eacute;nu&eacute; et amoindri par des contraintes qui tendent &agrave; le banaliser, &agrave; le muer en enveloppe qui h&eacute;berge des enclos autonomes. Un&nbsp;des enjeux des prochaines ann&eacute;es, &agrave; mesure que Paris se couvre de nouveaux hyper-lieux dynamiques, que l&rsquo;attractivit&eacute; des nouvelles Halles se renforce, que la future fondation Pinault va s&rsquo;implanter &agrave; quelques hectom&egrave;tres de l&agrave; et drainer, sans les contraintes des institutions publiques, de nombreux amateurs d&rsquo;art(s), serait sans doute de restaurer non seulement le b&acirc;timent, mais aussi et&nbsp;surtout le statut d&rsquo;hyper-lieu de ce qui fut l&rsquo;embl&egrave;me de la connexion de Paris et de la France &agrave; la mondialisation urbaine. Pour cela, c&rsquo;est sans doute &agrave; redonner &agrave; Beaubourg son r&ocirc;le d&rsquo;espace de traverses et d&rsquo;exp&eacute;riences partag&eacute;es pour tous qu&rsquo;il faudrait &oelig;uvrer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si &agrave; sa naissance, en 1977, le centre Pompidou, espace en libre acc&egrave;s, &eacute;tait l&rsquo;arch&eacute;type de l&rsquo;hyper-lieu culturel, il subit aujourd&rsquo;hui les contraintes du tourisme culturel mondialis&eacute;.Times Square, Ipanema, Istanbul, Tombouctou&nbsp;: loin de s&rsquo;uniformiser, les villes de la mondialisation se d&eacute;marquent les unes des autres pour&nbsp;des raisons politiques, touristiques, culturelles ou historiques. 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