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Poules, lapins et chocolats : trois questions pas si cloches sur la chasse aux œufs de Pâques

Écrit par sur avril 5, 2026

Ding, dang, dong, mais tiens donc : d’où vient cette tradition ? Et que viennent faire des cloches et des animaux en chocolat dans nos jardins ?

Soudain, les pieds dans l’herbe, un panier dans une main, un chocolat dans l’autre, vous vous figez. « Mais à quoi rime vraiment cette chasse aux œufs ? » Le jour de Pâques, dimanche 5 avril, la question risque de résonner dans l’esprit des chasseurs les plus curieux (ou des moins gourmands, peut-être moins absorbés par leur quête cacaotée).Au terme d’une période de carême d’une quarantaine de jours, les chrétiens fêtent la résurrection du Christ, principal temps fort de leur année spirituelle. Bien d’autres, eux, voient en Pâques un simple moment ludique et convivial, marqué par l’incontournable chasse aux œufs. Popularisée après la Seconde Guerre mondiale sous l’effet de l’industrie du chocolat et des emballages, cette pratique a des racines plus anciennes.

Avec l’aide de l’historienne Nadine Cretin, spécialiste des fêtes et des traditions profanes et sacrées, franceinfo vous raconte pourquoi vous vous retrouvez ainsi en quête de poules, cloches et autres lapins dans votre jardin ou votre salon. Entre histoire et légendes, marchons sur des œufs…

1 Depuis quand s’offre-t-on des œufs à Pâques ?

Avant d’être associée à Pâques, cette tradition était une manière, dans les temps anciens, de célébrer l’arrivée du printemps. Quoi de mieux qu’un œuf, porteur de vie, pour incarner cette saison de l’éclosion de la nature ? « Les Egyptiens et les Perses avaient pour habitude de teindre des œufs et de les offrir pour symboliser le renouveau de la vie », rapporte l’Eglise catholique en France(Nouvelle fenêtre).

Symbole du réveil de la nature, l’œuf devient ensuite celui de la résurrection de Jésus. « A partir du XIIe siècle, on voit apparaître dans certaines paroisses des bénédictions d’œufs pour Pâques », raconte l’historienne Nadine Cretin. La pratique se perpétue au cours du Moyen Âge, époque à laquelle la consommation d’œufs est encadrée durant le carême, voire proscrite, d’où des stocks qui s’accumulent. Au terme des quarante jours, on les écoule dans diverses recettes en cuisine (le fameux pâté de Pâques berrichon aux œufs durs), mais aussi dans des jeux de plein air (roulée(Nouvelle fenêtre), toquette, course aux œufs) et des offrandes.

« On allait à l’église, le Vendredi-Saint et le jour de Pâques, offrir et faire bénir des œufs », ensuite « rapportés dans les familles », lit-on dans un ouvrage historique de 1782, consultable sur Gallica(Nouvelle fenêtre).

« Les parents, les voisins, les amis s’en envoyaient mutuellement et de là vint l’expression proverbiale ‘Donner les œufs de Pâques’. »Pierre Jean-Baptiste Legrand d’Aussy, médiéviste français

dans son « Histoire de la vie privée des Français » en 1782

La tradition s’invite jusqu’à la cour du roi, où des rituels sont attestés entre les XVIe et XVIIIe siècles. « Louis XIV a magnifié cette pratique populaire en faisant bénir des œufs dorés qu’il offrait à ses proches, rapporte Nadine Cretin. On dit aussi qu’on lui remettait le plus gros œuf pondu dans le royaume durant la Semaine Sainte. »

En 1891, l’hebdomadaire La Joie de la maison décrit déjà une fête de Pâques devenue « un prétexte à cadeaux » : « On donne maintenant aux enfants et même aux grandes personnes des œufs de Pâques [en carton] remplis de bonbons, ou de bijoux », y lit-on, sur le site Gallica(Nouvelle fenêtre). De simples œufs de poules sont aussi offerts pour être teints et décorés, une pratique héritée notamment du XVIIIe siècle, « qui produisait des œufs de Pâques illustrés comme on n’en fait point de nos jours ».

2 Mais d’où sortent les cloches de Pâques ?

Dans les églises, à l’approche de Pâques, « les cloches sont condamnées au silence pendant trois jours en signe de deuil », rappelle la Conférence des évêques de France(Nouvelle fenêtre). Elles se taisent le jeudi soir, lors de la messe de la Cène, qui ouvre un temps de commémoration de l’arrestation et de la crucifixion de Jésus, puis sonnent de nouveau le samedi soir, lors de la vigile pascale, pour célébrer sa résurrection.

« Quand les cloches se taisaient, on disait aux enfants qu’elles partaient à Rome pour y être bénies par le pape et qu’à leur retour elles déposaient des œufs de Pâques dans les jardins avant de rejoindre leur clocher », raconte l’historienne Nadine Cretin. Cette légende, popularisée au Moyen Âge en France, « n’a jamais été combattue par l’Eglise », précise-t-elle.

Les cloches étant réduites au silence, on les remplaçait par des instruments de bois dans certaines régions françaises. Des cortèges d’enfants de chœur agitaient crécelles et batelets dans les rues pour annoncer les messes jusqu’à Pâques. Aujourd’hui, la tradition demeure dans certains villages alsaciens, comme en témoignent France 3 Grand Est(Nouvelle fenêtre) et Les Dernières Nouvelles d’Alsace(Nouvelle fenêtre). Dans les années 1970, en Picardie, ce défilé bruyant était encore l’occasion de se faire offrir quelques œufs, comme le rappelle cette archive(Nouvelle fenêtre) de l’Institut national de l’audiovisuel.Ces tournées du Samedi Saint, appelées ‘roulées’ ou ‘pâquerets’ selon les régions, étaient des quêtes d’Halloween avant l’heure », sourit Nadine Cretin. En récompense du mal qu’ils s’étaient donné à annoncer les offices, les enfants toquaient aux portes, en chanson, dans l’espoir d’un œuf ou d’une pièce. « Les jeunes étant dépositaires de l’avenir, ne pas leur ouvrir ou ne rien leur donner pouvait porter malheur. Dans la Beauce, les enfants entonnaient alors ces paroles : ‘Margot a mis sa poule à couver. C’était pour pas nous en donner. Un jour viendra et sa poule crèvera. Alleluia !' »

3 Et qui a pondu des lapins de Pâques ?

De même que l’œuf s’est imposé comme symbole de vie au retour du printemps, le lapin est réputé pour ses portées fréquentes et abondantes. Rien d’étonnant, donc, à le retrouver dans les vitrines des chocolatiers, aux côtés d’autres animaux féconds comme la poule ou le poisson. Mais son histoire est particulière.

« Dans les pays anglo-saxons, notamment en Allemagne, et jusqu’en Alsace et en Lorraine, ce ne sont pas les cloches qui déposent les œufs dans le jardin, mais des lièvres qui en ‘pondent’ dans des nids, observe Nadine Cretin. Cet animal était associé à une ancienne déesse saxonne du printemps, Eostre, d’où viennent les noms anglais et allemand de Pâques, ‘Easter’ et ‘Ostern’. » L’émission franco-allemande d’Arte « Karambolage » s’est amusée de cette confusion entre lièvres et lapins de Pâques.Aujourd’hui, dans les rayonnages des grandes surfaces et des chocolatiers, ces mammifères tendent à se reproduire comme des lapins, au détriment des cloches ou des poules, en voie d’extinction. Les lapinous des ogres Lindt, Suchard et Ferrero inondent le marché et incarnent une forme de mondialisation pascale.

Même les artisans ont fini par adopter les moules aux grandes oreilles : là où la poule et la cloche présentent des fragilités liées à leur bec ou leur circonférence, le lièvre s’illustre par son format plus compact et plus facile à emballer. Autre avantage commercial : le lièvre, qui bondit de son terrier au printemps, incarne une symbolique plus païenne que la cloche des églises. Dans un délicieux article sur le sujet, Le Monde(Nouvelle fenêtre) le résume ainsi : « Dans une société qui s’est laïcisée, le lapin est plus favorable à la séparation de l’Eglise et du chocolat ».


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