Qui est Flavio Bolsonaro, le candidat d’extrême droite qui peut remporter l’élection présidentielle au Brésil ?
Écrit par Jonathan PIRIOU sur octobre 25, 2026
Le fils aîné de l’ancien chef de l’Etat Jair Bolsonaro a créé la surprise il y a trois semaines en recueillant 47% des suffrages au premier tour, devant le président de gauche sortant, Lula.
Le Brésil va-t-il de nouveau basculer à l’extrême droite ? Un retour du bolsonarisme se profile pour le géant d’Amérique latine, dimanche 25 octobre. Le président sortant de gauche, Lula, donné légèrement en tête des intentions de vote avant le premier tour, est arrivé deuxième avec 45% des voix le 4 octobre, derrière son rival Flavio Bolsonaro. Le fils « numéro 1 » de l’ancien dirigeant Jair Bolsonaro a recueilli 47% des suffrages.
Député local devenu sénateur, héritier de son père au parcours marqué par les affaires… Franceinfo dresse le portrait du candidat du Parti libéral (PL), bien placé pour conquérir la présidence du pays. Sa victoire confirmerait le virage d’une grande partie de l’Amérique latine à droite et à l’extrême droite, en alignement avec l’administration Trump. « C’est un tournant historique que l’on ne mesure pas encore », prévient Armelle Enders, historienne spécialiste du Brésil à l’université Paris 8.
Un avocat qui n’a connu que la politique
A 45 ans, Flavio Bolsonaro est l’aîné des cinq enfants (dont quatre fils) de Jair Bolsonaro, qui a dirigé le Brésil de 2019 à fin 2022. Le candidat, dont les traits rappellent aisément son père, est entré très jeune dans la sphère politique. Avocat de profession, il est élu député de l’Etat de Rio de Janeiro en 2002, à seulement 21 ans. Flavio Bolsonaro est réélu à trois reprises, siégeant à l’Assemblée de l’Etat pendant 16 ans.
En 2018, à l’heure où son père mène une campagne victorieuse pour la fonction suprême à Brasilia, Flavio Bolsonaro est en lice pour gagner un siège de sénateur. Le candidat l’obtient et entre à la chambre haute début 2019, pour un mandat de huit ans. « Il a été élu sénateur dans l’élan de la candidature de son père », note Frédéric Louault, spécialiste du Brésil et professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles (ULB).
L’élu préside notamment la Commission sénatoriale sur la sécurité publique(Nouvelle fenêtre), l’un des thèmes forts de cette campagne présidentielle. Son bilan de sénateur est néanmoins jugé modeste. « Au Sénat, Flavio Bolsonaro était relativement dans l’ombre de son père » chef de l’Etat, commente Frédéric Louault.Comme le rappelle Globo(Nouvelle fenêtre), le sénateur a gagné en présence dans la lignée des ennuis judiciaires de son père, après sa défaite face à Lula et l’assaut des lieux de pouvoir par des bolsonaristes, le 8 janvier 2023. En septembre 2025, Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat, avant d’être placé en détention provisoire. Il purge aujourd’hui sa peine à domicile, assortie d’une inéligibilité qui a conduit à la désignation de son fils pour prendre la relève.
L’héritier « de premier plan » de Jair Bolsonaro
Le passage de flambeau a été confirmé début décembre 2025, à moins d’un an de l’élection présidentielle. « C’est avec une grande responsabilité que je confirme la décision du plus grand leader politique et moral du Brésil, Jair Bolsonaro, de me confier la mission de donner suite à notre projet pour la nation », déclare alors sur X Flavio Bolsonaro, photo de lui embrassant son père à l’appui. « Je me tiens devant Dieu et devant le Brésil pour accomplir cette mission. »L’annonce est rapidement confirmée par Valdemar Costa Neto, président du Parti libéral des Bolsonaro. « Flavio Bolsonaro est le nom désigné par Jair Bolsonaro pour représenter le parti lors du scrutin présidentiel », annonce-t-il. Un choix direct, donc, de l’homme à la tête du clan familial. « C’est un simulacre. Jair Bolsonaro ne voulait pas que le pouvoir échappe à lui-même », observe l’historienne Armelle Enders.
« C’est une famille très clanique, poursuit Frédéric Louault. Il y a une dimension assez patriarcale du fils aîné qui prend la relève de son père. Et Flavio sait qu’il doit son capital politique à son père. »Flavio Bolsonaro aime à se présenter comme « un Bolsonaro plus modéré », tout en clamant que son père est sa « boussole ». « Il se présente comme édulcoré, un peu moins brutal », relève Frédéric Louault. L’est-il vraiment ? Le professeur de l’ULB le voit comme « plus compatible avec la droite traditionnelle », « plus familier du système politique ». Il reste néanmoins « dans la lignée » idéologique de son père, « à l’extrême droite du paysage politique brésilien ».
De confession évangélique, Flavio Bolsonaro soigne son image de père de famille. Il est « très conservateur sur la place de la religion, la question des droits reproductifs et de la famille », et « très libéral sur l’économie », dépeint Frédéric Louault. « C’est vraiment une sorte d’hologramme de son père », résume Armelle Enders.
En cas de victoire dimanche, l’historienne anticipe une bascule vers « un régime illibéral ». Elle prédit l’amnistie pour Jair Bolsonaro et les émeutiers de janvier 2023, ainsi qu’une reprise de la déforestation. D’après Carbon Brief(Nouvelle fenêtre), au moins 20 000 km2 ont été sauvés en Amazonie brésilienne ces dernières années, en contraste avec la hausse de la déforestation sous Jair Bolsonaro.
Armelle Enders craint aussi « une répression sans discernement » en matière sécuritaire, suivie d’une « impunité pour les violences policières ». Flavio Bolsonaro s’inspire du président du Salvador, Nayib Bukele. Un « dictateur cool » selon ses propres termes, aux méthodes fustigées par les défenseurs des droits humains.
Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), pressent une « répression des minorités » et « le démantèlement » de plusieurs programmes au Brésil, de la lutte contre les discriminations à la protection des populations autochtones. En politique étrangère, « ce sera une loyauté sans faille à Donald Trump », tranche-t-il. Une forme de présidence Bolsonaro bis, avec un Parlement cette fois marqué plus à droite. « S’il gagne, il aura encore plus les coudées franches que son père. »
Radio Ice Age France