Une saison blanche », « 40 à 90 % de pertes », 15-Août annulé : les artificiers démunis face à la sécheresse
Écrit par Jonathan PIRIOU sur août 15, 2026
Face à la vague de sécheresse et aux canicules à répétition, de nombreuses préfectures ont pris des arrêtés concernant les feux d’artifice du 15 août. Déjà au 14 juillet, de nombreux spectacles pyrotechniques ont été annulés.
De nombreuses communes ont pris la décision d’annuler leur traditionnel feu d’artifice du 15 août, à cause des conditions de sécheresse que traversent l’Hexagone depuis le début de l’été. Beaucoup d’artificiers avaient déjà vu leur spectacle du 14 juillet avorté, et s’inquiètent désormais de leur perte de chiffre d’affaires et du futur de leur profession.90 % des spectacles pyrotechniques » annulés pour cet artificier
En Isère, Jérôme Jullien, responsable de la société Pyroevent artifices, assure à ICI Isère avoir vu 90 % de ses spectacles pyrotechniques annulés, ce qui représente pour lui et pour la première fois une perte de plus de la moitié de son chiffre d’affaires de l’année. « C’est très particulier cette année. Jusqu’à présent, on avait malgré tout la possibilité de tirer nos feux jusqu’à fin juillet. On rencontrait des difficultés plutôt sur le mois d’août où la sécheresse était beaucoup plus sévère et on avait quelques annulations et quelques reports. C’est vraiment la première année où tout est bloqué depuis début juillet« , soupire le professionnel.
Au Pays Basque, Paxkal Indo, patron de l’entreprise Pyrotec, affirme de son côté avoir « perdu 40 % » de son chiffre d’affaires depuis le mois de juin. Le professionnel explique à ICI Pays Basque avoir du mal à comprendre pourquoi il est soumis à des restrictions alors qu’à quelques kilomètres de la frontière à peine, à Saint-Sébastien, en Espagne, on tire des feux d’artifice tous les jours depuis le 8 août, pour le festival annuel de feux d’artifice, des spectacles qui auront lieu jusqu’à samedi. « Y’a pas de logique, là, y’a aucune logique« , s’agace Pxkal Indo, « nous sommes des professionnels et nous savons comment réagir en cas de départ de feu ».Trouver un autre boulot pour le complément »
Sur une centaine d’événements prévus entre le 15 juillet et le 15 août, seules cinq dates ont finalement été maintenues pour Jérôme Hardy, gérant du Ciel en Folie dans le Morbihan. Interrogé par ICI Breizh Izel, le directeur de cette entreprise de spectacle pyrotechnique explique qu’il lui faut six à huit mois de préparation pour les feux d’artifice de l’été. « Depuis la fin du mois de juin, on sait qu’on va faire une saison blanche ».
« C’est un métier passion, j’ai tellement investi dedans, mais je vais sûrement trouver un autre boulot pour le complément », désespère Jérôme Hardy. Dans le Finistère, Éric Macé assure « ne jamais avoir vu ça ». Ce professionnel est mandaté pour des spectacles par une entreprise de feux d’artifice du Centre-Bretagne. « Des étés pourris, on en a eu, mais là, ce sont des arrêtés préfectoraux, c’est un cran au-dessus », souligne-t-il alors que plusieurs départements bretons ont interdit les feux d’artifice pour le week-end du 15 août.Vers des feux d’artifice uniquement à Noël et pour le Nouvel An ?
Avec le dérèglement climatique, les épisodes de sécheresse pendant les vacances d’été vont être de plus en plus fréquents. Les professionnels réfléchissent aux différentes manières de s’adapter. « Je pense que dans notre métier, il va devenir indispensable de prévoir en amont des dates de report lors des signatures de contrat« , estime par exemple Jérôme Jullien, à Vinay, en Isère.« C’est ce qu’on essaie de travailler en ce moment avec les mairies et les comités des fêtes avec lesquels on avait conclu des prestations, reporter un événement vers les fêtes de Noël par exemple, mais ce n’est pas toujours évident. »Plutôt que de totalement l’annuler, comme dans la Somme, certaines municipalités font le choix de reporter leur feu d’artifice « à une date ultérieure ». C’est le cas de la commune normande de Bagnoles, dans l’Orne. Contraint d’adapter la soirée du samedi 15 août à cause de la situation hydrique « particulièrement dégradée », le maire a décidé de reprogrammer le spectacle pyrotechnique à une période plus propice, a indiqué ICI Normandie. »Réinventer la pyrotechnie »
« C’est vrai qu’aujourd’hui le climat change, on va s’adapter », affirme à ICI La Rochelle Victor Maurin, seul artificier implanté en Charente-Maritime. « Il faut réinventer la pyrotechnie. » « On va se diversifier tout en incluant de la pyrotechnie« , annonce-t-il, réfléchissant déjà à des « shows laser, shows de drone, shows lumière, spectacles de mapping (projections vidéo sur des bâtiments) ». Dès cet automne, il va se former, ainsi que ses équipes, et acheter du matériel. « C’est beaucoup de mouvement mais on est très contents de mettre en place tout ça. »
La solution a d’ailleurs déjà été adoptée par certaines communes : organiser des spectacles de drone. C’est le choix qu’a fait la municipalité de Villeparisis, en Seine-et-Marne, pour la première fois cette année, à l’occasion du 14 juillet. À la place du tradionnal feu d’artifice, 150 drones ont illuminé le ciel pendant un quart d’heure. « Là, on n’a pas le choix, il faut s’adapter, mais ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on n’a pas le choix, en fait, ça fait 10 ans, 15 ans que l’on devrait déjà avoir eu cette réflexion sur l’adaptation », a expliqué Frédéric Bouche, le maire de la commune, au micro de France Inter.
« On a tous ce côté un peu enfant, on a tous envie de voir les feux d’artifice. Alors certes, c’est une frustration, mais c’est une frustration qu’on est capable toutes et tous de digérer », surtout que sa commune tirait auparavant le feu d’artifice depuis un stade où il y a déjà eu un départ d’incendie, il a quatre ans. Ce choix coûte aussi moins cher à la mairie. Cette année, Villeparis a payé 12.000 euros le spectacle de drones, contre 17.000 habituellement pour un feu d’artifice.
Radio Ice Age France