Catastrophique pour tout le monde »: le foin est tellement rare et cher que les éleveurs envoient davantage de bovins à l’abattoir, parfois trop maigres
Écrit par Jonathan PIRIOU sur septembre 28, 2026
La sécheresse accélère la crise de l’élevage français. Faute de fourrage, les éleveurs envoient davantage de bovins à l’abattoir, au risque de saturer un marché où la consommation de bœuf recule déjà. Une situation « catastrophique », alerte la fédération Culture Viande, qui redoute à plus long terme une nouvelle baisse de la production française.
La fédération des abattoirs et entreprises de découpe, préparation et commerce en gros de viande (bovine, ovine, porcine…) a alerté ce lundi 28 septembre sur les conséquences de la baisse du cheptel français, une situation rendue plus « catastrophique » par la sécheresse. »Les Français continuent de manger de la viande. Notre responsabilité est de faire en sorte qu’elle reste produite en France », a déclaré Yves Fantou, président de Culture Viande lors d’une conférence de presse.
Les éleveurs envoient plus d’animaux à l’abattoir que d’habitude « car c’est compliqué aujourd’hui de les élever », faute de fourrage suffisant, les prairies n’ayant pas poussé à cause de la sécheresse, a-t-il ajouté, interrogé par l’AFP et FranceInfo.
Concrètement, la sécheresse oblige certains éleveurs à réduire la taille de leur troupeau. Faute d’herbe dans les prairies, ils ont dû commencer dès cet été à puiser dans les stocks de fourrage normalement réservés à l’hiver. Or ces réserves seront difficiles et coûteuses à reconstituer: fin juillet, la pousse cumulée des prairies était inférieure de 30% à la normale et le prix du foin a pu dépasser 200 euros la tonne.
Plutôt que d’acheter à prix fort de quoi nourrir toutes leurs bêtes pendant l’hiver, certains éleveurs peuvent donc choisir d’en vendre davantage et plus tôt pour l’abattage. Une « décapitalisation » qui soulage immédiatement leurs besoins en nourriture, mais réduit durablement le cheptel français. »Catastrophique pour tout le monde »
La situation devrait se poursuivre dans les mois à venir avec « l’arrivée de bêtes maigres » dans les abattoirs, les capacités françaises d’engraissement étant déjà limitées. Cette crise intervient dans un contexte de baisse régulière des cheptels, liée au non-renouvellement des éleveurs.
« C’est catastrophique pour tout le monde », selon Yves Fantou, car « le marché n’est pas forcément prêt » à absorber des volumes de viande bovine plus importants, la consommation étant en berne.
En effet, si la consommation globale de viande a augmenté de 1,3% en France en 2025, elle est portée par le poulet et le porc, tandis que les viandes bovine (-3%) et ovine chutent. Pour le bœuf, la baisse serait même accrue depuis le début de l’année, selon Culture Viande.
Une raison de la baisse de consommation de viande bovine est la hausse des prix, qui s’est traduite en 2025 par une hausse de la rémunération des éleveurs.Cet été, de nombreux éleveurs ont manifesté devant des abattoirs du groupe Bigard, qui fait partie de Culture Viande, pour dénoncer la baisse des prix payés aux éleveurs depuis le début de l’année.
« On est en discussion avec la production pour continuer de produire en France », a répondu Yves Fantou, interrogé par l’AFP au sujet de l’ultimatum lancé par plusieurs fédérations d’éleveurs pour avoir des revalorisations à la rentrée.
Radio Ice Age France