{"id":9026,"date":"2018-03-27T18:36:42","date_gmt":"2018-03-27T18:36:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/?p=9026"},"modified":"2018-03-27T18:36:42","modified_gmt":"2018-03-27T18:36:42","slug":"stephane-audran-la-distance-elegante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/stephane-audran-la-distance-elegante\/","title":{"rendered":"ST\u00c9PHANE AUDRAN, LA DISTANCE \u00c9L\u00c9GANTE"},"content":{"rendered":"<p>\n\tSt&eacute;phane Audran, dont le port haut, la voix distanci&eacute;e et une certaine langueur amus&eacute;e dans le regard conf&eacute;raient &agrave; son jeu une autorit&eacute; unique, est morte ce mardi &agrave;&nbsp;85&nbsp;ans. Elle &eacute;tait blonde et sophistiqu&eacute;e, hitchcockienne. Sous nos latitudes, on dit chabrolienne.\n<\/p>\n<p>\n\tLa com&eacute;dienne, n&eacute;e Colette Suzanne Dacheville &agrave; Versailles (Yvelines) en novembre&nbsp;1932, a d&rsquo;abord fr&eacute;quent&eacute; les planches. Pass&eacute;e par le cours&nbsp;Dullin, elle y rencontre Jean-Louis Trintignant, avec qui elle se marie &agrave;&nbsp;22&nbsp;ans. Elle cachetonne aussi au cin&eacute;ma. Puis plonge dans le grand bain de la Nouvelle&nbsp;Vague, pouss&eacute;e par G&eacute;rard Blain. Le com&eacute;dien, avec qui elle joue&nbsp;Jules&nbsp;C&eacute;sar&nbsp;en&nbsp;1958 &agrave; N&icirc;mes, lui conseille d&rsquo;aller voir Claude Chabrol, dans un bar de la rue Washington, &agrave; Paris, o&ugrave; ce dernier joue au flipper.&nbsp;&laquo;Chabrol &eacute;tait l&agrave;, en effet,&nbsp;raconte-t-elle aux&nbsp;Cahiers du&nbsp;cin&eacute;ma&nbsp;en&nbsp;1997,&nbsp;et sans cesser de jouer il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il avait quelque chose pour moi dans son film. Je n&rsquo;y croyais pas tellement, je suis partie en vacances.&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tElle revient n&eacute;anmoins &agrave; temps, est engag&eacute;e dans&nbsp;les&nbsp;Cousins&nbsp;pour une unique r&eacute;plique, et entame avec le cin&eacute;aste une collaboration qui s&rsquo;&eacute;tire sur&nbsp;23&nbsp;films et quatre d&eacute;cennies. Ils se marient en&nbsp;1964. C&rsquo;est leur fils, le com&eacute;dien Thomas Chabrol, qui a annonc&eacute; mardi la mort de sa m&egrave;re\u200a:&nbsp;&laquo;Elle &eacute;tait souffrante depuis quelque temps. Elle a &eacute;t&eacute; hospitalis&eacute;e une dizaine de jours et &eacute;tait revenue chez elle. Elle est partie paisiblement cette nuit vers 2\u200aheures du matin.&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;&eacute;poque des&nbsp;Cousins,&nbsp;elle n&rsquo;&eacute;tait&nbsp;&laquo;pas du tout &agrave; l&rsquo;aise\u200a: je ne savais pas bouger, j&rsquo;avais peur de parler faux et, d&rsquo;ailleurs, je parlais faux&raquo;,explique-t-elle en interview lorsqu&rsquo;elle se rem&eacute;more la premi&egrave;re partie de sa carri&egrave;re. Elle est hyst&eacute;rique dans&nbsp;les&nbsp;Bonnes Femmes&nbsp;(1960), o&ugrave; avec Bernadette Lafont elle impose une image de femme libre et insaisissable. Elle se d&eacute;tend &agrave; partir de&nbsp;Landru&nbsp;(1963), o&ugrave; elle meurt en chanson. Et se sent parfaitement confortable devant la cam&eacute;ra avec&nbsp;les&nbsp;Biches&nbsp;(1968, ours d&rsquo;argent de la meilleure actrice), nouvelle incursion de Chabrol, chauff&eacute; &agrave; blanc par le sc&eacute;nariste Paul G&eacute;gauff, dans la psych&eacute; m&eacute;andreuse de personnages pervers.\n<\/p>\n<p>\n\tHallucinante\n<\/p>\n<p>\n\tDurant cette exploration familiale du territoire policier-bourgeois-provincial-de m&oelig;urs d&rsquo;o&ugrave; les hommes sortent &agrave; tous coups perdants, la figure de St&eacute;phane Audran, proche de la tauli&egrave;re, se confond souvent avec celle, ind&eacute;codable, du sphinx. Elle provoque le malheur dans&nbsp;les&nbsp;Noces rouges&nbsp;(1973), elle en est la victime dans&nbsp;la&nbsp;Rupture&nbsp;(1970), elle l&rsquo;inspire dans&nbsp;le&nbsp;Boucher&nbsp;(1970), elle l&rsquo;&eacute;prouve dans&nbsp;Violette Nozi&egrave;re&nbsp;(1978, c&eacute;sar du meilleur second r&ocirc;le). Elle seule semble conna&icirc;tre les r&eacute;ponses aux questions pos&eacute;es par ces intrigues &eacute;touffantes qu&rsquo;elle traverse, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me son sourire myst&eacute;rieux est-il cette r&eacute;ponse, et son jeu fait de ruptures, souvent perturb&eacute; par des rires dont on ne sait jamais vraiment s&rsquo;ils sont ironiques ou sinc&egrave;res, empathiques ou m&eacute;prisants, donne &agrave; ses interpr&eacute;tations une aura d&rsquo;un magn&eacute;tisme dangereux.&nbsp;La&nbsp;Femme infid&egrave;le&nbsp;(1969) resterait bancal et cousu de fil blanc sans la distance hallucinante qu&rsquo;elle parvient &agrave; donner &agrave; son personnage d&rsquo;&eacute;pouse tacitement insatisfaite et qui transforme ce drame banal de la jalousie en une trag&eacute;die racinienne quasi surr&eacute;aliste.\n<\/p>\n<p>\n\tLa s&eacute;paration d&rsquo;avec Chabrol ouvre ensuite &agrave; St&eacute;phane Audran le champ de nouveaux territoires cin&eacute;matographiques. Il y eut bien s&ucirc;r dans les ann&eacute;es&nbsp;70 Sautet&nbsp;(Vincent, Fran&ccedil;ois, Paul et les&nbsp;autres)&nbsp;ou Bu&ntilde;uel&nbsp;(le&nbsp;Charme discret de la bourgeoisie),&nbsp;mais son implication dans les productions chabroliennes constituait alors le plus gros de son activit&eacute;. D&egrave;s le d&eacute;but des ann&eacute;es&nbsp;80, tout change. Celle qui a jou&eacute; trois fois avec Samuel Fuller (dont un t&eacute;l&eacute;film) se retrouve chez Molinaro&nbsp;(la&nbsp;Cage aux folles&nbsp;2),&nbsp;Tavernier&nbsp;(Coup de&nbsp;torchon),&nbsp;Alain Jessua&nbsp;(Paradis pour tous)&hellip;&nbsp;Elle butine de drame en com&eacute;die et va jusqu&rsquo;&agrave; se transformer dans&nbsp;Mortelle Randonn&eacute;e&nbsp;o&ugrave;, enlaidie &agrave; l&rsquo;exc&egrave;s, elle campe pour Claude Miller un troisi&egrave;me r&ocirc;le de Germaine aux dents pourries et costume gris.\n<\/p>\n<p>\n\tCelle qui avait fait ce m&eacute;tier pour&nbsp;&laquo;&ecirc;tre en r&eacute;cr&eacute;ation tout le temps&raquo;retrouve son ex et camarade de jeu favori, Chabrol, dans&nbsp;Poulet au&nbsp;vinaigre&nbsp;(1985) o&ugrave; elle interpr&egrave;te une handicap&eacute;e aigrie. Et, alors d&eacute;gag&eacute;e de toute sph&egrave;re maritale, en artiste ind&eacute;pendante, elle tombe en&nbsp;1987 sur le r&ocirc;le de sa carri&egrave;re\u200a: celui de Babette, dont&nbsp;le Festin&hellip;&nbsp;r&eacute;alis&eacute; par Gabriel Axel d&rsquo;apr&egrave;s une nouvelle de l&rsquo;auteure danoise Karen Blixen fait le tour du monde et rafle nombre de r&eacute;compenses, dont l&rsquo;oscar du meilleur film &eacute;tranger &ndash;\u200aconsacrant ainsi St&eacute;phane Audran aux Etats-Unis, pays o&ugrave; les films de Chabrol n&rsquo;ont jamais vraiment march&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Energie&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tDurant les ann&eacute;es&nbsp;90 et&nbsp;2000, St&eacute;phane Audran ralentit la cadence. Celle qui a particip&eacute; en&nbsp;1973 au manifeste des&nbsp;343&nbsp;Salopes pour la l&eacute;galisation de l&rsquo;avortement &eacute;crit un livre,&nbsp;Une autre fa&ccedil;on de vivre&nbsp;(le Cherche-Midi,&nbsp;2009), o&ugrave; elle adoucit certaines de ses positions\u200a:&nbsp;&laquo;Je crois en la religion catholique et aux prescriptions du Christ&raquo;,&nbsp;tout en vantant les vertus de la m&eacute;decine traditionnelle chinoise et&nbsp;&laquo;son &eacute;nergie vitale susceptible de nous r&eacute;g&eacute;n&eacute;rer&raquo;.&nbsp;De sant&eacute; fragile, elle avait eu le&nbsp;coup de foudre pour ces rem&egrave;des en&nbsp;1994, apr&egrave;s un&nbsp;colloque sur les civilisations traditionnelles. Elle se&nbsp;soucie aussi de la pr&eacute;servation de l&rsquo;environnement.&nbsp;&laquo;Lorsque je parlais de &ccedil;a il y a vingt&nbsp;ans, je passais pour une folle. Aujourd&rsquo;hui, tout le&nbsp;monde a conscience des d&eacute;sastres &eacute;cologiques qui nous guettent, sauf qu&rsquo;il faut moins compter sur le&nbsp;G8&nbsp;que sur nous-m&ecirc;mes&raquo;,&nbsp;expliquait-elle. Aux questions sur un&nbsp;&eacute;ventuel retour au &shy;cin&eacute;ma, St&eacute;phane Audran r&eacute;pondait alors\u200a:&nbsp;&laquo;Si vous lisiez les sc&eacute;narios qu&rsquo;on m&rsquo;adresse, vous comprendriez mes r&eacute;ticences.&raquo;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>St&eacute;phane Audran, dont le port haut, la voix distanci&eacute;e et une certaine langueur amus&eacute;e dans le regard conf&eacute;raient &agrave; son jeu une autorit&eacute; unique, est morte ce mardi &agrave;&nbsp;85&nbsp;ans. Elle &eacute;tait blonde et sophistiqu&eacute;e, hitchcockienne. Sous nos latitudes, on dit chabrolienne. La com&eacute;dienne, n&eacute;e Colette Suzanne Dacheville &agrave; Versailles (Yvelines) en novembre&nbsp;1932, a d&rsquo;abord fr&eacute;quent&eacute; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":9027,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"_wpas_customize_per_network":false},"categories":[68],"tags":[2230],"class_list":["post-9026","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu-culturelle","tag-stephane-audran"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/ST%C3%89PHANE-AUDRAN.jpg?fit=975%2C1200&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9026","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9026"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9026\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9028,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9026\/revisions\/9028"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9027"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9026"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9026"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iceagetv.com\/radiosite\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9026"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}