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Pêche, monnaie, sécurité… En Islande, la population divisée sur l’adhésion à l’Union européenne

Écrit par sur août 29, 2026

Considérée comme un quasi-État membre, l’Islande se prononce samedi sur la reprise des négociations en vue d’une adhésion à l’Union européenne (UE). La poursuite de ce processus, motivé en partie par les menaces de Donald Trump contre le Groenland, divise les 400 000 habitants de l’île, attachés à leur identité et à un secteur de la pêche crucial pour l’économie locale.Donald Trump va-t-il pousser l’Islande dans les bras de Bruxelles ? À seulement 300 kilomètres des côtes du Groenland, l’île volcanique située au carrefour stratégique de l’Arctique et de l’Atlantique Nord pourrait reprendre le chemin de l’intégration européenne, samedi 29 août, avec la tenue d’un référendum sur la reprise des négociations avec l’UE, abandonnées en 2013.

L’île avait présenté une candidature dès 2009, après la crise financière qui avait terrassé son économie. Les négociations, ouvertes l’année suivante, avaient finalement été gelées trois ans plus tard avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique. En 2015, l’Islande a indiqué qu’elle ne devait plus être considérée comme candidate.

Trouble à Reykjavik

Mais le contexte mondial a depuis bien changé : invasion russe de l’Ukraine, guerre au Moyen-Orient et un président américain toujours plus imprévisible ont rebattu les cartes du débat et conduit la coalition de centre gauche pro-européenne, au pouvoir depuis décembre 2024, à accélérer le calendrier pour la tenue de cette consultation.

« L’Islande est un pays fondateur de l’Otan, mais qui n’a pas d’armée et se retrouve donc complètement sous le parapluie américain depuis 1949. Ils ont des gardes-côtes, mais pas de militaires pour faire de la surveillance aérienne et notamment protéger les infrastructures critiques comme les câbles sous-marins. Alors que la protection américaine semble de moins en moins garantie, la question se pose de savoir si faire partie de l’Otan suffit aux Islandais ou s’il vaut mieux adhérer à l’Union européenne« , pose Sébastien Maillard, conseiller spécial de l’Institut Jacques Delors.

Avec ses menaces incessantes contre le Groenland, Donald Trump a en effet semé le trouble jusqu’à Reykjavik. Des inquiétudes renouvelées en janvier dernier lors d’un discours prononcé au forum économique de Davos. Le milliardaire avait alors confondu à plusieurs reprises l’Islande et le territoire semi-autonome du royaume du Danemark. Quelques jours plus tôt, Billy Long, le nouvel ambassadeur américain dans le pays, avait fait scandale en affirmant que l’Islande pourrait devenir le « 52ᵉ État américain ».

Selon le camp pro-européen, l’adhésion pleine et entière permettrait aussi à l’Islande de se prémunir des secousses d’une énième bataille douanière lancée par le locataire de la Maison Blanche.

Rivalités arctiques

Alors que l’Arctique est amenée à devenir un terrain de rivalités entre grandes puissances, l’Islande occupe une situation géostratégique de premier plan : l’île appartient au GIUK – une ligne imaginaire reliant le Groenland au Royaume-Uniune zone de transit pour les sous-marins russes souhaitant rejoindre l’Atlantique Nord. Pour surveiller ce secteur clé, des avions de l’Otan se relaient sur la base aérienne de Keflavik, située dans le sud-ouest de l’île. »Ce qui a déclenché tout le débat sur la reprise éventuelle des négociations par l’Islande a été l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Avant cela, les discussions sur l’ouverture de négociations étaient très limitées et seuls 20 % à 30 % de la population y était favorables », note Pawel Bartoszek, député islandais pro-européen et président de la commission des affaires étrangères. « Cependant, les questions géopolitiques n’ont pas été beaucoup abordées pendant cette campagne autour de la réouverture des négociations avec l’UE. On a surtout parlé d’économie, de la baisse des taux d’intérêt pour les ménages ou encore du prix des denrées alimentaires. »C’est l’autre argument massue des partisans du « oui » : troquer la couronne islandaise pour la monnaie unique européenne fera gagner du pouvoir d’achat aux consommateurs, alors que l’île fait partie des nations où le coût de la vie est le plus cher au monde, aux côtés de la Suisse. Les salaires élevés ne suffisent plus à compenser et les Islandais doivent composer avec une devise volatile, une inflation élevée, ainsi que des taux d’intérêt à 8 %, soit cinq points de plus que la moyenne observée chez les Vingt-Sept.

« C’est l’un des paradoxes de ce pays très riche. Le pouvoir d’achat varie d’un mois à l’autre en raison de la volatilité de la couronne et de la hausse rapide des prix, liée à sa forte dépendance aux importations. L’adhésion à l’UE pourrait permettre de stabiliser la monnaie, de réduire l’inflation et de faire baisser les taux d’intérêt, notamment pour les jeunes qui sollicitent des prêts bancaires pour acheter un logement », détaille Sébastien Maillard.

« L’Islande ne fait pas partie de l’union douanière européenne. Des règles encadrent notamment le volume des importations pour la viande crue, par exemple, et d’autres produits agricoles. Adhérer à l’UE aura un impact positif pour les consommateurs. Il y aura plus de concurrence et donc des prix plus bas », plaide Pawel Bartoszek.

Discussions serrées sur la pêche

Pourtant, les sondages montrent que la population est quasi équitablement partagée sur la question d’une reprise des négociations avec l’UE. Au cœur des préoccupations : le secteur de la pêche, partie intégrante de l’identité nationale et industrie cruciale pour l’économie de l’île, où les produits de la mer représentent 40 % des exportations.

« Les eaux islandaises sont très poissonneuses et les pêcheurs locaux n’ont aucun intérêt à devoir partager le gâteau avec des concurrents. Les Islandais pourraient donc avoir du mal à accepter d’être complètement intégrés au sein de la politique commune de la pêche. Mais s’ils bénéficient de trop de dérogations, les autres pays de l’Union européenne pourraient trouver ça déloyal par rapport à leurs propres pêcheurs », décrypte Sébastien Maillard.

En cas de victoire du « oui », les discussions s’annoncent donc serrées sur ce chapitre, alors que la coalition au pouvoir pose déjà ses conditions. 

« Nous estimons que la répartition des quotas de pêche à l’échelle nationale devrait relever de la compétence du gouvernement islandais, tant en ce qui concerne le volume total des stocks pouvant être pêchés que la question de savoir qui doit les pêcher », fait valoir Pawel Bartoszek. « Nous avons aussi certaines dispositions et exceptions en matière d’investissements étrangers dans les entreprises du secteur. Celles-ci devraient, selon nous, être maintenues. »

Pour le député islandais, la Commission européenne a déjà envoyé des « signaux très positifs » à Reykjavik sur ce dossier sensible. Pour le reste, les négociations devraient être menées rapidement. Membre de l’Espace économique européen (EEE) depuis 1994, membre de l’espace Schengen depuis 2001, l’Islande, réputée pour la solidité de sa démocratie, est déjà en phase avec la quasi-totalité des standards européens.


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