Il n’a pas eu le courage de venir nous voir » : les habitants du Porge déçus par la visite du Premier ministre
Écrit par Jonathan PIRIOU sur août 17, 2026
Sébastien Lecornu est arrivé ce lundi matin en Gironde, pour lancer la reconstruction, plus de trois semaines après l’incendie de Saumos. Il a fait un premier arrêt au Porge, la commune la plus sinistrée par ce mégafeu, où 183 maisons ont brûlé.
Le Premier ministre est en déplacement ce lundi matin au Porge, commune la plus sinistrée par le mégafeu de Gironde qui a parcouru 42.000 hectares. À son arrivée,quelques huées se sont fait entendre. Sébastien Lecornu a rencontré quelques habitants puis les pompiers à la caserne de la commune pour écouter « leurs témoignages et leurs attentes », selon l’entourage du Premier ministre. Après une journée de grève ce jeudi pour demander davantage de moyens et de reconnaissance, les représentants syndicaux nationaux des pompiers ont appelé à une journée de mobilisation fin septembre.Un peu plus loin, le collectif des sinistrés était aussi présent. Quelque 200 personnes vêtues de noir, rassemblées devant la mairie de cette commune où 183 maisons ont brûlé, étaient présentes à l’arrivée du Premier ministre. Ces habitants accusent les autorités d’avoir sacrifié leur commune au profit de la protection des communes de la presqu’île du Cap Ferret. Le 1ᵉʳ août, le Premier ministre avait affirmé que la douleur des sinistrés était « instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux ».
« C’est une honte »
Pour de nombreux habitants du Porge, la visite du Premier ministre laisse un goût amer. « C’est une honte de voir ça, un Premier ministre, ne pas assumer ses responsabilités quand il le faut », explique Christophe. « Il n’a pas eu le courage de venir nous voir », lâche Patrick, un autre sinistré. « On allait pas le manger ! »
Elise, comme d’autres sinistrés présents ce matin, attendait un mot de soutien du Premier ministre. « On avait envie qu’il nous fasse un petit coucou en passant. On attendait un petit geste, mais on n’a rien eu », témoigne-t-elle au micro d’ICI Gironde.
Au lieu de ça, pendant deux heures, c’est une rangée de gendarmes qui a fait face aux 200 sinistrés rassemblés.
Rencontre en catimini
Seuls quatre sinistrés ont pu rencontrer Sébastien Lecornu, en catimini. Ce n’est pas ça qui va apaiser la colère de Christophe et Elise. « Nous, on va rester avec nos habitations qui sont totalement sinistrées. On a plus de forêts, plus de maisons. On attend une grosse enveloppe, on l’espère qu’on l’aura. »
Sébastien Leconru s’était déjà rendu au Porge dimanche après-midi pour faire « le tour de la commune » avec le maire, un déplacement qui n’avait pas été annoncé et sans caméra.
Selon l’entourage de Sébastien Lecornu, des « habitants sinistrés et le maire du Porge ont pu échanger ce matin avec le Premier ministre ». Il a aussi rencontré des commerçants et des sylviculteurs, durement touchés par l’incendie. Le Premier ministre leur a assuré que « l’État ne cacherait rien » et que « la transparence sera faite » sur le déroulé de la crise « minute par minute ».Lister les urgences à traiter
Le Premier ministre a ensuite fait route à Mérignac, près de Bordeaux, pour une table ronde avec les « élus locaux et les acteurs de la reconstruction ». Sébastien Lecornu et les 6 membres de son gouvernement seront au Technowest, l’incubateur de jeunes entreprises, à une trentaine de kilomètres de la forêt de pins calcinés, où les élus locaux et les représentants économiques du département, ainsi que la CCI et la Chambre des métiers, vont plancher sur l’après-incendie et lister les urgences à traiter : gestion de la forêt, obligations de débroussaillement, financement du SDIS, relance de l’activité touristique…
Dans une première prise de parole, Sébastien Lecornu a reconnu que l’État avait un rôle à jouer dans la reconstruction des communes sinistrées. Il a aussi pointé du doigt le rôle majeur des assureurs dans les semaines et mois à venir. Il a aussi appelé à « cesser de se renvoyer la balle », entre les différents services de l’Etat, les entreprises, les collectivités et les assureurs.
Les maires, qui ont pour certains repoussé leurs quelques jours de vacances, réclament un plan Marshall : pas des pistes de travail mais des mesures concrètes, dès ce lundi.
Radio Ice Age France