Ce que l’on sait de la frappe de drone russe contre un train en Ukraine près de la frontière avec la Pologne
Écrit par Jonathan PIRIOU sur septembre 14, 2026
Selon la compagnie ferroviaire ukrainienne, « il est très probable » que l’attaque russe ait visé un autre train qui transportait « des conseillers à la sécurité et des anciens dirigeants européens dont l’ex-Premier ministre Boris Johnson ».Une attaque de drone qui soulève des questions. L’Ukraine et la Pologne ont dénoncé, dimanche 13 septembre, des frappes russes qui ont notamment endommagé un train à destination de Varsovie, tout près de la frontière avec la Pologne, où un autre convoi transportant des personnalités européennes venait de passer. Voici ce que l’on sait de ces attaques, une semaine seulement après la visite d’émissaires américains à Moscou et à Kiev destinée à relancer les négociations pour mettre fin au conflit.
Un train touché près de la frontière polonaise, aucune victime
Un drone russe a frappé, dimanche, la locomotive d’un train de voyageurs reliant Kiev à Varsovie, à deux kilomètres de la frontière avec la Pologne, pays membre de l’Otan, sans faire de victimes, selon les autorités des deux pays. La compagnie ferroviaire polonaise PKP Intercity a précisé que le train frappé transportait 206 passagers.Selon la compagnie ferroviaire ukrainienne Ukrzaliznytsia, la locomotive touchée se trouvait à la gare frontalière de Iagodyne et appartenait à un train qui avait pu être évacué 15 minutes avant.
Varsovie a fait savoir qu’un autre drone avait frappé une station-service à proximité d’un poste-frontière, toujours côté ukrainien. Des frappes russes ont également endommagé des infrastructures ferroviaires dans la région de Vinnytsia, dans le centre-ouest du pays, et fait au moins deux morts à Kramatorsk, dans l’Est, selon les autorités ukrainiennes.
Des personnalités politiques comme cibles « très probables »
Selon l’opérateur ukrainien Ukrzaliznytsia, « il est très probable » que la frappe russe ayant touché la locomotive ait visé un autre train qui transportait « des conseillers à la sécurité et d’anciens dirigeants européens dont l’ex-Premier ministre [britannique] Boris Johnson » et qui venait de passer par Iagodyne. L’ex-Premier ministre suédois Carl Bildt était aussi à bord, comme il l’a signalé sur X(Nouvelle fenêtre).
Ce train avait « quitté la gare plus tôt que prévu en raison des ajustements en temps réel des horaires face à la menace constante de frappes russes », a souligné la compagnie ferroviaire. L’entreprise a précisé que l’ex-directeur de la CIA David Petraeus se trouvait par ailleurs à Iagodyne dans un autre train au moment de la frappe. Ces personnalités avaient participé au forum annuel Yalta European Strategy, à Kiev, avec de nombreux autres représentants étrangers.
Les infrastructures ferroviaires ukrainiennes régulièrement touchées
La compagnie ferroviaire ukrainienne a dénoncé une « attaque systémique » visant ses infrastructures. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a aussi évoqué sur X(Nouvelle fenêtre) une attaque « délibérée ». « C’est exactement le type d’attaque aléatoire et insensée que les Ukrainiens subissent chaque jour », a pour sa part réagi sur le réseau social(Nouvelle fenêtre) Boris Johnson, au pouvoir au Royaume-Uni lors du lancement de l’invasion russe de février 2022. « Quand allons-nous leur donner les défenses aériennes dont ils ont besoin ? » L’Ukraine réclame à ses alliés occidentaux de lui fournir plus d’intercepteurs pour faire face aux bombardements russes qui continuent de s’intensifier.Viser les infrastructures ferroviaires est loin d’être une nouveauté pour Moscou. En mai, le gouvernement ukrainien recensait plus de 1 500 attaques en 2025 et 2026, qui avaient endommagé plus de 17 000 installations, tué 40 cheminots et blessé plus de 250 autres, relate l’agence d’Etat ukrainienne Ukrinform(Nouvelle fenêtre). Mais le rythme des attaques s’est accru : la Russie a lancé deux fois plus de frappes contre l’infrastructure ferroviaire nationale en septembre qu’en août, rapporte le média ukrainien Kyiv Independent(Nouvelle fenêtre), citant les rapports d’Ukrzaliznytsia. L’armée russe ne frappe plus seulement des voies, mais vise désormais les trains de passagers et de marchandises « en mouvement », a par ailleurs souligné Oleksandr Pertsovskyi, le président du conseil d’administration d’Ukrzaliznytsia, lors d’une conférence de presse fin mars, rappelle Kyiv Independent(Nouvelle fenêtre).
Comment expliquer cette intensification ? Le ministère de la Défense russe a déclaré dimanche avoir touché des « infrastructures ferroviaires » utilisées pour « transporter des cargaisons militaires » depuis des pays européens. Mais le réseau ferroviaire ukrainien, le troisième plus important d’Europe, est encore plus stratégique. Auprès du quotidien britannique The Guardian(Nouvelle fenêtre), Serhii Leshchenko, membre du conseil de surveillance d’Ukrzaliznytsia, décrit la compagnie ferroviaire comme « l’épine dorsale de l’économie ukrainienne », en tant que principal fournisseur logistique de l’armée et de l’industrie du pays, qui transporte chaque semaine 600 000 personnes.Une « nouvelle escalade » dans la guerre menée par la Russie
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui a présidé une réunion d’urgence, a mis en garde dimanche contre une prochaine intensification des attaques russes en Ukraine. Une « escalade » qui pourrait, selon lui, toucher le territoire de la Pologne. « La terreur russe ne fait pas que frapper à la porte, elle est à l’intérieur de la maison », a aussi déclaré le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, en visite à Kiev. Ces frappes à proximité de la frontière polonaise ne sont qu’une « nouvelle escalade dans l’éventail des activités russes », a-t-il estimé, citant entre autres la découverte d’un drone explosif à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, un incident que Berlin a imputé à la Russie début septembre.
Ce n’est pas la première fois que la guerre menée par la Russie en Ukraine touche la Pologne. Le 10 septembre 2025, l’espace aérien polonais avait été violé « par un nombre important de drones russes », avait rapporté à l’époque Donald Tusk. Plus largement, le pays connaît depuis 2024 une « montée sans précédent » des attaques hybrides contre sa sécurité de la part de la Russie, alertait en mai l’Agence de la sécurité intérieure du pays dans un rapport(Nouvelle fenêtre).
« La terreur de Poutine frappe littéralement à la porte de l’Union européenne et de l’Otan », a aussi affirmé le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Andriï Sybiga, demandant « des sanctions sévères, un soutien militaire accru à l’Ukraine et une pression maximale sur la Russie ». Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a, lui, dénoncé lundi « une attaque inacceptable et qui est intolérable, qui démontre la fébrilité de Vladimir Poutine ». Les attaques ont pour but de « désunir » les alliés européens de Kiev et de les « intimider », a-t-il affirmé en marge d’un sommet sur l’Arctique en Finlande. « C’est clairement destiné à faire peur aux pays occidentaux afin qu’ils cessent de soutenir l’Ukraine, qu’ils renoncent à s’y rendre pour manifester leur soutien », a ajouté la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas.
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